Les élections européennes version 2.0

A l'ère du numérique, candidats comme partis tentent de tirer l'avantage des nouvelles technologies... pour le meilleur ou pour le pire ?
Commentaire d'un internaute en dessous d'une vidéo TikTok de Jordan Bardella (Crédit photo : capture d'écran TikTok)
50 millions : c'est le nombre de Français qui utilisent les réseaux sociaux aujourd'hui, en 2024, soit près de trois Français sur quatre (selon l'étude Digital Report 2024). Toujours selon cette étude, nous passons en moyenne 1h38 par jour sur ces mêmes réseaux.
Ce qui en fait un terrain de jeux pour les personnalités politiques, pour leurs campagnes notamment...
Tous ces enjeux, les candidats l'ont bien compris, surtout que "62 % des Français s’informent via les réseaux sociaux, et c’est d’autant plus le cas chez les plus jeunes générations" (selon une enquête d'ARTE menée en juin 2022).

Les candidats se mettent à la page du numérique
Si l'on s'attarde, par exemple, sur les comptes Instagram des différentes têtes de listes pour les élections européennes, on remarque que la plupart d'entre eux sont massivement suivis : R. Glucksmann (PS) compte 756,000 followers, quand J. Bardella (RN) en compte 539,000. M. Maréchal (Reconquête), quant à elle, culmine à 172,000 abonnés. F. Bellamy (LR), lui, en possède 52,000. Seule "anomalie" de ce classement, V. Hayer, tête de liste de la majorité (Rennaissance), qui compte "seulement" 11,500 folllowers.
Cette popularité modérée pourrait expliquer, en partie du moins, les résultats peu engageants de sa liste pour le 9 juin. Ces chiffres sont très intéressants puisqu'ils permettent de mesurer quel candidat est plus ou moins populaire chez les jeunes, mais pas seulement, puisqu'aujourd'hui beaucoup de monde utilise les réseaux sociaux. A partir de ces comptes, donc, les candidats publient continuellement du contenu -des stories, des publications, mais également des réels, ces vidéos courtes façon TikTok, qui rencontrent un grand succès, notamment chez les plus jeunes, certaines étant visionnées jusqu'à plusieurs millions de fois. Chaque tête de liste innove à sa façon, pour tenter d'attirer la plus grande audience !

Les partis politiques optent pour la pub
Tout comme les candidats, les partis politiques tirent également partie des nouvelles technologies pour tenter de gagner des votes, pour les élections qui arrivent ce 9 juin. Le 29 mai dernier, Euronews a analysé quels sont les partis politiques en Europe qui paient le plus en vue des élections européennes. Par exemple, on apprend que le parti du premier ministre hongrois Viktor Orbán a dépensé plus de 60,000 euros pour une seule publicité, qui a tout de même été visionnée en 11 jours, plus de 10 millions de fois ! (soit plus que la population hongroise...). La Hongrie est loin d'être le seul pays où l'on peut observer ce genre de cas de figure, puisqu'il se passe la même chose dans plusieurs autres pays européens, comme en Belgique, où le parti d'extrême droite Vlaams Belang a dépensé entre 50,000 et 60,000 euros pour un spot de seulement 33 secondes...
Ces publicités sont-elles réellement utiles, ont-elles réellement un impact ? Ou au contraire, est-ce simplement de l'argent jeté par les fenêtres ? La réponse sera donnée le 9 juin !
TikTok, un réseau réellement neutre ? Sur le très célèbre réseau social chinois, la plupart des utilisateurs sont jeunes : en effet, 55 % des 18-29 ans l'utilisent régulièrement en 2023, quand les chiffres atteignent 30 % chez les autres catégories d'âges (infographie Statista Consumer Insight). Ces jeunes sont pour la majorité des "primo-votants", c'est-à-dire qu'ils n'ont jamais voté auparavant, ou qu'ils se sont abstenus durant les précédentes élections. De plus, TikTok serait "la source d’information préférée des jeunes" selon une étude du Pew Research Center. Un terrain propice pour les candidats, qui peuvent donc "motiver" ces citoyens à aller voter pour leurs propres listes. Quand on regarde les chiffres des différentes têtes de listes des élections européennes sur TikTok, on remarque quelque chose de frappant : les têtes de listes de partis d'extrême droite sont les plus populaires, et de loin : ainsi, J. Bardella (RN) possède 1,3 millions d'abonnés sur la plateforme, et M. Maréchal (Reconquête), 155,000. Derrière eux, M. Aubry (LFI) avec 56,900 abonnés, F-X. Bellamy (LR) qui en a lui 9,449, et M.Toussaint (EELV) avec ce maigre score de 2,252, complètent ce classement.
De plus, en se rendant sur la dernière vidéo publiée par Bardella (RN) sur TikTok, qui a été vue plus de 500,000 fois en 20 heures, on remarque tout de suite que la vidéo tend à être la plus "dans l'ère du temps" possible (format portrait, vidéo plutôt courte, musique de fond, etc...) pour intéresser le plus possible le jeune public. Et quand on jette un oeil aux commentaires, on y découvre, assez étonnamment, qu'une grande majorité sont élogieux (cf. capture d'écran) à l'égard du candidat, et sont enthousiastes à l'idée d'aller voter pour sa liste le 9 juin. En tout cas, cette stratégie (entre autres) se révèle payante, puisque le candidat du parti d'extrême droite culmine à 35 % dans les derniers sondages (en date du 4 juin), devant la liste de V. Hayer (Rennaissance) à 15 %, et de R. Glucksmann (PS) à 15 %.
Serait-ce donc cela la formule gagnante, pour remporter une élection en 2024 ? Casser les codes traditionnels pour que cela parle mieux au jeune public ?
Réponse à suivre également ce dimanche, le 9 juin...
Louis Lessirard
Sources : Statista, Euronews, TikTok, Instagram, WeAreSocial, TF1info, ARTE
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