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Réveiller l'engagement : un impératif pour nos communes
Le scrutin de mars 2026 a mis en lumière un défi majeur pour nos communes : l'absence de la jeunesse dans le débat démocratique. Au lycée André Maurois, un sondage révèle qu'une majorité d'élèves se sent totalement désintéressée par le vote, percevant souvent l'engagement comme une contrainte. Ce constat se confirme à Brucourt, où seuls quatre électeurs ont moins de 20 ans. Pour l'ancienne maire, Marie-Louise Besson, tant que l'éducation civique ne sera pas renforcée, la politique restera perçue comme « un truc pour les parents ».
À Deauville, si la parité est désormais la règle sur les listes, elle s'arrête néanmoins aux portes de la mairie où aucune femme n'a mené de liste pour s'imposer au pouvoir cette année. Pourtant, le désir d'implication existe, tant chez les femmes que chez les jeunes. Car si beaucoup d'entre eux s'abstiennent par protestation, ils sont de plus en plus nombreux à s'engager dans le bénévolat pour défendre l'écologie ou la solidarité.
Cette crise de l'engagement pèse lourdement sur la vitalité de nos territoires, comme à Criqueville-en-Auge, où l'absence de listes concurrentes fait craindre « une démocratie confisquée ». On observe toutefois que les repères changent car le vieux clivage droite / gauche s'efface peu à peu devant de nouvelles priorités, comme l'égalité des chances.
L'espoir d'un renouveau réside sans doute dans les initiatives locales de sensiblisation. À Deauville, le Conseil municipal des enfants et des jeunes offre une véritable « école de la citoyenneté ». En permettant aux plus jeunes de s'impliquer concrètement dès l'école primaire, la ville prépare, aujourd'hui, les citoyens engagés de demain.
Léa Laplanche
Élève de Terminale
Élections municipales : où sont les jeunes ?
| N° 0 - Avril 2026 - Les élections municipales | https://maurois-deauville.lycee.ac-normandie.fr/ |
La politique de la commune c'est pour les parents
Rencontre avec Marie-Louise Besson, ancienne maire de Brucourt. Nous avons évoqué les principaux enjeux des élections municipales.
Brucourt, petit village rural du Calvados peuplé de 125 habitants, a parmi eux, seulement 4 électeurs âgés de 18 à 20 ans. Lors de cette rencontre, nous avons notamment pu nous rendre compte du manque d’engagement des jeunes concernant la vie politique de la commune.
Qu’avez-vous constaté ces dernières années concernant l’investissement des jeunes lors des élections et leur intérêt politique ?
« Pas grand-chose. Peut-être qu’il faudrait aller les chercher, mais il n’y en a aucun qui est venu se présenter et s’investir. Je pense qu’il se disent : “ Oh la politique de la commune, c’est pour les parents ou les grands-parents, mais ce n’est pas pour nous ”. Mais les jeunes peuvent aussi avoir leur mot à dire. Et puis, ils sont souvent dans les études supérieures, donc ils sont aux quatre coins de la France et s’investir dans une commune quand on n'est pas là, ce n’est pas évident. »
Y a-t-il des jeunes qui se sont mobilisés pour vous aider durant la précédente campagne ou durant votre mandat ? Y a-t-il eu des remontées de besoins spécifiques de la part de jeunes ?
« Non, comme ils sont un petit peu à gauche à droite pour leurs études, ils ont autre chose à penser qu’à venir faire du bénévolat dans la commune. »
Quelles solutions peuvent être mises en place pour motiver ces jeunes à s’investir davantage ?
« Si les jeunes étaient mis un petit peu plus au courant de ce qui se passe au niveau de la vie civique et au niveau des communes, je pense qu’il y en aurait qui auraient l’envie de s’investir. Mais si personne ne leur apprend, ne leur dit, beaucoup ne peuvent pas avoir l’idée. Quand on a 18-20 ans, on ne pense pas toujours : “ Oh ! tiens qu’est-ce que je ferai bien aujourd’hui ? Tiens, j’irai bien aider à la mairie.” Non, ça ne vous vient pas à l’idée. Donc je pense, qu’à ce niveau-là, l'éducation nationale a quelque chose à faire. »
L’exemple de Brucourt illustre le décalage entre la jeunesse et le gestion locale, souvent perçue comme une affaire d’adultes.
