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Rencontres percutantes au menu
Pour ce numéro, les élèves de 1re G5 ont interviewé des acteurs locaux ou internationaux. Résultat : des portraits inspirants et des parcours parfois hors du commun à découvrir dans ces pages comme celui d'Ivan, réfugié ukrainien, de Rayan, Téo et les autres jeunes bénévoles qui s'investissent pour la Tanzanie, de Christelle, infirmière psychiatrique à la retraite ou même de M. Floch, professeur d'histoire-géographie, ici à Kerneuzec.
| N° 8 - Avril 2026 | www.lyceedekerneuzec.fr |
La chute de Nicolás Maduro au Venezuela
Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces spéciales américaines capturaient le président vénézuélien Nicolas Maduro. Retour sur le parcours du dirigeant, de son ascension politique à sa dérive autoritaire sur fond de crise économique.
Arrestation du président
Le 3 janvier, entre 2 heures et 3 heures du matin, un bombardement ciblé a eu lieu à Caracas au Venezuela, organisé par les forces spéciales américaines. Le président vénézuélien Maduro a été capturé dans son bunker présidentiel puis exfiltré en avion militaire. Cette intervention a causé la mort de 80 civils et militaires vénézuéliens. Les accusations contre le président vénézuélien débutent en mars 2020 lorsque le Département de la Justice américaine inculpe Maduro, offrant une récompense de 15 millions de dollars pour son arrestation. Suite à sa réélection en 2024, Donald Trump adopte une politique agressive envers le Venezuela. Maduro est accusé de trafic de drogue via le "Cartel de Soles", un réseau criminel qui implique des militaires et des responsables vénézuéliens dans le trafic de cocaïne vers les États-Unis. Il est aussi accusé de violation des droits de l'Homme du fait de la répression de ses opposants par la détention arbitraire, voire la torture. Enfin, il est accusé d'être une menace pour la sécurité régionale. L'opération est illégale au regard du droit international à cause de la violation de la souveraineté vénézuélienne, mais les États-Unis invoquent la protection des citoyens américains et le droit à l'autodéfense, dénonçant le président comme une menace pour la sécurité régionale. Aujourd'hui, Nicolás Maduro est incarcéré au Metropolitan Detention Center (MDC) de Brooklyn à New York, connu pour sa gestion défaillante et son insalubrité.
Son parcours politique
Nicolás Maduro, né le 23 novembre 1962 à Caracas, la capitale du Venezuela, commence sa carrière en tant que chauffeur de bus. Il s'engage en politique à 28 ans. Il est tout d'abord militant syndical et par la suite membre du MVR (Mouvement 5e République), un parti politique fondé par le président Hugo Chávez pour promouvoir le socialisme et rompre avec les partis traditionnels néolibéralistes du Venezuela. Il devient ensuite député à l'Assemblée nationale puis ministre des affaires étrangères de 2006 à 2013, jusqu'à son élection en tant que président.
Avant Nicolás Maduro
Son prédécesseur Hugo Chávez, élu pour la première fois en 1999 puis réélu jusqu'en 2013, était apprécié du peuple pour avoir redonné espoir aux classes les plus pauvres avec ses réformes sociales. Malgré sa popularité, le président a laissé au pays une forte dépendance au pétrole qui a, par la suite, généré des crises sous la présidence de Maduro. Avant de mourir d'une maladie, il avait désigné Maduro comme son successeur, ce qui lui a transmis une légitimité symbolique auprès des partisans du régime.
L’élection
Avec 50,6 % des voix, Maduro remporte les élections de 2013 face à son adversaire Henrique Capriles. Son élection est suspectée de fraude. L’opposition dénonce des irrégularités (utilisation des ressources de l’État pour la campagne, pression sur les électeurs, etc.) mais sans preuves suffisantes pour annuler le scrutin. Il est réélu en 2018 avec une nouvelle fois des accusations de fraude massive ainsi qu'en 2024 dans un contexte de répression de l'opposition et de contrôle des institutions affaiblissant les contre-pouvoirs.
Un système politique verrouillé
Sous Chávez puis Maduro, le Venezuela est progressivement devenu une dictature civile et militaire. Le contrôle du système judiciaire s'est réalisé en nommant des juges en faveur de la politique souhaitée, utilisant ainsi les tribunaux pour réprimer l’opposition. L'armée, quant à elle, a été achetée avec des privilèges comme l'immunité aux crimes et le contrôle des ressources du pays. Ainsi, les manifestations ont été contrôlées. Les médias ont en parallèle été contraints de diffuser des dessins animés de propagande dont Maduro était le super héros. Cette alliance répressive lui a permis de rester au pouvoir malgré la crise.
Le Venezuela sous
Nicolás Maduro
Suite à l'élection du président une multitude de problèmes affectant la vie des citoyens sont apparus. Le pétrole qui représentait alors 96 % des revenus du pays a subi la chute des prix du baril en 2009, passant de 109 dollars en 2014 à 42 en 2020. Notamment à cause des sanctions lancées par les Etats-Unis contre la société publique de pétrole et de gaz naturel vénézuélienne, l'empêchant d’être payée pour ses exportations de pétrole aux États-Unis. De plus, la production en baisse n'a rien arrangé et a déclenché une crise économique majeure générant des pénuries, une impossibilité d'importer des biens essentiels tels que la nourriture et les médicaments. En a découlé en 2018 une inflation, s'élevant à 1 300 000 % (selon le Fonds monétaire international, FMI). Par conséquent, elle a entraîné une misère généralisée : 90 % des citoyens vivent aujourd'hui dans la pauvreté, contre 48 % en 2014. Cette pauvreté a conduit à un exode important : 7,1 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays entre 2015 et 2022.
Romane Duval, Julie Bernard,
Lia Scaviner Le Naour
Ivan : « Ma ville natale est maintenant sous contrôle russe »
Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, entretien avec Ivan, un Ukrainien de 31 ans qui a quitté son pays au début du conflit. Il vit désormais en France avec sa famille.
Où habitez-vous aujourd'hui et que faites-vous comme métier ?
J'habite actuellement en Ile-de-France et j'exerce le métier de poissonnier.
D'où étiez-vous originaire en Ukraine ?
Je suis originaire de Donetsk, une ville à l'ouest de l'Ukraine proche de la frontière russe. C'est pour cela que j'ai été contraint de quitter mon pays natal. J'ai eu raison de quitter ma ville natale puisque maintenant, elle est sous contrôle russe.
Pourquoi avez-vous donc décidé de quitter l'Ukraine ?
Comme je l'ai dit, j'ai décidé de quitter mon pays pour ma sécurité et celle de ma famille. Et pour que mes enfants aient une meilleure vie dans un pays comme la France que dans un pays en guerre, et grâce à leur jeune âge, le français sera plus facile pour eux.
