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Sommaire
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Les maires sont-ils à l'image de leurs électeurs ?
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Cylia et Paul, deux regards sur la démocratie
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Trois questions à Raphaël Letourmy-Girault
Les jeunes, acteurs de leur commune
Raphaël, 24 ans, au cœur des municipales
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Édito “Dépolitisés ? Ou simplement autrement engagés ?”
On entend souvent que les jeunes se détournent de la politique. C’est une idée confortable… mais trompeuse. En tant qu’enseignante, j’observe plutôt une génération qui questionne, qui s’informe, qui s’engage, mais qui s’éloigne des formes traditionnelles qui leur parlent moins.
La participation associative, les initiatives locales, les projets solidaires, les mobilisations pour l’environnement : voilà autant de terrains où les jeunes sont présents, actifs, et déterminés. Ils ne sont pas moins concernés que leurs aînés, ils le sont autrement.
À l’heure des élections municipales, ce décalage interroge. Comment se sentir représenté quand la vie politique ne reflète pas la diversité de celles et ceux qu’elle concerne ? Comment attirer vers les urnes des citoyens qui, pourtant, n’ont jamais été aussi conscients des enjeux ?
Les élections municipales peuvent sembler lointaines. Elles sont pourtant le niveau où les décisions impactent directement la vie : transports, lieux de sport et de culture, environnement, espaces publics.
Mais certains choisissent quand même d’y prendre part, comme le montre l’interview de cet étudiant engagé sur une liste.
Ce numéro donne à voir ces contradictions, ces engagements et ces questions. Il rappelle une chose essentielle : la démocratie évolue et les jeunes en sont l’un des moteurs les plus vifs.
Peut-être est-ce simplement à nous, collectivement, de savoir les écouter autrement.
Deborah DUBOST-SAKHI
| N° 5 - Avril 2026 - Les élections municipales | www.lyceejeannedarc.com |
Les maires sont-ils à l'image de leurs électeurs ?
Grâce à des données de l'INSEE et du gouvernement, nous avons pu mettre en parallèle le profil des maires français avec celui de leurs électeurs et les écarts sont révélateurs.
Si les citoyens peuvent élire leurs maires, ces derniers ne sont pas toujours à l'image des populations qu'ils représentent. Parité des sexes, tranches d'âges, catégories socio-professionnelles… autant de paramètres essentiels pour garantir une vraie représentation démocratique.
En étudiant les mandats municipaux menés entre 2020 et 2025 dans le Calvados, on constate que les maires n'ont pas toujours été à l'image de leurs électeurs.
Grâce à l’étude des données publiques de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) sur le profil des maires, il est possible d'en dresser un portrait dans le département et de le comparer à celui de la population.
Parité hommes-femmes : une représentation partielle
Dans le Calvados, les données de l’INSEE montrent que les femmes sont légèrement majoritaires dans la population. Elles représentent près de 52 %.
Cette réalité ne se retrouve pas chez les maires du département. Plus de 75 % des maires sont des hommes, ce qui laisse les femmes largement minoritaires à la tête des communes.
Depuis plusieurs années, la place des femmes est au cœur du débat public. Lois sur la parité, quotas... des progrès restent à faire pour garantir une représentation plus juste de la population, notamment des femmes.
Des électeurs plus jeunes que leurs représentants
Avec ses quelque 300 000 citoyens de moins de 50 ans, la population est représentée par des maires plus âgés. Ils ont en moyenne 65 ans alors que l'âge moyen des Calvadosiens avoisine les 43 ans.
Cette différence témoigne d'un engouement fort pour les personnes expérimentées. Pour les plus jeunes, il est difficile de s'imposer au sein des conseils municipaux. Manque d’expérience, manque de temps, études ou enfants tendent à expliquer cette faible représentation.
La jeunesse mérite d'être davantage représentée dans le Calvados qui, grâce à l'université caennaise, rassemble de nombreux étudiants.
Si les jeunes ne sont pas toujours élus maires, ils sont néanmoins présents sur les listes électorales. Mais les conseils municipaux restent majoritairement composés de personnes de plus de 60 ans.
Il est encore assez surprenant de voir des jeunes élus accéder à des fonctions importantes.
Des statuts professionnels différents
Les maires du Calvados sont majoritairement des retraités. Quant à ceux qui travaillent encore, ils occupent souvent des postes de cadres supérieurs ou d'agriculteurs.