Camille Boutelet
et Léa Laplanche
Au lycée Maurois, les élections municipales ne font pas recette
A l’occasion des élections municipales, nous avons interrogé les élèves du lycée.
Les 15 et 22 mars 2026 ont eu lieu les élections municipales, un sujet qui concerne l’ensemble des Français mais semble mobiliser peu les jeunes. Nous avons interrogé les élèves du lycée André Maurois de Deauville. Lors de la campagne électorale les différents candidats ont proposé un programme destiné à convaincre les électeurs. Toutefois, ces élections intéressent-elle les jeunes ?
C’est ce que nous avons voulu vérifier à l’aide d’un sondage* réalisé au sein de notre lycée . Les élèves ont été interrogés sur leurs intérêts pour cette élection et leur engagement citoyen à aller voter.
Des élèves peu motivés
Nous leur avons ainsi demandé s'ils se sentaient concernés par ces élections. Les résultats de ce sondage sont révélateurs : la jeunesse est désintéressée par le vote. En effet, sur un total de 31 élèves interrogés, 26 ont montré un désintérêt total, avec des réponses fréquentes telles que “pas du tout “, “je ne me sens pas concerné”tandis qu’une minorité de cinq élèves a montré un engagement favorable et un certain intérêt pour la politique locale.
Chez ces jeunes là, l’idée de s’impliquer dans sa commune est importante. Parmi les élèves n’étant pas encore majeurs, beaucoup voient l'engagement comme une contrainte.
Les jeunes ne prennent pas conscience de l’importance de leur voix. Ils participent au problème majeur de ces élections : l’abstention.
L'abstention, un problème chez les moins de 25 ans
C'est que confirme l'enquête réalisée par l'institut IPSOS-BVA qui relève 56 % d’abstention chez les jeunes de 18 à 24 ans au premier tour des élections municipales contre 44 % pour l'ensemble de la population.
Il est nécessaire pour les élus des communes de sensibiliser les jeunes à l’ importance du vote peut-être en les impliquant davantage dans les politiques locales. L’avenir des communes dépend aussi d’eux.
Marine Lagarde
et Lilwenn Hennebert
*Sondage réalisé le 9 février 2026 auprès de 31 élèves de Terminales du lycée Maurois de Deauville
Des listes paritaires mais aucune femme pour briguer la mairie
Paritaires sur les listes, absentes en tête : à Deauville, les femmes sont nombreuses parmi les candidats aux municipales, mais aucune ne mène une liste pour diriger la ville.
Avertissement à l'adresse du lecteur : cet article a été écrit avant l'issue finale des élections municipales.
Le premier tour du scrutin s’est tenu dimanche 15 mars 2026. Les électeurs pourraient être appelés à voter de nouveau le 22 mars en cas de second tour. Si la loi impose désormais une stricte parité entre femmes et hommes dans la composition des listes, les deux listes candidates cette année sont conduites par des hommes : celle du maire sortant, Philippe Augier, en poste depuis 2001, et celle de Cyril Maupas, chef d’entreprise.
Une parité respectée… sur le papier
Comme l’impose la loi dans les communes de plus de 1 000 habitants, les listes doivent respecter une stricte alternance entre femmes et hommes. À Deauville, chacune des deux listes compte ainsi 27 candidats, répartis presque à égalité : 14 d’un sexe et 13 de l’autre.
Les femmes occupent donc près de la moitié des places et sont présentes à tous les niveaux des listes. Une avancée notable par rapport à la situation d’il y a quelques années, avant l’instauration des lois sur la parité.
Une absence féminine à la tête des listes
Malgré cette représentation équilibrée, aucune femme ne conduit une liste lors de ces municipales 2026. Une situation qui interroge certains habitants.
« C’est bien que les listes soient paritaires, mais on voit encore très peu de femmes candidates à la mairie de Deauville. Pourtant, elles ont toute leur place pour diriger une ville comme la nôtre », confie un riverain rencontré près du marché.
Un précédent en 2020
La situation n’a pourtant pas toujours été identique. Lors des élections municipales de 2020, Johanna Lebailly s’était présentée face au maire sortant. Le scrutin s’était soldé par une large victoire de Philippe Augier, réélu dès le premier tour avec près de 76 % des voix.
