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Ruralité : le regard des étudiants du lycée Théodore Monod (Le Rheu)
| N° 4 - Juin 2026 | www.space.fr |
Éditorial
Comment imaginer l'agriculture de demain ? Quels sont les défis auxquels sont confrontés les territoires ruraux ?
Pour répondre à ces questions, les étudiants de BTSA ACS’AGRI du lycée Théodore Monod (Le Rheu) se sont transformés en journalistes le temps d’un projet pédagogique lié à l'éducation aux médias et à l'information afin d'enquêter, de comprendre et de débattre des transformations des territoires ruraux.
Ce projet a été mené sous l'égide de la DRAAF (direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt), le SPACE et l'association pour le développement du Journal des Lycées (groupe Sipa Ouest-France).
Au fil de leurs enquêtes et rencontres, les jeunes ont exploré les multiples visages de la ruralité : transmission des exploitations, innovations agricoles, foncier, élevage, vie locale ou encore ouverture sur le monde.
À travers ce journal, ils donnent la parole à celles et ceux qui font vivre les campagnes et s’interrogent sur leur avenir.
Cette thématique revêt une importance particulière pour les étudiants de BTSA ACS'AGRI (anciennement ACSE). En effet, ces derniers sont appelés à devenir agriculteurs, techniciens ou conseillers agricoles.
Cette édition est donc le fruit d’un vrai travail collectif. Il a permis aux étudiants de développer leur esprit critique, leurs compétences rédactionnelles, en compagnie de deux journalistes, Christian Veyre et Édouard Maret. Ils ont également bénéficié de l'accompagnement de Gloria, volontaire italienne accueillie au lycée cette année, dont la présence a enrichi les échanges.
Une invitation à découvrir une ruralité en constante évolution, riche de ses défis comme de ses opportunités.
Florence CAILLÉProfesseure pilote du projet
Une réflexion sur le rôle de la chasse et ses enjeux
La chasse en France s’inscrit dans un contexte de forte pression écologique et économique. Elle permet notamment de réguler certaines espèces comme les sangliers, dont la population est passée d’environ 1,5 million en 1990 à 4,5 millions aujourd’hui, soit un triplement en trente ans. Cette régulation a des effets concrets : elle contribuerait à une baisse d’environ 30 % des collisions routières avec des animaux sauvages.
Sur le plan économique, les dégâts causés par le gibier sont considérables, atteignant environ 250 millions d’euros en 2019 pour l’agriculture. Pour les exploitants, cela peut compromettre directement la production, notamment dans les élevages dépendant des cultures fourragères.
Cependant, la chasse reste fortement critiquée : selon un sondage IFOP de 2021, 61 % des Français la jugent violente et cruelle. Elle est aussi source de tensions entre usagers de la nature (chasseurs, promeneurs, riverains), ce qui souligne la nécessité d’un encadrement plus strict et d'une meilleure cohabitation.
Ainsi, la chasse apparaît à la fois comme un levier utile pour la gestion des écosystèmes ruraux et comme une activité controversée, dont l’encadrement et l’acceptation sociale restent à améliorer.
Baptiste TARDIVEL,
Tom ROBINO
Comices agricoles : un rôle agricole central
Acteurs incontournables du monde rural, les comices agricoles participent à la vie des territoires tout en s’adaptant à des réalités de plus en plus complexes.
Installée en SCEA depuis 2007 avec son mari David Jounot, Virginie Jounot conduit une exploitation de 500 000 litres de référence laitière, avec un troupeau de 50 vaches Prim’Holstein ainsi qu’un atelier de production de pommes de terre. Très investie dans la vie agricole locale, elle s’engage depuis plusieurs années au sein du comice agricole, dont elle a été secrétaire pendant sept ans avant d’en devenir présidente en 2020. Cet engagement lui tient particulièrement à cœur, car il permet de maintenir du lien entre les agriculteurs et de faire découvrir le monde agricole au grand public.
Le rôle des comices
Le comice joue en effet un rôle essentiel dans la valorisation du métier, notamment à travers des interventions dans les écoles pour sensibiliser les enfants et transmettre la passion du métier, tout en mettant en avant le bien-être animal et la diversité des pratiques agricoles.