Or, les données démontrent que les ouvriers et employés sont plus nombreux. Les maires semblent donc être issus de catégories socio-professionnelles différentes de celles qu'ils représentent, souvent plus favorisées.
Si là encore, une différence est notable entre le profil des maires et des populations qu'ils représentent, on peut l'expliquer par les exigences et les contraintes qu'implique cette fonction notamment en matière de disponibilité.
Une représentation encore imparfaite
Ainsi, les populations ne sont pas toujours représentées par des maires aux profils similaires.
Au-delà de ces paramètres mesurables s'ajoutent les questions liées à la représentation des personnes handicapées, LGBT+, de couleur de peau ou d'autres minorités. La fonction de maire reste souvent exercée par des profils peu représentatifs de la diversité.
Enzo CHRISTOPHE--ROMAIN
Cylia et Paul, deux regards sur la démocratie
La démocratie intéresse-t-elle encore les jeunes ? Entre curiosité, influence de l'entourage et envie de changer les choses, deux d'entre eux nous donnent leur avis sur leur participation à la vie politique.
« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » La définition est d'Abraham Lincoln, le 16è président des États-Unis (1861-1865).
La démocratie permet aux habitants de s'impliquer dans les décisions qui concernent leur ville.
Le vote est un moyen pour les citoyens d'élire des personnes en mesure de les représenter et d'améliorer la vie de la commune.
Les campagnes électorales jouent un rôle essentiel : elles permettent de comparer les programmes et de comprendre les propositions des différents candidats afin de faire un choix éclairé.
L'envie de changer
L'entourage peut aider à mieux saisir les enjeux.
D'aucuns expliquent que leurs parents les ont aidés à voir plus clair et à comprendre les tenants et aboutissants de la campagne.
Nous avons rencontré Paul, 19 ans. Cet étudiant en fac de droit à Caen explique que les élections municipales, selon lui, servent à élire des personnes chargées de représenter les habitants et d'améliorer la ville.
Voter, estime-t-il, est essentiel pour faire évoluer la commune.
Son orientation politique est en partie influencée par ses parents.
Son intérêt pour l'exercice du pouvoir reste toutefois mesuré. Il en comprend l'importance mais trouve le sujet compliqué et difficile à cerner.
Intérêt différent chez les plus jeunes
Chez les plus jeunes, l'intérêt pour la politique peut être plus distant. Cylia a 16 ans. Elle est en 1ère au lycée Jeanne d'Arc de Caen.
Pour elle, les élections municipales sont l'exemple même de la démocratie.
Elle explique qu'elle aimerait qu'un maire défende l'égalité, soit engagé pour l'écologie et mette en place des événements qui rendront sa ville plus dynamique.
Son orientation politique ? Elle reste influencée par ses amis dont les avis peuvent l'aider à s'orienter.
Pour le moment, son intérêt pour la politique est plutôt neutre. Elle participe tout de même à des manifestations mais la politique en elle-même ne l'intéresse pas trop.
Une participation essentielle
Même s'ils sont d'avis différent, Paul et Cylia montrent que la démocratie reste importante au regard de la jeunesse.
Les uns s'engagent activement tandis que d'autres ne s'y intéressent que progressivement.
Leur participation citoyenne ne se limite pas au vote. Elle passe par les discussions, l'engagement ou les débats. Ces différentes formes d'implication permettent de mieux comprendre les enjeux politiques.
Dans tous les cas, la quête de l'information reste essentielle pour encourager la participation et faire vivre la démocratie.
Mathilde CHATELIER
Les jeunes, acteurs de leur commune
Dans le Calvados, de plus en plus de communes mettent en place des conseils municipaux de jeunes.
La vie politique et les prises de décision semblent réservées aux citoyens majeurs. Pourtant, les jeunes ne restent pas à l’écart.
Les conseils municipaux des jeunes (ou conseils de quartier jeunes) sont des espaces d’échange et de réflexion offrant aux futurs citoyens l’opportunité de s’exprimer sur les projets de leur commune et de soumettre des propositions.
Dans le Calvados, ces instances se développent dans plusieurs communes et à différentes échelles.
A Fleury-sur-Orne, une "école de la citoyenneté"
Mis en place pour favoriser l’engagement et la participation à la vie citoyenne, les conseils municipaux des jeunes sont des instances permettant à des enfants, adolescents et jeunes adultes de s’exprimer sur les projets communaux ou de soumettre des propositions.