Depuis, aucune autre candidature féminine à la tête d’une liste n’a émergé.
Un plafond de verre persistant
Si la présence des femmes dans les conseils municipaux s’est nettement renforcée depuis les années 2000, l’accès aux fonctions exécutives reste plus limité. À Deauville, plusieurs élues siègent au conseil municipal et certaines occupent des postes d’adjointes.
Mais la fonction de maire demeure majoritairement masculine. La campagne de 2026 en est une nouvelle illustration : derrière des listes paritaires, la conquête du pouvoir local reste, encore aujourd’hui, une affaire d’hommes.
Parité respectée, mais contrastes entre Deauville et Trouville-sur-Mer
Pourtant à Trouville-sur-Mer, à quelques kilomètres de Deauville, les propositions pour la mairie sont complètement différentes. En effet, lors de ces élections municipales de 2026, Trouville met en avant plusieurs candidature féminines.
Trois listes s’y affrontent, dont deux menées par des femmes : Stéphanie Fresnais et la maire sortante Sylvie de Gaetano, candidate à sa réélection.
Cette présence féminine au premier plan illustre une dynamique différente, où les femmes ne se contentent pas de figurer sur les listes, mais accèdent pleinement à la compétition pour diriger la commune.
Deux communes voisines, deux réalités politiques
Ce contraste entre les deux villes voisines interroge. D’un côté, Deauville respecte la parité dans sa composition électorale, mais peine à faire émerger des candidatures féminines à la tête des listes. De l’autre, Trouville-sur-Mer semble franchir un cap en donnant aux femmes un rôle central dans la conquête du pouvoir municipal.
Pourtant, les deux communes partagent des caractéristiques similaires : taille comparable, même intercommunalité et proximité géographique.
Un enjeu qui dépasse la loi
Depuis les lois sur la parité adoptées au début des années 2000, la représentation des femmes dans les conseils municipaux a fortement progressé.
Mais l’accès aux fonctions exécutives, comme celle de maire, reste encore inégal.
Les élections municipales de 2026 sur la Côte fleurie en apportent une illustration concrète : si la parité est aujourd’hui acquise sur les listes, elle ne garantit pas encore un partage équilibré du pouvoir.
À Deauville comme ailleurs, la question reste posée : la parité doit-elle se limiter aux candidatures, ou s’étendre pleinement aux responsabilités ?
Manuella Chenu - Simon
et Amélysse Alba
Interview Fabrice Clère, conseiller municipal
Ce mois de mars était placé sous le signe de la transition pour beaucoup de communes en France. Les élections municipales se déroulaient partout sur notre territoire et Cricqueville-en-Auge n’y faisait évidemment pas exception.
Commune rurale du Calvados, dans le Pays d’Auge, ses 185 habitants occupent un territoire paisible et préservé. Nous avons justement eu le plaisir de rencontrer l’un des conseillers municipaux de Cricqueville-en-Auge : Fabrice Clère. Il se veut protecteur de cette commune : « Quand je me suis engagé pour la première fois, c'était ma principale motivation, préserver cet écrin. »
Le territoire de la commune, essentiellement agricole, se partage entre l’élevage (salers et bœufs normands), la laitance (production laitière et transformation de fromage) et enfin la production cidricole.
Économie et cadre de vie
Malgré ce caractère agricole, l'influence du littoral est bien présente notamment au niveau touristique : « Notre commune se trouve au cœur d’un territoire très touristique qui profite aux hébergeurs et producteurs locaux. [...] Notre proximité avec le péage qui se trouve sur notre commune ainsi que la sortie d’autoroute vers Cabourg également, nous rendent naturellement très attractifs. »
Cette logique de dynamisation du territoire a mené Cricqueville à adhérer à l’intercommunalité Cabourg Pays D’Auge.
A l’échelle de la commune, la mairie soutient de bon cœur ses agriculteurs et producteurs locaux afin de leur donner de la visibilité et aider à promouvoir leurs savoir-faire. Le lien des habitants étant particulièrement mis à l’honneur lors des concerts, fêtes patronales, fêtes des foins etc.