Pourquoi avoir choisi la France ?
J'ai choisi la France car c'est un pays qui soutenait et soutient toujours l'Ukraine actuellement ; je respecte énormément ce pays. La France est un pays développé qui m'a accueilli moi et ma famille, et c'est un pays puissant militairement qui se situe loin de la Russie.
Quel sentiment ou sensation avez-vous eu au moment de quitter l'Ukraine ?
C'est une sensation assez spéciale, lorsque tu dois quitter la ville où tu as grandi et vécu durant beaucoup de temps. Encore pire quand tu vois que cette ville se fait occuper par un autre pays. Surtout que des personnes de ma famille habitent toujours en Ukraine. Se dire que ton pays est en train de vivre un moment de son histoire douloureux, ça fait mal.
Que feriez-vous donc si la guerre se finissait ? Resteriez-vous en France ou retourneriez vous en Ukraine ?
Cela dépendra de la situation. Déjà, si l'Ukraine gagne ou non la guerre et si comme dans l'état actuel Donetsk est sous contrôle russe ou pas. Ça dépendra aussi de l'état du pays et de ma ville, que ce soit économiquement ou bien politiquement. Mais si mon pays a besoin de main-d'œuvre, j'y retournerai au moins pour aider, car après tout, j'ai toujours de la famille là-bas et c'est mon pays malgré tout.
Recueilli par
Bodivit Ewen
et Nolan Carval
Donetsk, au cœur des enjeux de la guerre
Depuis le début de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022, près de 6 millions d'Ukrainiens sont réfugiés à l'étranger, selon l'ONU.
La Russie occupe aujourd'hui presque 20 % du territoire ukrainien. Depuis 2024, le conflit s'est mué en guerre d'attrition (ou d'usure). L'essentiel des combats se déroulent dans le Donbass, bassin industriel de l'est de l'Ukraine, où se situe la grande ville de Donetsk.
Malgré plusieurs cycles de pourparlers, il n'y a pas eu de progrès tangibles. Un des problèmes est la question des territoires : la Russie veut un retrait des forces ukrainiennes des zones qu'elles contrôlent encore dans la région de Donetsk, ce que Kiev refuse.
Avec AFP.
Jeunesse sans frontières fait le lien entre Bannalec et la Tanzanie
Depuis 2017, l’association Jeunesse sans frontières basée à Bannalec s’engage dans des projets solidaires en France et à l’international. Elle repose aujourd’hui sur l’investissement de nombreux bénévoles qui partagent des valeurs.
Jeunesse sans fontières est une association créée en 2017 par le président fondateur Rayan Le Calloch et un groupe d’amis. Certains membres présents au début sont encore engagés aujourd’hui, ce qui montre que l’association repose sur des liens solides et une très bonne motivation.
Actuellement, l’association compte entre 25 et 30 bénévoles. Parmi eux, environ 10 personnes forment un groupe plus actif qui s’investit régulièrement dans l’organisation des projets et des événements. Chaque bénévole accorde le temps qu’il peut accorder en fonction de la période de l’année. Cela est tout de même à nuancer pour le bureau dont les membres consacrent plusieurs heures par semaine à l’association.
Elle fonctionne entièrement grâce à eux : sans leur engagement, elle ne pourrait pas exister.
Les bénévoles se réunissent une fois par semaine. Ces réunions permettent d’organiser et de gérer la vie de l’association afin de préparer les actions à venir, d’organiser les événements comme la projection du documentaire ou la Bannacolor, et de gérer les aspects administratifs de l’association.
Des valeurs fortes
À Jeunesse sans frontières (JSF), les valeurs occupent une place très grande. Les bénévoles les déterminent régulièrement ensemble et mettent en œuvre ces valeurs à travers l’organisation de leurs actions. En voici quelques exemples : le développement durable, l'ouverture d’esprit, la bienveillance et l'éducation.
Ces valeurs sont importantes pour que l’association fonctionne bien et que tout le monde puisse s’impliquer dans le respect.
Projets en Tanzanie...
L’association est partie en Tanzanie pour réaliser plusieurs actions de solidarité internationale. Même si ce n’est pas toujours simple d’organiser ce type de voyage, ils expliquent qu’ils n’ont pas rencontré de difficultés particulières pour accéder au pays. Leur but était de créer un accès à une alimentation saine et produite de manière responsable pour tous notamment en construisant des petits potagers biologiques à faible coût dans les écoles. Aujourd’hui, leurs actions sont principalement concentrées en Tanzanie, ce qui leur permet de créer un vrai lien.
Jeunesse sans frontières est aussi en train de terminer de négocier et de signer une convention de partenariat international avec la Lift Them Up Foundation, qui est leur partenaire en Tanzanie. Ils prévoient même déjà un nouveau séjour en 2027. Leurs projets ne sont pas seulement faits pour une courte période, mais pensés pour continuer sur le long terme.
... et à Bannalec
En plus des actions à l’international, ils organisent aussi des événements locaux. Le week-end des 7 et 8 mars, l’association a organisé la projection d’un documentaire sur les actions réalisées lors de leur séjour en Tanzanie en 2025. Cela permet de sensibiliser d’autres personnes.
Jeunesse sans frontière est aussi à l'origine de la Bannacolor, une course colorée à Bannalec qui existe depuis huit ans. La prochaine édition aura lieu le samedi 16 mai 2026, à 17h. Cet événement permet de rassembler du monde dans une ambiance festive en soutenant les projets de l’association. Et peut-être de donner envie à vous, lecteurs, de vous engager ?
Agathe Caillibot, Anaëlle Lepère,
Nadège Kerguelen
et Morwena Gouyec
L'une des premières femmes au GIGN
Au coeur d’une unité d’élite longtemps restée masculine, Sandrine a gagné sa place là où la pression est constante, sous l’eau comme au sommet, de l’exigence où rien n’est jamais acquis. Aujourd'hui retraitée, elle a été l'une des premières femmes au GIGN.
Un parcours atypique
Son parcours n’a rien de classique. En effet, Sandrine entre en gendarmerie à l’âge de 19 ans. À l’origine, son rêve était simple : travailler à cheval. Passionnée d’équitation, elle possédait déjà son galop 7. Mais faute de moyens financiers dans sa famille, elle doit renoncer à une carrière dans ce domaine et choisit la gendarmerie comme alternative. Comme elle se qualifie elle-même, « Je suis un peu partie de rien ».
Elle entre alors en gendarmerie et commence en poste dans le Tarn-et-Garonne, mais le travail administratif ne la passionne pas. Elle va ensuite intégrer une unité où elle découvre la boxe. Pendant quatre ans, elle s’entraîne durement, progresse rapidement et atteint même le championnat de France. Cette expérience lui a apporté cette croyance : “Quand on se donne un objectif et qu’on se donne les moyens, on arrive au bout”.