Cependant, l’organisation d’un tel événement représente un travail conséquent, avec une préparation qui s’étale sur près d’un an en collaboration avec la commune d’accueil, et une forte mobilisation dans le dernier mois. Chaque édition reste néanmoins un moment attendu, réunissant environ 250 convives lors du repas et de nombreuses animations.
Moins d'éleveurs...
Malgré cet engouement, plusieurs difficultés persistent : la baisse des subventions (indispensables à la tenue du comice) ainsi que le manque de disponibilité des éleveurs, déjà très sollicités, notamment pour préparer les animaux, ce qui demande jusqu’à deux mois de travail. Virginie Jounot constate d’ailleurs une baisse de la participation des éleveurs au fil des années.
Quel avenir ?
L’avenir des comices agricoles apparaît aujourd’hui incertain, notamment en raison des contraintes sanitaires liées aux maladies comme la FCO et aux obligations vaccinales, qui engendrent des coûts supplémentaires et des inquiétudes durables.
Face à ces défis, les comices tendent à évoluer en proposant davantage d’animations, comme des mini-fermes, des lotos bouse ou des marchés de producteurs, au détriment des concours traditionnels. Un retour à la normale semble difficile à envisager, mais ces événements continuent malgré tout de jouer un rôle central dans la vie rurale en favorisant les échanges, la communication et la valorisation du métier d’agriculteur.
Orlann ETENTARD,
Liz JOUNOT
Cinq conseils pour s'installer
À l'heure actuelle de nombreuses personnes souhaitent s'installer, cependant, c'est loin d'être la chose la plus simple. Voici les quelques conseils primordiaux pour s'installer afin d'avoir une base solide.
• 1 : Bien se connaître
Evaluez vos compétences, vos envies et votre motivation pour construire un projet qui vous ressemble.
• 2 : Étudier son projet
Réaliser une étude de marché, choisissez le bon statut et calculez la viabilité économique de votre future activité.
• 3 : Financer son installation
Explorez les aides disponibles, montez un plan de financement et entourez-vous des bons partenaires.
• 4 : S'entourer et se former
Appuyez-vous sur un réseau, échangez avec d'autres agriculteurs et continuez à vous former tout au long de votre parcours.
• 5 : Démarrer et s'adapter
Lancez-vous, restez à l'écoute, soyez réactif et prêt à faire évoluer votre projet.
Guillaume REMACLE
Qui pilotera la terre française de demain ?
Des capitaux étrangers pour une maîtrise des terres agricoles françaises.
Face aux agriculteurs français dans la course à l'acquisition des terres agricoles se dressent les investisseurs étrangers, capables de payer le double du prix des terres pour se les approprier. Avec l'augmentation attendue de 60 % des besoins alimentaires d'ici 2050, les terres agricoles constituent une richesse stratégique appelée à devenir vitale, dont l'acquisition apparaît dès aujourd'hui comme un enjeu majeur. On constate qu'environ 640 000 ha soit 14 % de la surface agricole utile serait détenue par des fonds étrangers, et que 20 % des terres sont exploitées par des sociétés étrangères. Ce fait peut être expliqué par les montants offerts aux agriculteurs cédants, des prix s'élevant au double du prix moyen, qui peuvent atteindre jusqu'à 176 400 €/ha dans les territoires AOP. En effet, les terres détenues par des acteurs étrangers sont généralement gérées en fonction d'objectifs qui ne coïncident pas nécessairement avec les enjeux agricoles, environnementaux ou territoriaux propres aux régions concernées. En effet, les exploitations s'agrandissent en même temps que leurs prix (augmentation de 3,2 % en 2022), les centres de décision s'éloignent et les richesses produites ne bénéficient plus à la France. Cette "colonisation" empêche l'installation d'agriculteurs français, qui n'ont plus assez de moyens pour le faire, et vulnérabilise le pays face à une crise alimentaire prévisible en le privant de sa souveraineté alimentaire. À titre d'exemple, dans le Jura suisse fortement confrontée à la demande étrangère, les prix sont deux à trois fois plus élevés que dans le centre du pays.