Malgré les convoitises que suscite la commune, Fabrice reste fidèle à ses engagements : « Les autres communes de l’intercom y verraient bien la création et le développement de zones d’activités. C’est tout l’intérêt et l’enjeu pour le conseiller que je suis de lutter à la préservation du cadre de vie de ma commune au détriment des enjeux économiques des autres. »
Démocratie confisquée ?
Nous sommes revenus sur les raisons de son engagement local pour sa commune : celle de préserver une commune épargnée par la sur-construction mais également la préservation d’un patrimoine de bâtiments classés et de constructions typiquement augeronnes. « La protection des petites communes rurales face aux grandissantes intercom » faisant également partie de ses motivations. Fabrice Clère veille à toujours conserver l'intérêt des Criquevillais au cœur des décisions afin de ne jamais tomber dans l’excès et rester pragmatique sur les investissements.”
Aujourd'hui, nous observons qu’environ 68 % des communes ne présentent qu’une seule liste aux élections municipales. On pourrait y voir une « démocratie confisquée » ou plutôt une contrainte liée au manque d’engagement. Fabrice Clère sépare parmi les 36 000 communes françaises trois quarts qui sont rurales.
En effet, elles ne possèdent pas forcément des services administratifs, techniques et autres donc ce sont les maires et leurs adjoints qui endossent ce rôle sans pour autant en avoir les compétences. Cela dissuade les gens de s’investir dans la politique locale.
Pour lui, ce n’est pas une démocratie confisquée car chacun reste libre de s’investir ou non. Comme le souligne Fabrice Clère, Cricqueville-en-Auge fait exception à cette statistique : « Nous n’avons heureusement pas ce problème la sur notre commune, puisque, pour la première fois, une seconde liste s’est présentée face à nous, c’est un signe de la bonne santé démocratique pour Cricqueville et de l’intérêt de ses administrés aux enjeux de la commune. »
Et les jeunes ?
Cricqueville-en-Auge, bien que très préservée, reste en revanche touchée par l’absence de jeunes au conseil municipal. Ils sont, selon Fabrice Clère, occupés par le travail ou les études et cela reste très difficile de les mobiliser. Mais le conseiller souligne toutefois : « La démocratie et la citoyenneté ne doivent pas être l’apanage des trentenaires et des plus vieux [...] il faut avoir une vision plus globale de ses administrés sans oublier personne. »
Si vous êtes intéressés par des actions comme celle de Fabrice Clère, il vous suffit d’être majeurs et inscrits sur les listes électorales pour faire partie du conseil municipal.Lise Croullebois
et Margot Le Luel
Voter pour la première fois : entre curiosité et désillusion
À l’occasion des élections municipales, nous avons échangé avec une lycéenne tout juste majeure, Lou*, prête à glisser son premier bulletin dans l’urne.
Informée grâce à Internet et à la presse locale, Lou*, élève de Terminale, souligne l’importance des réseaux sociaux dans la campagne : « Les candidats y sont très présents, ce qui rend la politique plus accessible ».
Déjà sensible aux questions publiques, elle a choisi la spécialité HGGSP, persuadée que la compréhension des enjeux locaux est essentielle. L’écologie et la justice sociale figurent parmi ses principales préoccupations.
Toutefois, elle regrette que les jeunes soient peu représentés dans les partis politiques et que leurs attentes soient parfois négligées. Cela pourrait expliquer le faible pourcentage de vote chez les 18-29 ans. En effet en 2022, 17,3 % des inscrits ayant entre 18 et 29 ans ont voté à tous les tours des élections nationales cette année-là contrairement à 48 % des inscrits ayant plus de 65 ans selon une étude publiée pat l’INSEE1
Abstention mais pas désintérêt
Les jeunes sont davantage abstentionnistes bien que les plus concernés par l'avenir de la société.
Influencée, comme beaucoup, par l’opinion de ses parents, cette jeune électrice estime néanmoins qu’Internet et la presse quotidienne offrent aujourd’hui les moyens de se forger une opinion personnelle et de prendre du recul.