Ils offrent aux communes l’opportunité d’intégrer la jeunesse dans les politiques locales et de l’associer pour penser la commune de demain.
La ville de Fleury-sur-Orne qualifie ces conseils de « véritable école de la citoyenneté », permettant aux jeunes d’apprendre à défendre leurs idées et leurs projets tout en prenant en compte l’avis des autres.
Il s’agit d’une expérience formatrice qui prépare progressivement à l’engagement citoyen.
Des projets pour améliorer la ville
Les projets soutenus dans les conseils municipaux des jeunes peuvent prendre différentes formes, plus ou moins importantes selon les communes. En effet, l’âge des jeunes varie, ce qui influence le type des actions menées.
À Hérouville-Saint-Clair, des élèves du CM1 au CM2 ont proposé des actions autour de quatre domaines principaux : la solidarité, la citoyenneté, le cadre de vie et la culture.
Ils ont notamment organisé une collecte de bouchons au profit du handicap, participé aux commémorations du Débarquement et contribué à la mise en place d’un jardin partagé.
Ils ont également pris part à des ateliers pour le carnaval en 2022.
Dans d’autres communes, les réalisations ont été plus matérielles. À Ifs, les jeunes conseillers ont contribué à l’installation d’un skatepark.
À Lion-sur-Mer, c’est une aire de jeux qui a vu le jour grâce à l’impulsion du conseil municipal des jeunes.
Enzo CHRISTOPHE--ROMAIN
Trois questions à Raphaël Letourmy-Girault
La jeunesse a toute sa place dans les prises de décision à l'exemple de Raphaël Letourmy-Girault, 24 ans, présent sur la liste des municipales d'Aristide Olivier à Caen.
La jeunesse a toute sa place dans les prises de décision. Nous avons rencontré Raphaël Letourmy-Girault, membre de la liste des municipales d'Aristide Olivier, candidat à la mairie de Caen en mars dernier.
Quelles ont été vos motivations pour rejoindre une liste ?
S’engager pour Caen, c’est choisir une politique concrète, celle du terrain et des décisions dont les effets sont visibles dans la vie quotidienne. Je suis profondément attaché à cette ville et j’ai voulu y être utile.
J’ai rejoint la liste d’Aristide Olivier parce que je me reconnais dans sa méthode : sérieux, dialogue, esprit d’ouverture et attention constante aux réalités locales.
Caen dispose d’atouts solides, notamment une vie culturelle remarquable incarnée par le Mémorial pour la Paix et bientôt enrichie par la Fondation Gandur pour l’Art.
Ce patrimoine culturel participe pleinement à l’identité et à l’attractivité de la ville.
Ce sujet m’a également motivé à m’investir au niveau local.
À 24 ans, j’appartiens à une génération qui vivra durablement avec les choix faits aujourd’hui. Il est donc naturel de prendre sa part dès maintenant.
Mon engagement est simple : contribuer à une ville attractive, vivante et fidèle à son identité.
Comment vous intégrez-vous dans les prises de décision ?
Une liste municipale est avant tout un travail collectif. Elle repose sur une équipe qui partage une méthode et une ambition pour la ville.
Le programme s’est construit progressivement. D’abord à partir du travail mené par l’équipe municipale tout au long du mandat, puis grâce aux échanges avec les acteurs associatifs, économiques et culturels, ainsi qu’avec les habitants des différents quartiers.
Chaque membre de la liste apporte son expérience, son regard et ses priorités.
C’est cette diversité d’expériences qui nourrit la réflexion collective et permet de construire un projet solide pour la ville.
Votre jeunesse constitue-t-elle un obstacle dans votre engagement ?
Je ne le crois pas. À Caen, plus de 40 000 étudiants vivent et étudient chaque année : il est naturel que cette réalité soit aussi représentée dans la vie publique locale.
Être jeune permet d’apporter un regard complémentaire sur certains sujets, comme la vie étudiante, la culture, le sport ou l’animation de la ville.
C’est aussi incarner une génération directement concernée par les décisions prises aujourd’hui.
Aristide Olivier a fait le choix d’intégrer des étudiants et de jeunes actifs dans son équipe.
Cela permet d’associer toutes les générations à la réflexion sur l’avenir de la ville. C'est une bonne chose.
Propos recueillis par
Enzo CHRISTOPHE--ROMAIN