Interview de Yanis David,
futur exploitant
Le prix des terres et ce phénomène t'inquiète-t-il pour ton avenir ou celui des jeunes agriculteurs ?
Oui, il est toujours en hausse et cela m’inquiète pour mon installation, j’ai bien peur que ça soit de plus en plus dur de s'installer dans le futur.
Selon toi, ces entreprises respectent-elles les mêmes valeurs agricoles que les agriculteurs locaux ? Quel modèle préfères-tu ?
Les entreprises étrangères ne respectent pas les mêmes valeurs que nos petites entreprises : elles veulent des parcelles énormes, je préfère ma petite ferme familiale.
Maxime CAILLON,
Samson BEAUDUCEL,
Pierre BEILLET
Le GAEC des Gaulois, une ferme à taille humaine ?
Dans un contexte agricole souvent marqué par l'agrandissement des fermes, des exploitants exploitants font le choix inverse : une agriculture plus proche de l'humain.
Le GAEC des Gaulois, porté par Fanny et Léo, est une ferme biologique située à Chaumeré (35) qui illustre la diversité, la reprise familiale, ainsi que la résilience des exploitations à taille humaine. En couple, ils gèrent trois ateliers complémentaires : cultures, veaux de lait et production d’huile, en privilégiant les circuits courts.
Les cultures :
blé panifiable et colza
Avec 46 hectares (23 ha par unité de travail humain), la ferme parvient à générer un revenu viable sur une surface limitée, ce qui reste rare hors maraîchage. Elle se compose de 20 ha d’herbe et 26 ha de cultures (orge, sarrasin, colza, seigle, blé). La moitié est vendue via un groupement d’agriculteurs, permettant notamment de mutualiser le stockage (jusqu’à 150 tonnes de colza). Cette culture constitue une ressource clé, avec un prix moyen de 1 050 €/tonne.
Vingt vaches pour 80 veaux
L’atelier bovin comprend 20 vaches laitières. Chaque année, environ 80 veaux sont achetés et élevés au lait jusqu’à 4,5 mois. La vente se fait soit en circuit classique, soit via une structure collective en vente directe, permettant une meilleure valorisation (environ 1 200 € par veau). L’élevage respecte un cahier des charges exigeant, notamment une alimentation au pis.
Un pressoir à colza
Enfin, le colza est transformé en huile directement à la ferme, augmentant la valeur ajoutée. Cette production est majoritairement vendue en circuit court auprès de consommateurs et partenaires engagés.
Le GAEC des Gaulois montre ainsi qu’une agriculture biologique, diversifiée et ancrée localement peut être viable sur une petite surface, à condition de combiner production, transformation et dynamiques collectives.
Les exploitations à taille humaine ne représenteraient-elles pas une voie d'avenir pour l'agriculture ?
Guillaume HERVE,
Bastien POLLET,
Maxence Le GOUGAUD
Le marché à la ferme du lycée T. Monod séduit
À la ferme, le lien entre producteurs et consommateurs prend tout son sens. Nicolas Bouvier, chef de l'atelier maraîchage, participe à l'organisation du marché à la ferme qui valoriser ses légumes. L'objectif de Nicolas est de développer davantage la diversité en intégrant des œufs, du lait ou encore du miel. Le marché à la ferme permet de vendre les produits à un meilleur prix, de mieux gérer les quantités et de s'adapter facilement à la demande. Il favorise aussi les échanges entre producteur et consommateur. Cependant, ce système demande de la rigueur puisqu'il faut être présent et régulier, au risque de décevoir les clients.
Églantine BERNIER,
Thaïs BONNIER
Les nouvelles technologies au service des agriculteurs
Aujourd'hui l'agriculture connait une véritable révolution grâce aux nouvelles technologies comme les robots, les drones et les systèmes robotisés.
L’agriculture a toujours évolué avec les progrès techniques. Aujourd’hui, les nouvelles technologies comme la robotisation, les systèmes automatisés d’alimentation ou encore l’agriculture de précision transforment profondément le travail des agriculteurs. Ces innovations permettent non seulement d’améliorer la production, mais aussi de faciliter le quotidien des exploitants et d’améliorer leurs conditions de vie.