Si les jeunes ne se sentent pas toujours représentés, ils ne sont pas pour autant désintéressés. Beaucoup s’engagent à leur manière, surtout autour de thèmes qui les concernent directement, comme l’écologie ou la solidarité. Nous avons pu l’observer dans l’article Moral, état d’esprit et engagement citoyen des jeunes en 2022 publié par la BNSP2. Nous pouvons y lire que, en 2022, 51 % des 18-30 ans auraient donné bénévolement de leur temps à un moment de l’année, une progression de 13 points par rapport à 2016. De plus l’engagement régulier s’intensifie : 21 % des 18-30 ans déclarent donner quelques heures de leur temps chaque semaine.
Certes l’abstention, chez les jeunes, est croissante, mais elle ne traduit pas un désintérêt systématique pour la politique contrairement à ce que les médias peuvent parfois laisser entendre. Elle relève davantage d’une forme de protestation et de désaccord vis-à-vis du système politique. Cela n’empêche pas les jeunes d’être très actifs dans le monde associatif et de s’engager sur de nombreux enjeux sociaux, environnementaux, citoyens.
Léonie Baume
et Violette Lalart
Lou* : le prénom a été modifié
1 INSEE, Vingt ans de participation électorale : en 2022, les écarts selon l’âge et le diplôme continuent de se creuser
2 BNSP : Bibliothèque nationale des statistiques publiques, Moral, état d’esprit et engagement citoyen des jeunes en 2022
Doit-on rendre le vote obligatoire ?
« Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique. » Cette formule figure sur les cartes électorales françaises. Pourtant, à chaque scrutin, l’abstention progresse.
Lors des élections législatives de 2022, plus d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé au second tour. Une question s’impose alors dans le débat public : faut-il rendre le vote obligatoire ?
Le "bon citoyen"...
Sous la IIIᵉ République, les manuels d’instruction civique de l’école primaire, qu’ils soient laïques ou catholiques, définissaient le « bon citoyen » comme celui qui participait au vote. La participation électorale était alors pensée comme une manifestation essentielle de l’appartenance à la communauté nationale.
Certains pays ont fait le choix de transformer ce devoir moral en obligation légale, comme la Belgique et le Luxembourg. En Belgique, le vote est obligatoire depuis 1893. Malgré l’affaiblissement des sanctions, la participation demeure élevée et relativement stable. Cette situation s’explique notamment par l’ancrage d’une culture civique valorisant la participation à la vie collective. En 2024, lorsque les jeunes Belges âgés de 16 ans ont été autorisés à voter aux élections européennes, leur mobilisation importante a été perçue comme une socialisation politique déjà active. En effet, lors des élections européennes de 2024, le taux de participation des Luxembourgeois s’élevait à 82,29 %, contre seulement 51,49 % en France.
Un droit...
L’un des principaux arguments avancés par les défenseurs du vote obligatoire concerne la représentation sociale. L’abstention touche davantage les catégories populaires et les jeunes. Si seuls les citoyens les plus diplômés et les plus favorisés participent, la décision publique risque d’être davantage orientée vers leurs intérêts. L’obligation pourrait ainsi garantir une représentation plus fidèle de l’ensemble des classes sociales et limiter une forme de déséquilibre démocratique.
Par ailleurs, le vote blanc pourrait devenir un véritable instrument de contestation s’il était pleinement reconnu et comptabilisé. L’obligation ne signifierait donc pas l’adhésion forcée à un candidat, mais l’expression minimale d’une position civique.
On peut également soutenir que voter constitue une forme de reconnaissance envers celles et ceux qui se sont battus pour l’obtention de ce droit au cours de luttes longues et difficiles, notamment les femmes, privées de suffrage jusqu’en 1944. L’ordonnance du 21 avril 1944, prise par la comité Française de la Libération Nationale marque à cet égard un tournant majeur de l’histoire politique française. Toutefois, cet argument relève d’une position morale davantage que juridique : dans une démocratie libérale, le vote est un droit fondamental, et un droit inclut aussi la liberté de ne pas l’exercer.
Cette réflexion conduit finalement à une interrogation plus profonde sur la conception de la citoyenneté. Le vote doit-il être envisagé comme un droit facultatif relevant de la liberté individuelle ou comme une responsabilité collective indispensable au bon fonctionnement démocratique ?
