Entretien avec M. Dolowy sur la démocratie.

M. Dolowy enseigne les Sciences politiques au lycée. Dans ce contexte d'élections européennes, il a généreusement répondu à nos questions sur la démocratie.
Urne de vote (Crédit photo : VateGV Wikipédia)
Pourquoi voter est un droit et non pas un devoir en France ?
Dans une démocratie représentative, le vote est une invitation à se prononcer sur qui l'on juge plus compétent pour conduire les affaires de la communauté. On nous demande donc de faire un choix, c'est-à-dire d'exercer sa liberté. En cela, nous retombons sur la définition d’un droit qui est un principe de liberté accordé aux individus par la loi, tandis qu'un devoir est une obligation ou une responsabilité que les individus doivent remplir, tout au moins ici, envers la société. Votre question en arrière-fond interroge sans doute l’abstention grandissante dans nos sociétés, mais imaginez que l'abstention soit réprimée par la loi, cela en reviendrait à nous contraindre d'être libre, c'est un pas que nos amis belges ont franchi.
En revanche, il est vrai que vivant dans la cité, mon vote renvoie à une responsabilité morale envers les autres et cette dernière est consubstantielle de la liberté. Agir en sens inverse (ou plutôt ne pas agir), cela en revient à s'abstenir comme un idiot, au sens où les Grecs l’entendaient, à savoir se prendre pour le nombril du monde.

Selon vous, l'éducation à la démocratie dans le milieu scolaire est-elle suffisante ?
Je pense qu'il ne faut pas se contenter d'éduquer à la démocratie mais qu'il faut voir plus large et éduquer au politique. En effet si l'on se contente d'éduquer à la démocratie, cela en revient à déjà partiellement choisir pour l'élève et futur citoyen. Il vaut mieux que ce dernier se rende compte par lui-même des avantages et des éventuels inconvénients de ce système, sinon, en cas de temps difficiles, il pourrait être tenté de le rejeter.
Je vous invite à méditer cette citation de Brecht :
« Le fascisme n'est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution par temps de crise ».

On nous apprend que la désinformation est de plus en plus présente dans nos sociétés. Si c'est bien le cas, selon vous une démocratie pourrait-elle y survivre ? Et si oui, par quels moyens ?
Littéralement, informer cela revient à mettre en forme, c'est-à-dire bâtir un narratif autour d'événements qu'il s’agit de restituer. En cela, je me méfie des éventuelles tournures que peuvent prendre la lutte contre la désinformation. Soit, une nouvelle est fausse (on aurait vu le monstre du Loch Ness dans la Rance) soit elle est vraie (un équipage envoyé par la NASA a aluni le 20 juillet 1969) et cela relève avant tout du sens critique de chacun et surtout de sa capacité à l'exercer et cela, quelle que soit l'époque. Une information, c'est donc la restitution d'une nouvelle, exposée d'un certain point de vue.
Aujourd'hui, il y a une multiplication des informations, mais peut-être pas des points de vue. Attention à ne pas instrumentaliser la lutte contre la désinformation pour discréditer tous point du vue dissidents et finalement arriver à une pensée unique, poison mortel pour une démocratie. D'autant que cette désinformation est bien moins dérangeante quand elle est tarifée. Ainsi Total peut s'acheter une réputation de défenseur de la planète, ce qui semble bien moins émouvoir les chaînes chargées de cette lutte contre la désinformation, mais dont les moyens de subsistance proviennent avant tout des recettes publicitaires.
De plus, une grande quantité d’informations ne garantit en rien sa qualité ; bien au contraire, en devant redoubler de vigilance on peut même épuiser cette dernière. Ce qui peut faire le lit des démagogues de tous poils de moustaches.






S'abstenir ou voter en étant mené par nos peurs : ces actions peuvent-elles être considérées comme des outils permettant une démocrature ?
Oui, ce système est la destination toute trouvée où peut mener l'idiotie. Cerise sur le gâteau : on a malgré tout l'impression d'être ailleurs.

Pourquoi la démocratie est-elle importante ?
On peut paraphraser Churchill à savoir que « la démocratie est le pire des systèmes, à l'exception de tous les autres ». Cependant, je n'ai pas souvenir qu'il ait dit pourquoi. On peut tenter une hypothèse, Si l'essence de l'homme c'est la liberté, il est sans doute le système politique qui lui laisse le plus de place. En cela, il est le milieu adéquat pour que l'individu puisse s'épanouir. Mais dans un monde où certains tiennent la dérégulation comme un horizon indépassable, attention à ce que la liberté des uns ne s'assoit pas sur celles des autres, sinon…





Nous remercions M. Dolowy pour sa participation.

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