"Tout le monde peut être élu député"

Le monde politique peut vous sembler lointain. Nous avons donc interviewé Hervé Berville, député de la circonscription de Dinan, et ancien élève des Cordeliers.
Hervé Berville (Crédit photo : Antoine Lamielle)
Vous êtes aujourd’hui député LREM. Évidence ou fruit d’une réflexion ?
Être député, c’est une succession de rencontres, d'opportunités et d’un peu de chance. J’ai fait hypokhâgne et Sciences Po. Je savais que je ferai de l’économie et de la politique. Les résultats des élections de 2014 et 2016 m’ont fait penser que quelque chose changeait. J'ai eu envie de devenir acteur plutôt que spectateur, de m’engager en politique. J'ai rejoint le mouvement que M. Macron avait créé. J’ai participé à la campagne présidentielle. Puis j’ai été élu député de la 2e circonscription des Côtes d’Armor qui inclut Dinan et qui est évidemment la plus belle circonscription de France ! La motivation est-elle la clé de la réussite ?
L’important n’est pas tant de faire ce que la société appelle réussir, mais de se donner les moyens de pouvoir faire quelque chose qui vous passionne et vous motive. C’est ça qui vous permettra de vous dépasser mais aussi de surmonter les obstacles qu’il y aura sûrement dans votre vie d'étudiant. J’ai toujours été compétitif dans tous les domaines. En classe aussi, j'essayais d’être dans les premiers. Il faut savoir où vous voulez aller et quel est le chemin qui vous permettra d’atteindre ce qui vous satisfera pleinement, même si c’est difficile. Comment s'est concrétisé votre choix d’études ?
J’étais en première. En voyant un reportage sur des jeunes élèves qui étaient à Science Po, ces études m’ont beaucoup intéressé. Je ne savais pas ce que c’était. J'en ai parlé avec mes professeurs qui m'ont dit que cela pourrait me convenir. Quand j’ai appris qu'il y avait un concours, j’ai eu envie de le tenter. S'intéresser aux grands enjeux mondiaux et nationaux m’a vraiment donné envie. On ne peut pas dire que j'ai pris des risques, j’ai seulement mis toutes mes forces pour passer le concours et le réussir. Qu'est-ce qu'étudier à l'étranger vous a apporté ?
Étudier à la London School of Economics a été une expérience vraiment passionnante. Les étudiants venaient de plus d'une centaine de pays différents. J’ai aussi eu la chance d'étudier dans la capitale mexicaine pendant un an. Tout le monde n’a pas la chance de partir. Cela peut être par manque de moyen, de soutien ou un cursus scolaire qui ne le propose pas. Ceux qui ont voyagé parmi vous peuvent réaliser la chance qu’ils ont. C'est une infime minorité de lycéens qui partent à l'étranger. C'est pour cela que je souhaiterais vraiment que chaque jeune étudiant puisse partir et avoir une expérience de minimum 2 mois. Cela change le regard sur le monde, sur notre propre pays, territoire, famille. Se confronter à d'autres cultures et habitudes est essentiel ; on revient toujours plus fort et plus riche de tout ce qu'on a vécu. Voyager permet de relativiser beaucoup de choses. Comme le disait Orelsan :« quand on a fait le tour du monde tout ce qu'on veut c'est revenir à la maison », j'en suis convaincu. À un moment donné on revient toujours là où on a grandi. J'ai étudié, travaillé dans différents pays mais je suis très content d'être revenu dans les Côtes-d'Armor. Faut-il prendre des risques pour réussir ?
Prendre des risques sans mettre la vie des autres en danger est important. Mais prendre des risques dans le sens de sortir de sa zone de confort, tenter des choses auxquelles on n'est pas forcément habitué me paraît quelque chose d'essentiel. Cela permet de ne pas avoir de regrets. Vous pouvez tenter, échouer, aller dans une autre voie où vous êtes peut-être moins bon, mais qui vous passionne. À partir du moment où vous n'avez pas de regret, tout sera plus facile. Finalement, je trouve que c'est ce qu'on devrait faire le plus possible plutôt que se contenter de quelque chose qui n'est pas risqué. Quel est le meilleur moyen pour intégrer le réseau politique ?
La politique c’est la capacité à s’occuper de la vie de la cité. Le meilleur moyen pour faire de la politique c’est d’arriver avec des idées, savoir ce que l’on veut. Certains aiment conquérir le pouvoir, gagner des élections, alors que la gestion du quotidien ne les intéresse pas. Quel sens donne-t-on à ce que l'on fait, quelle orientation donne-t-on à notre pays, à nos citoyens ? C’est ça la politique ! Certains viennent du privé, d'associations... je vous encourage vraiment à faire de la politique, pour pouvoir changer les choses. Quand vos opinions politiques se sont-elles affirmées ?
J'ai la chance d'avoir dans ma famille un grand-père qui s'intéressait beaucoup à la politique, qui regardait les questions au Gouvernement à l'Assemblée, il lisait le Ouest-France. J’ai donc commencé à prendre le journal quasiment tous les jours et à lire la page sport et petit à petit je suis arrivé à la page internationale. C'est aussi le fruit de dimanches où j'entendais mes grands-parents et mes parents qui parlaient un peu de politique, de ce qui se passait, des élections, et donc c'est là aussi où j'ai commencé à me confronter à d’autres idées. J'ai été adopté dans une grande famille, nous avons donc eu la chance de discuter et c'est aussi là que j'ai affermi mes idées politiques. À partir de la campagne de 2007 je me suis vraiment intéressé à la politique ; j'ai lu beaucoup de livres, je me suis passionné pour la documentaire politique. Étant de gauche, j'ai été quelques temps au Parti socialiste […] puis j’ai rejoint Emmanuel Macron qui était à l'époque ministre de l'économie. Quelles sont vos occupations en tant que député ?
Être député n’est pas un métier, c’est une mission. Les gens nous choisissent pour les représenter. La chance de cette mission, c’est que tout le monde peut être élu député. Il y a trois rôles principaux : le premier est de représenter ses concitoyens. Je suis député des Côtes d'Armor, j’ai des problématiques qui sont différentes d’un député de Haute Savoie ou de Paris. Être député c’est aussi faire remonter les préoccupations du territoire.
Nous devons aussi faire les lois. Nous les écrivons avec le gouvernement, puis nous les votons, toutes. Enfin, nous contrôlons l’action du gouvernement qui doit nous rendre des comptes parce que nous représentons les Français. Être député c’est aussi être un acteur de la vie locale car on répond aux questions comme les vôtres. On s’engage, on participe à des événements, dans des associations.
Propos recueillis par
Noémie GAUDICHE,
Souad MALMONT-MARCHAL
et Noémie GUÉNERON
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