Margot Le Luel
et Lise Croullebois
Le vote : un choix individuel sous influence
Une question reste au cœur des études électorales : le vote de classe. Depuis toujours, il semble que les citoyens orientent leurs choix politiques en fonction de leurs intérêts sociaux et des déterminismes liés à leur position dans la société.
Le sociologue américain Paul Lazarsfeld écrivait en 1944 que les « caractéristiques sociales déterminent les caractéristiques politiques ». Quatre-vingt-deux ans plus tard, il est pertinent de s’interroger sur la mesure dans laquelle les déterminismes sociaux continuent d’influencer les choix électoraux.
On constate historiquement que la classe sociale demeure une variable structurante. Les classes populaires ont traditionnellement voté à gauche,tandis que les cadres et professions libérales ont plutôt soutenu la droite. Les citoyens économiquement les moins favorisés orientaient leur vote vers les partis ou candidats promouvant une plus grande égalité et un niveau de protection sociale soutenu, via un État-providence volontariste.
Facteurs sociaux
D’autres facteurs sociaux jouent également un rôle déterminant, notamment le niveau d’éducation. Plus il est élevé, plus les électeurs semblent sensibles aux enjeux sociétaux et environnementaux, et mieux ils comprennent les implications des programmes politiques. À l’inverse, les citoyens moins diplômés peuvent se sentir moins légitimes ou craindre de « mal voter », ce qui peut entraîner une abstention plus importante.
La profession et la catégorie socio-professionnelle influencent aussi le comportement électoral : les cadres supérieurs sont généralement plus engagés que les ouvriers et autres catégories moins favorisées.
L'âge...
Enfin, l’âge et le genre constituent des variables déterminantes. Les jeunes votent moins que les seniors, souvent en raison d’une mobilité plus importante, d’un désintérêt politique, d’une socialisation politique incomplète ou d’un sentiment de défiance envers les élus. Les statistiques montrent que la participation électorale augmente avec l’âge, traduisant une implication plus forte des citoyens plus âgés.
Margot Le Luel
et Lise Croullebois
Deauville : les jeunes s’engagent pour leur ville dès le plus jeune âge
La jeunesse ne manque pas d’idées ni d’engagement. À travers le Conseil municipal des enfants et des jeune, la ville offre aux jeunes une place dans la vie citoyenne locale.
Le Conseil municipal des enfants, initiative portée par le maire Philippe Augier, permet aux élèves de CE2 à CM2 de l’école Fracasse de découvrir concrètement le fonctionnement de la démocratie locale et de s’impliquer dans la vie de leur commune. Pour y participer, les enfants doivent se porter candidats, constituer un dossier expliquant leurs idées, leur vision du conseil et les projets qu’ils souhaitent mener, puis faire campagne auprès de leurs camarades avec l’accompagnement du service jeunesse.
Une fois élus, les jeunes conseillers se réunissent chaque mois pour échanger, débattre et travailler sur des projets concrets visant à améliorer leur quotidien et celui des habitants. Ils abordent des thématiques variées comme la protection de l’environnement, la solidarité envers les personnes âgées ou en difficulté, ou encore l’aménagement des espaces publics. Les propositions fusent et reflètent les préoccupations de la génération Z, entre protection de la planète, devoir de mémoire, économies d’énergie et accès à la culture.
Encadrés par la municipalité, ils apprennent également à hiérarchiser leurs idées et à comprendre les contraintes techniques, légales et financières qui peuvent influencer la réalisation des projets. Cette expérience leur permet ainsi de développer leur sens des responsabilités, leur esprit d’initiative et leur engagement citoyen.
Véritable école de la citoyenneté, ce conseil donne aux jeunes une place active dans la vie locale et leur permet de devenir, dès aujourd’hui, des acteurs impliqués dans l’avenir de leur ville. À travers les échanges avec ces jeunes élus, la municipalité découvre une jeunesse engagée, créative et soucieuse du bien commun. Pour le maire, comme avec les adultes, il s’agit d’écouter, d’arbitrer et de trancher, tout en respectant les sensibilités de chacun.S’engager dans ces conseils, c’est donc bien plus qu’une simple activité : c’est une opportunité pour les jeunes de devenir acteurs de leur ville et de contribuer, dès aujourd’hui, au Deauville de demain.
Manuella Chenu - Simon