En 2012, elle intègre une brigade nautique. Sans grande expérience en plongée, elle mise sur sa motivation. Elle s’entraîne avec acharnement, parfois dans des conditions extrêmes, et termine première aux tests d’entrée. Elle se spécialise ensuite en plongée et développe une véritable passion. Toujours attirée par les défis, elle se présente aux sélections d’un groupe d’élite, le GIGN (Groupe d'Intervention de la Gendarmerie Nationale) mais plus précisément au sein de la FOR, la Force Observation Recherche.
Malgré les doutes liés au faible nombre de femmes dans ce milieu, elle persévère. Là encore, elle redouble d’efforts. Si la course à pied reste son point faible, elle se distingue par sa persévérance, son mental et ses compétences techniques notamment dans l’eau où elle excelle. Elle obtient finalement sa qualification en plongée à l’oxygène, une spécialité exigeante utilisée pour des interventions discrètes. Elle enchaîne les filatures, les heures d’observation dans des conditions difficiles, tout en maintenant un niveau physique important.
Être une femme dans une unité d'élite
Être une femme dans un milieu majoritairement masculin n’a jamais été un frein pendant ses sept années passées au sein du GIGN. Elle insiste sur l’importance de la confiance en soi et de la préparation. Pour elle, le conseil le plus important à donner aux femmes qui hésitent à se lancer est simple, il ne faut pas écouter les discours décourageants, mais aller vérifier par soi-même : « Tant qu’on ne nous dit pas de partir, on a notre place [...] il faut apprendre à bloquer les pensées négatives et rester concentrée sur son objectif ».
Au début, l’intégration peut être marquée par une certaine méfiance. Comme dans une meute, chacun observe le nouvel arrivant. Mais avec le temps, l’entraînement et les missions partagées, la confiance se construit. Elle explique que rien ne se donne : tout se bâtit avec l’expérience. Les liens créés sur le terrain sont forts, car chacun connaît les compétences et les réactions de l’autre.
Au GIGN, son quotidien était rythmé par les déplacements, les périodes d’entraînement et les missions parfois à l’étranger. C’était une vie intense, atypique, parfois épuisante, mais aussi passionnante. Elle parle d’un métier où l’on apprend sans cesse, où l’adrénaline et la cohésion d’équipe donnent du sens à l’engagement.
Ce qui l’a le plus marquée, ce ne sont pas forcément des rencontres célèbres, mais l’état d’esprit du groupe : la solidarité, le respect mutuel et la confiance. Pour elle, la vraie force vient de là. Une force collective, construite avec le temps, la rigueur et la détermination.
Emma Danielou,
Luna Allouis,
Ylan Grare
Les coulisses d'un hôpital psychiatrique par une infirmière de l'hôpital de Kerglanchard
Dans la commune de Quimperlé, l'hôpital psychiatrique de Kerglanchard accueille de nombreux malades. À leur chevet, des médecins et des infirmières comme Christine Le Squer, aujourd'hui à la retraite. Elle nous parle de son métier.
Donnez-nous trois mots pour décrire votre métier.
Relationnel, empathie et compréhension.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler en psychiatrie ?
Suite à une hospitalisation, étant jeune, j'ai voulu m'occuper des personnes handicapées ou malades. De plus, la formation était rémunérée, j'étais en alternance spécialité psychiatrie.
À quoi ressemble une journée type ?
Premièrement, nous commençons par une réunion avec la relève : on y discute des incidents et des informations utiles à propos des patients. Puis nous effectuons des examens prescrits comme des prises de sang, la prise des médicaments et les toilettes. À l'heure du petit-déjeuner des patients, nous les surveillons pour voir si tout va bien en discutant avec eux ainsi qu'en les amenant aux différentes activités proposées. Parfois, il peut y avoir des urgences psychiatriques. Dans la matinée, des psychiatres passent voir leurs patients.
Comment gérez-vous les situations de crise ou d'urgence ?
Nous devons isoler le patient dans la chambre d'isolement jusqu'à ce qu'il aille mieux, pour son bien-être et celui des autres.
Quelles sont les principales pathologies des patients ?
Bipolarité, schizophrénie, dépression et addictions diverses.
Comment crée-t-on une relation de confiance avec eux ?
Nous devons bien évidemment être bienveillants, faire preuve de gentillesse et d'écoute. Quand le patient arrive à parler de ses problèmes, nous devons le rassurer et créer du lien.
Est-ce que certaines situations vous ont affectée dans votre vie personnelle ?
Non, il faut réussir à faire abstraction malgré certaines situations difficiles.
Propos recueillis par
Ambre Udo et Loïse Le Clanche
Comment réagir face à des patients parfois dangereux ?
Le travail d'une infirmière en psychiatrie peut être difficile. Notamment lorsque des criminels sont hospitalisés.
Dans un hôpital psychiatrique, le travail d'infirmière occupe une place essentielle. Chaque journée est différente car elle dépend des besoins des patients et de leur état émotionnel ou psychologique. L'infirmière en psychiatrie ne se contente pas d'administrer des soins médicaux : elle écoute, rassure, accompagne et aide les personnes à retrouver un équilibre. Ce métier est donc humain et technique.
« Ne jamais être dos à eux »
Parfois, des criminels peuvent être hospitalisés : Christine Le Squer, infirmière psychiatrique à la retraite, a fait face à ce cas trois fois. Nous lui avons donc demandé de nous raconter le passage à Quimperlé du plus connu de ceux qu'elle a côtoyés.
Des règles strictes encadrent ce type de prise en charge. « Ce type de patient doit être strictement enfermé dans une chambre d'isolement d'office qui ne contient ni fenêtres ni objets dangereux, et qui est faite de murs capitonnés dans laquelle il est hautement surveillé », raconte l'infirmière. « En général les patients dangereux sont vite redirigés vers des UMD (unité pour malades difficiles). Il est très important de ne jamais être dos à eux car on peut être attaqué. »
Ce qui l'a le plus marquée dans son expérience professionnelle, c'est « lorsque ce patient dangereux est arrivé à l'hôpital », se souvient-elle. « Nous ne savions pas encore qu'il était un criminel qui allait commettre onze meurtres et qu'il en avait déjà commis. » Pas évident de dissocier la personne de ses crimes. Pourtant pour Christine, « Il faut le considérer comme un malade, il a le droit a des soins comme les autres. »
Ambre Udo et Loïse Le Clanche
Les coulisses d'une interview... exclusive !
Nous sommes allés à la rencontre d’Axel Raid car nous sommes très intéressés par son exploit à vélo, que nous avons suivi en direct sur les réseaux. Nous avons eu l’envie de le rencontrer pour l’interviewer.