L’une des innovations les plus visibles dans les fermes est la robotisation. Par exemple, les robots de traite permettent aux vaches d’être traites automatiquement, sans intervention permanente de l’éleveur. Les animaux se présentent d’eux-mêmes au robot lorsqu’ils en ressentent le besoin.
Ce système présente plusieurs avantages : il réduit la charge de travail de l’agriculteur, améliore le suivi de la santé des animaux grâce aux capteurs intégrés, et permet une meilleure gestion du troupeau. Les données collectées (production de lait, comportement, alimentation) aident l’éleveur à prendre de meilleures décisions pour son exploitation.
Les nouvelles technologies ne se limitent pas aux bâtiments d’élevage. Dans les champs, l’agriculture de précision utilise des drones, des capteurs et des systèmes GPS pour analyser les sols et surveiller les cultures.
Ces outils permettent d’apporter la bonne quantité d’eau, d’engrais ou de produits au bon endroit et au bon moment. Cela permet de réduire les coûts, de limiter l’impact sur l’environnement et d’optimiser les rendements.
Une meilleure qualité de vie pour les agriculteurs
Toutes ces innovations ont un objectif commun : améliorer les conditions de travail des agriculteurs. Les nouvelles technologies permettent de réduire la pénibilité, d’économiser du temps et d’avoir une meilleure organisation du travail.
Par exemple, un éleveur équipé de robots peut être plus flexible dans ses horaires, car certaines tâches sont automatisées. Cela facilite aussi la transmission des exploitations aux nouvelles générations, qui sont souvent attirées par une agriculture plus moderne et technologique.
Un robot de traite peut s’occuper d’environ 50 à 70 vaches.
Le prix d’un robot de traite est généralement entre 120 000 € et 180 000 €, et un projet complet peut dépasser 250 000 € à 300 000 € avec l’installation.
Charlie LAILLÉ, Clovis MORIN
Yann, un français en Islande
Après un parcours atypique, Yann a choisi de partir travailler en Islande après l’obtention de son BTS ACSE en 2025. D’abord engagé dans des études générales puis en licence d’histoire, il s’est finalement réorienté vers l’agriculture avant de ressentir le besoin de vivre une expérience à l’étranger. Un stage réalisé en Finlande pendant son BTS lui donne le déclic : « J’ai découvert que j’aimais les environnements isolés et hors du commun. »
Aujourd’hui salarié agricole dans une ferme islandaise, Yann découvre une agriculture très différente de celle pratiquée en France. « Ici, il n’y a presque que deux saisons : un été très court et un hiver long et rigoureux », explique-t-il. Les exploitations reposent essentiellement sur l’herbe et l’élevage, avec une seule race bovine locale, l’islandaise, connue pour produire un lait plus riche.
Dans son exploitation, une vingtaine de vaches laitières et deux-cents moutons sont élevés dans un système adapté au climat : les animaux restent à l’intérieur une grande partie de l’année. Yann retient surtout l’ouverture culturelle et la capacité d’adaptation qu’apporte cette expérience : « Ça ouvre l’esprit et montre qu’on est capable de s’adapter à des conditions différentes. »
Thomas ROBERT,
Corentin PELTIER
Faut-il limiter l'agrandissement des exploitations agricoles ?
La pression foncière sur les terres agricoles en France ne cesse d'augmenter. Les exploitations françaises sont de plus en plus grandes tandis que l'installation des jeunes se compliquent. Un équilibre entre performance et reprise de ferme à trouver ?
Depuis le remembrement dans les années 1960, les exploitations agricoles françaises n’ont cessé de s’agrandir, tant en surface qu’en nombre d’animaux. Mais aujourd’hui, cet agrandissement progressif nous fait atteindre des surfaces par agriculteur parfois très importantes. Si la taille moyenne des exploitations est passée de 40 ha en 2000 à 63 ha en 2016, puis à 93 ha en 2023, certaines ont augmenté leur SAU (surface agricole utile) dans des proportions bien plus importantes.
Aujourd’hui, une question se pose : faut-il limiter l’agrandissement afin de permettre aux petites exploitations de se développer et de faciliter l’installation des jeunes, qui se retrouvent souvent face à des structures bien trop chères et difficiles à reprendre, surtout pour ceux qui ne sont pas issus du milieu agricole ?Cependant, la France perd chaque année de la SAU, notamment avec le rachat de terres pour y construire différents types de bâtiments. Par ailleurs, le prix des cultures de vente baisse chaque année. L’envie des agriculteurs de s’étendre est donc de plus en plus forte, ce qui entraîne une augmentation de la pression foncière sur l’Hexagone. La loi, grâce à la SAFER, limite l’agrandissement des entreprises agricoles en privilégiant les dossiers des jeunes installés et des plus petites exploitations. Mais cela reste limité, la réalité est bien souvent différente puisque les grandes exploitations réussissent encore à s’étendre.
Brieuc BELBÉOCH
À la découverte du modèle agricole polonais
Dans le cadre d'accueil d'un expert du programme Erasmus+, au lycée agricole de Le Rheu, nous avons eu l’opportunité d’assister à l’intervention de Rodian Pawłowski, spécialiste de la production animale et coordinateur du Réseau rural polonais. Cette rencontre nous a permis de découvrir l’évolution de l’agriculture polonaise depuis 1989 et de mieux comprendre les enjeux agricoles à l’échelle européenne.
Au cours de sa présentation, l’intervenant a expliqué que l’agriculture polonaise a connu deux changements majeurs : la transition vers l’économie de marché après la chute du régime communiste et l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne en 2004.
Avant cette période, l’agriculture était fortement influencée par l’État. La libéralisation de l’économie a entraîné une réorganisation profonde du secteur agricole. Les exploitations familiales ont progressivement pris une place importante dans la production agricole du pays.
L’entrée dans l’Union européenne a constitué une nouvelle étape. Les agriculteurs polonais ont pu bénéficier des aides de la Politique agricole commune (PAC), ce qui leur a permis de moderniser leurs exploitations, d'investir dans du matériel plus performant et d'améliorer leurs pratiques de production.
Aujourd’hui, la Pologne est devenue un acteur majeur de l’agriculture européenne. Le pays est notamment reconnu pour sa production de volailles, de lait, de céréales, de pommes et de betteraves sucrières. Les exportations agricoles ont fortement augmenté au cours des vingt dernières années, faisant de la Pologne l’un des principaux exportateurs agroalimentaires de l’Union européenne.
La présentation a également mis en évidence les défis auxquels l’agriculture polonaise est confrontée. Parmi eux figurent la préservation des terres agricoles, le maintien de l’élevage dans les exploitations familiales et la nécessité de développer des pratiques plus durables. L’agriculture biologique connaît d’ailleurs un développement important dans certaines régions du pays.
Cette intervention nous a permis de constater que les problématiques agricoles rencontrées en Pologne sont souvent proches de celles observées en France : modernisation des exploitations, adaptation aux exigences environnementales, renouvellement des générations et compétitivité des filières.
Cette rencontre a été particulièrement enrichissante car elle nous a offert une ouverture sur les réalités agricoles d’un autre pays européen. Elle montre également l’importance des échanges internationaux dans notre formation et dans la compréhension des enjeux agricoles de demain !
Source : Rodian Pawlowski
Maxime CROYAL
La pression foncière : un « cancer » pour l'agriculture normande
Derrière la hausse des prix et la raréfacation des parcelles et la réduction du bocage se cache un véritable défi pour l'avenir agricole de la région.
La Normandie est une région agricole importante, notamment pour l’élevage laitier et les grandes cultures. Cependant, les exploitations rencontrent des difficultés pour se développer, en grande partie à cause de la pression foncière. Tout d'abord, le prix des terres agricoles est élevé.
En 2024, il atteint environ 9 340 € par hectare, soit davantage que la moyenne nationale.
Dans certaines zones, les prix dépassent même 10 000 €.
Cette hausse rend l’installation des jeunes agriculteurs plus difficile et limite l’agrandissement des exploitations (Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire).
Un marché restreint
Les terres disponibles sont peu nombreuses, ce qui crée une forte concurrence entre agriculteurs lorsqu’une parcelle est mise en vente.
Cette rareté contribue à faire augmenter les prix et complique davantage l'accès au foncier.