Axel, rentré depuis un mois, a accepté notre demande de rencontre. Nous avons la chance d’avoir la primeur de le questionner sur son voyage. Jusqu’alors, il avait décliné toutes les demandes d'interviews. Nous nous retrouvons à la médiathèque de Moëlan-sur-Mer et Axel très souriant, nous met vite à l’aise.
Inspirant
Cette interview nous a beaucoup marqués. Axel ne parle pas seulement de kilomètres ou de performance, mais surtout, de rencontres insolites, pleines de richesses avec des personnes qu’il n’aurait jamais croisées autrement ainsi que du dépassement de ses limites. Ça donne envie de voyager, de découvrir le monde autrement et de se lancer dans des projets qui nous tiennent à cœur.
Nous avons aussi apprécié l’authenticité d’Axel, sa simplicité et sa sincérité quand il parle de ses moments de doute et de sa surprise face à la générosité des gens.
Plein d'exemples
En nous intéressant au périple d’Axel, nous avons pu voir qu’il y a de nombreux jeunes qui osent partir à l’aventure, telles que Justine Hamon “@La Bretonne en stop” mais encore, Isabelle Del Real “Plouheran, à vélo de la Bretagne à l’Iran” ...
Ce que nous retenons du parcours d’Axel, c’est que même avec un rêve d’enfant au départ on peut vivre quelque chose de grand !
Noé Hascouet
et Lucien Frossard
De Moëlan à Tokyo, le fabuleux périple d’Axel Raid à vélo
À 26 ans, Axel a relié Moëlan-sur-Mer à Tokyo à vélo en 10 mois, réalisant une aventure humaine et écologique hors du commun.
Qui es-tu ?
Je m’appelle Axel, j’ai 26 ans et suis infirmier. J'ai relié Moëlan à Tokyo à vélo en traversant 23 pays. Je me suis lancé ce défi pour le dépassement de soi, pour découvrir d’autres cultures, rencontrer des gens et porter un message écologique. J’ai choisi Tokyo comme destination finale car, quand j’étais petit, j’étais fan de Pokémon. Aller à Tokyo, c’était un rêve d’enfant. Terminer mon aventure là-bas avait une symbolique forte pour moi.
Comment t'es-tu préparé ?
Je n’ai pas vraiment eu de préparation physique spécifique. Je suis très sportif, donc je me sentais prêt. Finalement, ma véritable préparation s’est faite sur la route. Le début a été difficile, notamment parce que je n’avais jamais roulé avec un vélo de 60 kilos. Il a fallu s’adapter rapidement.
Raconte-nous tes premiers mois sur la route...
Je suis parti sans objectif de performance. Je voulais prendre mon temps, me laisser porter par les diverses rencontres même si elles pouvaient m’amener à dévier de mon chemin. Au total, le voyage a duré dix mois. En ligne droite, le trajet peut représenter environ 10 000 kilomètres. Pour ma part, j’ai parcouru 17 000 kilomètres. J’ai choisi de traverser tous les pays des Balkans plutôt que d’aller au plus direct. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai participé aux championnats de Croatie de drift (rallye voitures) avec un ami rencontré sur la route.
Tu as croisé du monde ?
Les rencontres ont été exceptionnelles. J’ai très souvent été hébergé et on m’a offert beaucoup de nourriture. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est que les personnes qui donnaient le plus étaient souvent celles qui avaient le moins. J’ai été invité à un mariage en Ouzbékistan et j’ai partagé un repas avec la mafia bulgare. Quand je racontais mon projet, les gens avaient du mal à me croire au début. Puis, quand je leur montrais mon parcours, ils étaient impressionnés et me proposaient souvent leur aide.
Quels ont été les moments difficiles ?
Le début a été éprouvant à cause du poids du vélo. L’épreuve la plus difficile a été la traversée du désert de Mangistau, au Kazakhstan. J’ai parcouru 140 kilomètres avec 12 litres d’eau et j’étais malgré tout assoiffé. C’était extrêmement dur physiquement, mais c’est aussi une étape que j’ai particulièrement aimée, dont je garde un souvenir impérissable.
Tu as eu un vrai moment de doute ?
Je n’ai pensé à abandonner qu’une seule fois. Ma copine m’avait rejoint en Turquie pour rouler avec moi. Lorsqu’elle est rentrée en France et a participé à une fête avec nos familles, j’ai eu envie d’être avec eux en voyant les photos. Pour me remotiver, j’ai parcouru 500 kilomètres en deux jours.
Et la sécurité ?
Je ne me suis jamais senti en danger. Je laissais mon vélo dans la rue sans problème. Les personnes que j’ai rencontrées avaient une forte foi religieuse et ne pensaient même pas à voler. De plus, la police est souvent très sévère dans les pays que j’ai traversés.
Comment s'est passée la fin du voyage ?
À la toute fin, j’ai eu une déchirure musculaire par manque de récupération. En effet, je me préparais également au marathon de Tokyo, que je n’ai malheureusement pas pu courir à cause de cette blessure.
Que t'a apporté ce voyage ?
On ne ressort pas d’un tel voyage inchangé. Cette expérience m’a ouvert l’esprit. Je conseille à toutes les personnes qui en ont la possibilité de voyager. C’est une aventure qui transforme profondément.
Propos recueillis par
Noé Hascouet et Lucien Frossard
« S'intéresser aux gens et à la vie de la commune » : être maire à Rédéné
Maire de Rédené depuis fin mars 2020, Yves Bernicot s'investit dans le développement de la commune. Il cumule ses fonctions de maire avec son métier d'ingénieur au sein d'une entreprise. Et fait le point sur les enjeux à Rédéné avant les municipales.
Quels sont les critères et qualités pour devenir maire ?
Pour devenir maire, il faut avoir le sens des responsabilités. En effet, le maire prend des décisions importantes pour toute la commune et il faut être capable d'assumer ses choix, il faut aussi être à l'écoute des habitants, des associations, des commerçants et des jeunes. Il faut également être organisé pour suivre les budgets et pouvoir coordonner des projets. On doit aussi savoir communiquer pour expliquer ses décisions clairement aux habitants. Pour être maire, il convient de s'intéresser aux gens et à la vie de la commune, il est nécessaire de vouloir travailler pour les autres et être disponible. Il faut vouloir faire avancer la vie de la commune et l'intérêt général.
Quels sont les principaux problèmes que les habitants vous remontent actuellement ?
En ce moment, le principal problème est la circulation et surtout la vitesse qui n'est pas respectée par les habitants ainsi que tous les comportements incivils sur la route, que ce soit une conduite irrespectueuse, dangereuse ou perturbatrice (tout ce qui a un rapport avec la circulation).Quelles sont les différentes actions qui sont mises en place pour les jeunes de la commune ?
Les actions qui sont mises en place pour les jeunes sont la cantine, la garderie, l'entretien de l'école mais aussi la construction d'un nouvel Espace jeunes à l'entrée du bourg. En 2021, le CMJ, le Conseil municipal des jeunes, a été créé. Celui-ci regroupe plusieurs jeunes qui ont été élus par les élèves des deux écoles. Ces élus sont les porteurs des projets de la jeunesse de la commune. Cela a pour but de faire participer les jeunes à la vie de la commune.
Quelles sont vos principales missions en tant que maire de la commune ?
Tout d'abord, je suis le représentant de l'État dans la commune, c'est-à-dire que je dois établir et faire respecter des règles et des normes comme les nuisances sonores, la circulation. Je dois aussi éviter les troubles à l'ordre public. En tant que maire, je dois faire vivre la commune, donc faire des animations pour l'école, les clubs de sport, tous les domaines associatifs et des animations pour les anciens comme le repas des anciens. De plus, je dois également faire en sorte d'organiser des cérémonies d'hommage pour transmettre le devoir de mémoire.
Quelle décision a été la plus difficile à prendre depuis le début de votre mandat ? Pourquoi ?
La situation la plus dure était pendant le Covid-19, la période du confinement car il a fallu faire respecter ces nouvelles règles aux habitants et faire en sorte que les personnes ne soient pas isolées.
La tempête Ciaran a été une période aussi très difficile car elle a tout cassé.
Quelles sont les principales ressources financières de la commune ?
L'impôt est la principale source de revenus. Il représente plus de 52 % des ressources. Il y a également les dotations de l’État, c'est plus de 35 % des revenus. Les dotations de l’État signifient que l’État verse de l'argent aux petites communes et cela permet de financer nos projets, les écoles, les routes, les équipements sportifs, l'éclairage public. L’État nous donne cet argent pour garantir un certain équilibre entre les communes car chacune n'a pas forcément les mêmes ressources, donc cela a pour but d'éviter qu'il y ait trop d'inégalités.
Yves Bernicot a été réélu maire de Rédéné avec 66.01 % des voix.
Recueilli en février 2026
par Elouan Cousin
et Nolan Le Lidec
Jkanda, nouveau rappeur breton
Jkanda est un jeune artiste de pop urbaine d’origine haïtienne, qui a grandi à Vannes et été élevé par sa mère. Depuis toujours, la musique occupe une place importante dans sa vie.
Sa vie personnelle
Il découvre le rap grâce à sa maman, elle-même passionnée de musique, qui l’emmenait régulièrement dans des festivals quand il était plus jeune. Ces expériences lui ont donné l’envie de se lancer à son tour dans la musique.
Son nom d’artiste, Jkanda, est inspiré du film Black Panther. Grand fan de cet univers, il a repris le nom du Wakanda, symbole de puissance et de courage dans le film, en y ajoutant la première lettre de son prénom. Pour lui, Jkanda représente la force, la détermination et la fierté.
Sa vie musicale
Musicalement, son univers est dansant et joyeux. Il cherche à faire voyager les gens à travers ses sons tout en restant accessible à toutes les générations. Contrairement à certains clichés du rap actuel, souvent associés à la vulgarité ou à la violence, Jkanda propose une musique plus ouverte et adaptée à tous les âges.
Parmi ses principales influences, on retrouve des artistes internationaux comme Salif Keita, Youssou N’Dour et Imany. On comprend donc que son inspiration dépasse les frontières et s’inscrit dans une culture musicale riche et variée.
Dans ses textes, il parle surtout de ce qu’il vit : l’amour, la trahison, les difficultés de vivre de sa passion. Il aborde des sujets universels, car selon lui, chanter ce qu’on vit rend la musique plus authentique. Son écriture part toujours d’expériences personnelles, ce qui permet à son public de s’identifier plus facilement.
Les critiques
Concernant le regard du public, il reconnaît que les premières critiques ont été déstabilisantes. Exposer quelque chose de personnel n’est jamais facile. Cependant, il a appris à écouter les critiques constructives et à ignorer celles qui ne l’aident pas à avancer. Aujourd’hui, le regard des gens est pour lui une motivation pour se dépasser, sans pour autant changer qui il est.
Les réseaux
Les réseaux sociaux occupent une place importante dans son développement en temps que jeune artiste. Ils lui permettent de partager sa musique et de créer un lien direct avec ses auditeurs. Mais il précise que cela reste un outil : pour lui, le plus important reste la qualité de la musique.
Comme beaucoup d’artistes, Jkanda a déjà douté de son projet, surtout lorsque les résultats tardaient à arriver. La plus grande difficulté depuis ses débuts a été de rester motivé malgré les obstacles. Ce qui l’a aidé à continuer, c’est son amour pour la musique et les messages de soutien de personnes qui se reconnaissent dans ses textes.
Son avenir
Il apprécie autant le studio que la scène. Le studio est le lieu de création et d’expression personnelle. La scène, quant à elle, représente le partage et la rencontre avec le public. Les deux sont complémentaires et essentiels dans son parcours.
Pour l’avenir, Jkanda se voit toujours dans la musique, avec un projet plus professionnel et un public fidèle. Son objectif est de vivre pleinement de son art sans se trahir. À travers ses chansons, il souhaite transmettre un message fort : chacun peut transformer ses épreuves en force. Sa musique parle d’espoir avec l’envie d’aider ceux qui l’écoutent à se sentir moins seuls.
Julia Le Bihan et Thais Flejo
Bagad de Concarneau : 40 ans d'histoire
Tudi Cariou, musicien multi-instrumentiste du bagad de Concarneau, a été chargé de la direction artistique d'un événement créé pour les 40 ans de l'ensemble.
Pour commencer, est-ce que tu pourrais dire ce qu'est un bagad ?
Un bagad, c'est un ensemble traditionnel breton avec plusieurs pupitres de différents instruments : les cornemuses, les bombardes, les caisses claires et les percussions. Ils jouent des airs, traditionnels ou pas.
Est-ce que tu peux nous présenter rapidement le bagad de Concarneau ?
Le bagad de Concarneau a été créé en 1983 par le cercle de Concarneau. Le premier concours s'est déroulé en 1986, et cette année le bagad a 40 ans. Mon père (Yann Cariou) a longtemps mené le bagad, maintenant c'est Fabien Page.
Y a-t-il eu des moments marquants dans l'histoire du bagad ?
Il y en a eu plusieurs. Moi je n'ai pas vécu tous les moments parce que je n'y suis que depuis 2010. Mais oui, il y a eu des moments marquants comme quand on est monté en première catégorie. C'était un grand moment car c'est la première fois qu'on montait si haut dans la compétition.