Par ailleurs, l’urbanisation et l’évolution de l’occupation des sols réduisent progressivement la surface agricole disponible..
Cependant, des organismes comme la SAFER interviennent pour réguler le marché et faciliter l’accès à la terre. La pression foncière constitue un frein réel au développement des exploitations agricoles en Normandie, malgré l’existence de politiques publiques visant à en limiter les effets.
Baptiste LACOLLEY,
Alexis GUILLEMAIN
À quelles conditions transmettre une exploitation agricole ?
En France, la transmission des exploitations agricoles est devenue un enjeu crucial. Derrière ce mot, il y a une réalité simple : de nombreux agriculteurs approchent de la retraite, mais tous ne trouvent pas de repreneur. Le problème ne concerne pas seulement les agriculteurs : il touche aussi l’alimentation, les paysages, l’emploi rural et l’avenir des territoires.
Des chiffres qui montrent une urgence !
L’âge moyen des chefs d’exploitation est de 51 ans selon l’INSEE, selon le réseau CIVAM 45 % des agriculteurs vont cesser leur activité d'ici 2026. Aujourd'hui l'agriculture française est donc confrontée à un important renouvellement des générations, cela signifie également que des milliers d'exploitations devront être transmises rapidement dans le but de maintenir une agriculture active !
Pour que cela se passe bien ...
Le mot d'ordre pour préparer au mieux une transmission est l'anticipation. C'est ainsi qu', il faut souvent préparer la transmission 5 à 10 ans avant le départ en retraite, cela permet d'éviter des décisions prises dans l'urgence, et facilite une bonne entente entre le repreneur et l'agriculteur. Une exploitation se transmet mieux quand le cédant a anticipé son départ.
Des profils qui évoluent au fil des années
Depuis une dizaine d'années, on observe un regain d'intérêt de profils différents venant de formation variées pour le monde agricole. De plus en plus de femmes, de plus en plus de personnes en reconversion, la recherche d'un cadre de travail dans la nature devient un vrai atout pour attirer des personnes d'horizons très variés.
Coralie BURET, Noa MAUDET
Les produits régionaux définissent-ils le caractère régional des régions ?
Les produits régionaux jouent un rôle essentiel dans la définition du caractère d’une région. Ils ne se contentent pas de nourrir, ils sont aussi le reflet de l’histoire, des traditions et des spécificités géographiques et culturelles de chaque territoire.
Nos produits régionaux sont souvent issus de recettes et de savoir-faire transmis de génération en génération. Par exemple, des spécialités comme le fromage de chèvre du sud de la France, le vin de Bourgogne et le camembert de Normandie ont des racines profondes dans l’histoire locale. Ils sont le fruit d’une longue tradition qui façonne l’identité des habitants et témoigne de leur culture culinaire.
Le savoir-faire local est également un facteur déterminant. Chaque région possède des techniques artisanales uniques qui sont transmises et préservées au fil du temps. Que ce soit pour l’élaboration d’un fromage, la fabrication d’un produit en cuir ou la culture d’une plante, ces méthodes de production font partie intégrante du caractère de la région. Les produits régionaux sont donc le résultat d’un travail minutieux et souvent artisanal, qui renforce leur valeur culturelle.
Ces produits ont souvent une dimension touristique importante. Des événements comme des foires ou des salons consacrés aux produits du terroir (les Tablées du Rheu), ainsi que la possibilité de visiter les sites de production comme les fruitières dans le Jura, permettent aux touristes de découvrir un aspect authentique et unique de chaque région. Ces expériences contribuent à renforcer l’image de la région.
Ainsi, les produits régionaux ne sont pas seulement des denrées alimentaires ou des objets artisanaux. Ils sont le reflet d’une histoire, d’un savoir-faire et d’une identité culturelle qui définissent et enrichissent le caractère de chaque région.
Antonin LEBRANCHU,
Pablo LETABLIER
Le football en milieu rural
Le sport joue un rôle important dans la société, que ce soit pour la santé, l’éducation ou le lien social. Pourtant, en milieu rural, il reste souvent moins développé que dans les grandes villes. À travers l’exemple du FCVB, un club rural comptant environ 150 licenciés, on peut mieux comprendre les enjeux et les difficultés liés au sport dans ces territoires.
Développer le sport en zone rurale est essentiel pour réduire les inégalités entre les territoires. Dans les campagnes, les infrastructures sportives sont souvent moins nombreuses. Des clubs comme le FCVB permettent donc aux habitants, notamment aux jeunes, d’avoir accès à une activité sportive régulière sans devoir se déplacer loin.
Le sport contribue aussi à améliorer la santé. En proposant des entraînements et des matchs, le FCVB encourage ses licenciés à rester actifs et à lutter contre la sédentarité et l’obésité.
Mais au-delà de la santé, le sport est un facteur de cohésion sociale. Dans un village, un club comme le FCVB est un véritable lieu de vie. Il rassemble des personnes de tous âges, crée du lien entre les habitants et renforce l’esprit de communauté.
Rencontre avec
le président du FCVB
Afin de mieux comprendre les réalités du sport en milieu rural, j'ai interrogé le président du FCVB, un club comptant environ 150 licenciés.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par votre club ?
L’une des principales difficultés, c’est l’état des terrains. En milieu rural, on n’a pas toujours des infrastructures de qualité, et cela peut compliquer les entraînements comme les matchs. Il y a aussi la gestion du club, qui devient complexe, car nous avons beaucoup de catégories de jeunes ainsi que quatre équipes seniors. Cela demande une organisation importante.
Comment gérez-vous l’arbitrage des équipes ?
C’est un vrai problème. Nous avons du mal à trouver des arbitres le week-end. Sans arbitres, les matchs sont plus compliqués à organiser, et la progression sportive du club plus difficile.
Malgré ces difficultés, le club reste-t-il important pour la commune ?
Bien sûr. Le FCVB est un élément central de la vie locale. Il permet aux jeunes de pratiquer un sport, de se retrouver et d’apprendre des valeurs importantes. C’est aussi un lieu de convivialité pour les habitants.
Quels sont les intérêts de la pratique sportive ?
La pratique sportive est très importante, surtout pour les jeunes. Elle permet d’abord de rester en bonne santé et de se dépenser.
Dans un club comme le FCVB, ça permet aussi de créer du lien social. Les jeunes se font des amis, les parents se rencontrent, et cela fait vivre la commune. Le club devient un véritable lieu de partage et de convivialité.
Antonin LE COQ
L’élevage intensif est-il compatible avec le bien être animal ?
Aujourd’hui, l’élevage intensif est un sujet très controversé et pris à coeur en France. Le bien-être animal est de plus en plus important dans l’opinion publique et les Français deviennent exigeants sur le mode d’élevage des produits qu’ils consomment.
Pour beaucoup, l’élevage intensif signifie un non respect du bien être animal. Mais, objectivement, l’élevage intensif ne permet-il pas également aux animaux d’être heureux ?
Vous avez dit "Bien-être" !
Mais, à propos, qu’est-ce que vraiment le bien être animal ? Et qu’est ce qu’est ce que vraiment l’élevage intensif ?
Selon agriculture.gouv.fr, le bien être animal c’est : « l'état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l'animal. »
Selon wikipédia, l’élevage intensif c’est : « Une forme d'élevage qui vise à maximiser le rendement tout en minimisant les coûts. Il est souvent associé à une forte densité et un confinement des animaux en intérieur. »
Vivre heureux
L’élevage intensif et donc une forme d’élevage où la production animale est optimisée au maximum, afin de dégager une marge la plus importante possible. Mais ces pratiques d’élevage sont-elles systématiquement à associer au non-respect du bien-être animal ?
On peut penser que si les animaux sont dans un élevage intensif, mais hébergés dans de bonnes conditions (avec nourriture, eau, zone de couchage propre) cela peut leur suffire pour vivre heureux.
Bien qu’il y ait des inconvénients pour les animaux dans les élevages intensifs (densité d’animaux importante, peu de liberté…), il y a aussi des problèmes pour les animaux dans les élevages extensifs, comme les risques de transmission de maladie ou de présence de prédateurs dans les parcs.
Donc, au sein d’un élevage dit intensif, si les besoins physiologiques et psychologiques des animaux sont respectés, ils peuvent vivre heureux.
Hugo CANTENEUR