En quelle année êtes-vous monté en première catégorie ?
Le premier concours en première catégorie c'était en 2020, juste avant le Covid.Cette année le bagad fête donc ses 40 ans, il paraît qu'il y a une grande prestation, la création Daskemm (« évolution » en breton) qui est prévue. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?
Effectivement pour les 40 ans, on m'a demandé d'arranger un concert de 1h/1h15 pour lequel j'ai carte blanche. On avait tous envie de bosser avec Blue Glaz, un groupe de cinq chanteuses avec qui on bosse depuis deux ans maintenant. Donc on trouve dans ce projet des morceaux qu'on joue déjà et qu'avait écrits et arrangés Fabien Page, celui qui dirige l'ensemble des musiciens. On y trouve aussi des nouveaux morceaux qui reprennent des arrangements et on a rajouté de la guitare, de la basse, de la batterie, de la flûte. Moi je fais du clavier et Blue Glaz, du coup, chante avec le bagad.Pour quand cette prestation est-elle prévue et où aura-t-elle lieu ?
Ça sera à la salle de l'Archipel à Fouesnant, le 25 avril.
Qu'envisage le bagad pour le futur ?
Tout d'abord il y aura cet été d'autres représentations de "Daskemm". Ensuite un grand objectif du bagad, c'est d'intégrer et de former plein de jeunes. Après il y a tous les concours qui sont toujours importants pour les bagadoù (pluriel de bagad) en général, parce que ça les maintient et ça fait des objectifs à atteindre. Pour Concarneau, pour moi, c'est la formation des jeunes et intégrer qu'on soit de plus en plus gros. Et faire de la musique, c'est le point principal.
Recueilli par Nadège Kerguelen et Morwena Gouyec
Les festivals bretons : un moteur économique puissant pour la région
Chaque été, des événements comme le Festival Interceltique de Lorient ou Les Vieilles Charrues génèrent des millions d’euros et dynamisent l’économie bretonne.
Des festivals qui attirent des foules impressionnantes
La Bretagne est l’une des régions les plus dynamiques de France en matière de festivals. En 2019, elle comptait près de 600 festivals, ce qui en faisait la troisième région française en nombre de festivals par habitant. Les festivals musicaux représentent à eux seuls 53 % des événements culturels bretons. Certains rendez-vous attirent des centaines de milliers de visiteurs. Le Festival Interceltique de Lorient a battu un record en 2023 avec près de 950 000 visiteurs en seulement dix jours. De leur côté, Les Vieilles Charrues ont accueilli 273 000 festivaliers et le Hellfest 240 000. Une grande partie du public vient d’autres régions ou de l’étranger, renforçant encore l’attractivité de la Bretagne.
Un impact économique majeur pour les territoires
Au-delà de l’aspect festif, les festivals constituent un véritable moteur économique pour les villes et villages qui les accueillent. En 2019, les Vieilles Charrues ont rapporté environ 5 millions d’euros, injectés directement dans l’économie locale. Le Festival Interceltique de Lorient a généré, en 2023, 35,6 millions d’euros de revenus économiques selon l’agence AudéLor. Ces événements créent également de nombreux emplois temporaires : plus de 700 personnes ont été employées pour les Vieilles Charrues en 2019.
Des bénéfices directs pour les commerces et l’hébergement
L’arrivée massive de festivaliers profite largement aux commerces locaux. Bars, restaurants et commerces alimentaires voient leur fréquentation exploser, certains réalisant jusqu’à 30 % de leur chiffre d’affaires annuel pendant la durée du festival. L’hébergement représente une part importante des dépenses : hôtels, chambres d’hôtes et locations de type Airbnb affichent complet. Pour le Festival Interceltique de Lorient, une hausse de 90 % des dépenses liées à l’hébergement a été observée ces dernières années. Cette forte demande entraîne parfois une augmentation temporaire des prix, y compris dans les communes voisines.
Des événements qui font rayonner la Bretagne
Les festivals bretons ne sont pas seulement des moteurs économiques : ils participent aussi au rayonnement culturel de la région. Ils mettent en valeur la musique, les traditions celtiques, le patrimoine et les paysages bretons. Bien que la Bretagne organise également des événements liés au cinéma, au théâtre, à l'art ou à la littérature, les festivals musicaux restent les plus importants. En attirant un public national et international, ces manifestations contribuent à renforcer l’image d’une région dynamique, festive et attachée à sa culture.
Eva Le Bozec
et Lena Le Bouill
À Quimperlé, Chlorofilm complète la programmation du cinéma
L'association propose des films classés Art et essai et des séances pour les plus jeunes à La Bobine, le cinéma quimperlois. Zoom sur son fonctionnement.
Le cinéma La Bobine est un cinéma municipal : les agents municipaux s'en occupent et programment seulement des films grand public et du scolaire. Tous les revenus leur reviennent.
Chlorofilm est une association qui présente des films Art et essai : cinéma d'auteur, jeunesse, recherche. Ce sont des bénévoles qui s'en occupent, ils programment les séances, font des cinéclubs, des débats avec le public et accueillent des invités.
Même s'ils ouvrent le cinéma le jeudi alors qu'il est censé être fermé, ils essaient d'exploiter le cinéma le plus possible. Absolument tous les revenus reviennent à La Bobine.
Chlorofilm est financée seulement par les adhésions (190 adhérents dont 30 actifs) et Quimperlé communauté.
Des séances pour tous
Avec les films Art et essai, le public est plutôt âgé, donc ils essaient de programmer des séances pour les jeunes à partir de trois ans, mais toujours avec une certaine éducation populaire.
Ils se réunissent une fois par mois pour sélectionner les films d'après leurs connaissances ou parfois en visionnent en avant-première.
Nous avons interviewé le président de cette association : Florent Leloup. Le cinéma étant sa passion, il est arrivé à Chlorofilm il y a sept ans et en est le président depuis quatre ans. En étant bénévole il faut pouvoir trouver le temps et c'est assez fatigant mais il est très content quand il voit que la salle est remplie.
Rapahël Symphorien
et Louison Danveau
Des séances Chlorofilm bientôt à La Bobine
Un film d'animation à la rencontre d'enfants soldats
Un dessin animé interdit aux moins de 12 ans. Birahima, orphelin guinéen d’une dizaine d’années, doit quitter son village pour tenter de passer la frontière et retrouver une tante qui se serait installée au Libéria. Le jeune garçon se met dans les pas de Yacouba, bonimenteur de grands chemins jouant les guides de substitution. Mais sur la route, la rencontre avec des enfants soldats fait basculer le destin de Birahima. Engagé involontaire, que lui réserve le sentier de la guerre ?
Vendredi 3 avril à 18h, lundi 6 avril à 20h30.
Une fiction dans les coulisses des hypermarchés
Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.
Jeudi 9 avril à 14h30, vendredi 10 avril à 18h, lundi 13 avril à 20h30.
Un documentaire sur la création de 1984
1949. George Orwell termine ce qui sera son dernier mais plus important roman, 1984.
ORWELL : 2+2=5 plonge dans les derniers mois de la vie d’Orwell et dans son œuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu'il a révélés au monde dans son chef-d'œuvre dystopique : le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother... Des vérités sociopolitiques qui résonnent encore plus puissamment aujourd'hui.
Dimanche 12 avril à 20h30.
La passion du cinéma se transmet à travers les ambassadeurs de La Bobine
Le cinéma La Bobine fait vivre la ville en transmettant la culture cinématographique de génération en génération. Nous avons échangé avec Pravine Barady, en charge des ambassadeurs de La Bobine.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je m'appelle Pravine, j'ai 27 ans et je travaille pour Cinéphare, un réseau qui regroupe 40 salles de cinéma et associations de cinéphiles en Bretagne. Je suis présent deux jours par semaine au cinéma La Bobine de Quimperlé et deux jours au cinéma La Rivière d'Etel, où je mène des missions de médiation culturelle. Je m'occupe notamment du groupe des ambassadeur-ices ainsi que de l'éducation aux images pour le jeune public.
En quoi consiste le rôle d’ambassadeur·ambassadrice ?
Le rôle est assez simple : les ambassadeurs servent de relais entre les jeunes et la salle de cinéma. L’idée est que la communication ne vienne pas uniquement du cinéma vers les jeunes, mais aussi des jeunes vers les jeunes.
Chaque mois, ils élisent un film qu’ils vont promouvoir. Cela passe par la communication, notamment via le compte Instagram, mais aussi par la création d’une pastille vidéo diffusée sur nos réseaux sociaux et avant les séances, comme une bande-annonce.
Nous nous retrouvons également le mercredi après-midi pour discuter des films visionnés, organiser des jeux et échanger. Mon objectif est aussi d’aider les jeunes à développer des compétences essentielles : prise de parole en public, analyse, esprit critique… Des choses parfois difficiles au début, mais qui progressent très vite.
Comment devient-on ambassadeur ?
Nous lançons régulièrement des sessions de recrutement. Il suffit de m’envoyer un mail en se présentant pour prendre contact.
Combien de personnes travaillent à la Bobine ? Combien d’ambassadeurs y a-t-il ?
La Bobine est un cinéma municipal avec deux salariés à temps plein, une salariée à mi-temps et moi-même présent deux jours par semaine.
Nous comptons actuellement une vingtaine d’ambassadeur·ices.
Quelles qualités faut-il pour être un bon ambassadeur ?
La curiosité est essentielle. Il ne s’agit pas d’avoir une immense culture cinématographique, mais d’être ouvert, motivé et prêt à découvrir de nouveaux films.
Organisez-vous des projets particuliers ?
Nous n’en organisons pas très souvent, mais cela peut arriver, notamment autour d’événements spécifiques. D’ailleurs, les lycéens peuvent tout à fait nous proposer des idées d’événements ou de marathons s’ils sont intéressés. Un concours de courts-métrages destiné aux jeunes est également prévu fin avril.
Quelles sont les difficultés et les avantages du rôle ?
Il n’y a pas vraiment de difficultés majeures. Les missions s’adaptent facilement à l’emploi du temps de chacun. L’idéal reste d’être présent le mercredi après-midi, mais certains participent surtout aux événements du week-end ou des vacances.
Les avantages sont nombreux : gratuité pour l’ambassadeur et un accompagnateur de moins de 25 ans ; développement de compétences utiles pour les études, découvertes cinématographiques et rencontres.
Comment travaillez-vous en équipe ?
Nous utilisons un groupe WhatsApp, où chacun peut échanger librement. Les sondages nous servent notamment pour organiser les disponibilités et les votes.
Pourquoi La Bobine est-elle importante pour les jeunes ?
Aujourd’hui, l’éducation aux images est plus importante que jamais : omniprésence des écrans, réseaux sociaux, IA, fake news…
La Bobine propose une programmation variée, différente des multiplexes comme Cinéville ou CGR. Nous avons des films pour tous les goûts, notamment grâce à la programmation Art et essai portée par l’association Chlorofilm.
La salle de cinéma reste une expérience collective, complémentaire des plateformes comme Netflix.
Faut-il avoir une bonne culture cinématographique ?
C’est très subjectif. Le plus important reste la curiosité et l’envie de découvrir. Il n’y a aucun test de culture cinématographique.
Comment les lycéens peuvent-ils vous contacter ?
Les lycéens peuvent m’écrire directement : Pravine.cinephare@gmail.com
Thuy Linh Pham
et Jeanne Lika Le Belec
Un bon prof doit-il avoir beaucoup voyagé ?
Interview de Monsieur Floch, professeur d'histoire-géographie du lycée Kerneuzec, au sujet de ses voyages et de la façon dont ils enrichissent ses cours.
Quels ont été vos voyages scolaires ? Qui les a organisés et comment ?
J'ai fait 46 voyages scolaires environ. Avant c'était le travail des professeurs de les organiser. Je commençais par appeler toutes les compagnies de cars du Finistère pour qu'elles nous donnent toutes les informations pour ensuite voir laquelle était la moins chère ; puis il fallait chercher les endroits où l'on pourrait aller, l'itinéraire, quoi manger, où manger, et enfin prévenir les élèves assez tôt et leur donner le budget.
Trouvez-vous que faire des voyages scolaires soit bénéfique pour les élèves et les professeurs ?
Les voyages apportent de nombreuses choses positives aux élèves : ils apprennent à connaître leurs professeurs, remarquent qu'ils sont plus sympas qu'imaginés, qu'ils rigolent et qu'ils ne sont pas juste des personnes parfois énervantes devant un tableau.
Je pense aussi qu'aller en voyage scolaire est utile pour les élèves car cela leur permet de mieux retenir les cours en vivant un peu les choses et que ça soit plus interactif. Ils permettent de créer un fil conducteur dans mes leçons mais aussi de souder une classe au début de l'année.
Les voyages aident notamment les professeurs à mettre un visage sur les noms des élèves sur une classe de 35, car ils se confient et parlent plus. On découvre les élèves en dehors du cadre scolaire (même s'ils restent des voyages pédagogiques).
Quels ont été vos voyages personnels ?
Je suis allé en Amérique, en Afrique (notamment au Maroc, en Tunisie, en Égypte), aux Antilles, en Asie et en Europe (dont la Norvège, la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal, la Grèce, la Slovénie, la Pologne, le Royaume-Uni et l'Irlande).
Est-ce qu'il y en a qui vous ont marqué ?
Il y en a beaucoup qui m'ont marqué, pas forcement pour les paysages, parfois c'était pour les rencontres. L’Égypte m'a plu, c'est un pays très riche en histoires. J'y étais allé au mois de février ; et à un moment dans ce voyage, j'étais en croisière sur le Nil avec des amis. Là-bas il faisait beau et je savais que chez moi en France, il ne faisait pas beau. On était donc sur le bateau, on jouait aux cartes pendant que les pyramides et les temples défilaient. Les autres personnes pendant ce temps-là prenaient des photos mais nous, on s'était dit qu'on en prendrait après, lors de la visite. C'était un très beau moment.
Pour les paysages, c'est la Norvège qui m'a le plus marqué. C'était majestueux mais aussi hors de prix car c'est un pays plus cher que la France. J'ai bien aimé le fait d'aller dans un pays sans touristes car tous les Norvégiens partent en vacances quand nous on vient chez eux. Ils se demandent " Pourquoi venez-vous dans un pays cher et froid tandis qu'en France il fait chaud ?".
Il y a aussi Istanbul qui m'a laissé une forte impression. C'est une ville fantastique pour un professeur d'histoire : il y a une partie grecque byzantine et une partie ottomane. On est en Europe, on traverse un pont et tout de suite on est en Asie, soit deux minutes pour changer de continent : c'était très dépaysant.
Parfois ça ne sert à rien d'aller loin : par exemple l'île d'Ouessant. Je suis originaire de cette île, donc dès que j'y retourne, j'ai l'impression d'être ailleurs. Même si je suis sur une île, je ne sens pas l'enfermement, je suis plus libre. Quand j'y suis, je sais que je ne pourrai pas repartir avant le prochain bateau, ça m'oblige à me balader et rencontrer des gens.
Pensez-vous que faire des voyages est indispensable pour un professeur d'histoire ?
Je pense que oui, c'est indispensable pour ma matière : on explique mieux les choses quand on a été sur place. Par exemple, quand j'ai été en Pologne, j'ai visité le camp d'Auschwitz et chaque année, je fais mon cours en reparlant de ce voyage avec une vidéo que j'ai tournée, en expliquant des anecdotes qui me reviennent et les gens que j'ai rencontrés. Je leur montre la taille que ça a et mon impression. Je trouve que ça aide les élèves à écouter en classe grâce à quelque chose de peut-être plus intéressant et vivant.
Je découvre, moi aussi, de nouvelles choses comme par exemple la tombe de Christophe Colomb aux Antilles : même si une tombe n'a pas d’intérêt particulier, sa cathédrale est immense pour la petite tombe qu'elle contient ; on peut voir qu'il a marqué l'histoire.
Et pour la géographie ?
C'est également indispensable pour la géographie de voyager : le climat, le paysage, la nourriture et la mentalité des gens, tout est lié à l'endroit où l'on vit. C'est donc en voyageant que l'on découvre le mieux les choses. Par exemple pourquoi les toits des maisons en Norvège sont en bois tandis qu'en Espagne, ils sont en tuiles ?
On y découvre aussi l'importance de la religion dans certain pays : dans des pays comme le Maroc ou la Turquie, le monde s'arrête de tourner toutes les trois heures pour la prière, alors qu'ici en France c'est presque inimaginable. Je trouve aussi qu'il est important d'aller sur les lieux pour mieux saisir les gens qui y vivent, leur religion, leur philosophie.
Louane Garo et Itto Saber
Les coulisses de Kerneuzec : ceux qui font vivre les lieux
Derrière les salles propres et les bâtiments entretenus auxquels on ne fait pas attention, se trouve le travail discret et essentiel des agents d’entretien. Pour mieux comprendre leur quotidien, nous sommes allés à la rencontre de Frédéric et Rachel.
Frédéric et Rachel sont deux agents de notre lycée Kerneuzec. Lui est agent de maintenance du patrimoine depuis sept ans et elle agente d’entretien depuis trente ans. Frédéric est surtout chargé de faire des travaux préventifs avant que les choses ne se cassent, et des rondes chaque matin dans les internats. Son travail est assez varié, mais toujours dans le même but : s’assurer que tout est en état de marche afin de rendre meilleur notre quotidien au sein du lycée. Il trouve le bonheur dans son métier grâce à la multiplicité des tâches, à un climat de travail apaisé et à de nouveaux locaux.
Quant à Rachel, elle a des horaires aménagés du fait de problèmes de santé qui nécessitent un travail à temps partiel : elle arrive au lycée à 5 h 45 et termine à 13 h quand ses collègues, eux, finissent à 15 h 30. Elle commence par le nettoyage des salles de classe (en général de 6 heures à 8 heures dans la matinée) pour qu’elles soient prêtes avant même que les élèves arrivent ; ensuite elle s’occupe des toilettes et des dortoirs.
Rachel trouve son bonheur lors de fous rires qu’elle partage avec ses collègues, de journées de cohésion et pendant les services de vacances où l’atmosphère est beaucoup plus détendue car les élèves ne sont pas là.
Contraintes du métier
Cependant, comme dans chaque métier, il y a des désavantages. En effet, les dégâts sont une partie du travail qu’ils n’apprécient pas. Frédéric, par exemple, peut parfois être chargé de déboucher les toilettes, ou encore il nous raconte à quel point ça peut être décevant ou décourageant de voir des dégradations faites sur des travaux réalisés récemment destinés au bien-être des élèves. Rachel, elle, apprécie moins le côté répétitif de son travail où l’on s’use rapidement, d’autant plus que son métier est difficile et qu’il manque de personnel, ce qui amène à une surcharge de travail.
Désir de reconnaissance et de respect
C’est pour cela qu’ils aimeraient que les élèves soient plus conscients du travail qu’ils font pour nous. Même si selon eux la majorité reste respectueuse, les dégradations persistent, ce qui est très problématique, car cela en provoque toujours d'autres. Rachel rapporte même avoir dû nettoyer une chambre couverte de salade et de pâtes du sol jusqu’aux miroirs.
C’est pourquoi elle aimerait qu’en début d’année les membres du personnel d’entretien puissent expliquer aux élèves en quoi consiste leur métier et les règles de bienséance.
Gardons à l'esprit l’existence d’humains derrière nos locaux propres et bien entretenus ; pensons au travail qu’ils fournissent pour nous en leur évitant une plus grosse charge de travail (éviter de salir, casser), à leur dire bonjour, même un simple sourire leur suffit ! Et un grand merci à Rachel et Frédéric pour leurs années passées à améliorer notre quotidien.
Camille Sagna, Guyllian Le Dily,
Maïwenn Droal