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Les municipales : des élections cruciales ?
Et nous dans tout ça ?
Les élections municipales ont eu lieu. Pour beaucoup d’entre nous, elles semblent lointaines, techniques, réservées aux adultes qui suivent déjà la politique. Pourtant, ce sont probablement les élections qui touchent le plus directement notre quotidien : transports, équipements sportifs, culture, environnement, vie associative, espaces publics… autant de décisions prises à l’échelle de la ville et qui façonnent concrètement notre quotidien.
Alors, quel est le lien entre les jeunes et la démocratie locale ? Se sentent-ils vraiment concernés ? écoutés ? Ont-ils envie de s’impliquer dans les décisions locales ? Et surtout, comment fonctionne réellement la démocratie au niveau de notre commune ?
Dans ce numéro, nous avons choisi d’explorer ces questions à travers différentes approches et différents regards. Nous nous intéressons également aux nouvelles formes de participation citoyenne qui se développent dans certaines communes : conseils municipaux des jeunes, budgets participatifs, consultations publiques…
Notre objectif est, avant tout, de mieux comprendre les enjeux de la démocratie locale et d’ouvrir la réflexion chez tout un chacun. Pas pour donner des leçons ou orienter des choix, mais simplement pour encourager à la curiosité, l’esprit critique et l’envie de s’intéresser à ce qui se passe autour de chez nous.
Car, même si nous ne votons pas tous encore, la vie de la cité nous concerne déjà.
Maya Gelpi
| N° 14 - Avril 2026 - 1€ | www.lycee-simone-veil-liffre.ac-rennes.fr |
Le conseil municipal : un rouage essentiel au bon fonctionnement de la commune
Le conseil municipal, souvent relégué au second plan par la figure du maire, est, en réalité, fondamental pour le fonctionnement des communes.
Le conseil municipal : concrètement à quoi sert-il ? Il joue un rôle très important dans la vie quotidienne des habitants et est essentiel au bon fonctionnement de la vie locale. Laurent Bourdin, maire de Saint-Hilaire-des-Landes depuis un mois nous explique tout.
Décider en commissions et gérer le budget de fonctionnement
"Elus en fonction des résultats obtenus par leurs listes", les conseillers réfléchissent collectivement aux projets, qui sont ensuite étudiés en commissions avant d'être votés. L'aspect le plus technique pour le conseil municipal, c'est le budget. Proposé par le maire, il est voté par les conseillers municipaux. Essentiel pour faire fonctionner la commune, il est constitué principalement des impôts locaux et des subventions de l’État, ce qui induit des contraintes. Ces ressources permettent de financer les dépenses de fonctionnement (salaires des employés municipaux, entretien des infrastructures), et aussi des projets. A Saint-Hilaire-des-Landes, ce sont des investissements pour les écoles ou les commerces, vitaux pour l’attractivité de la commune. Tous ces choix sont discutés et décidés collectivement par les élus.
Gérer le quotidien des habitants
Il gère des services essentiels : écoles, garderie, cantine ou encore entretien des espaces verts. Organiser des événements et aménager l’espace public est aussi de son ressort. Par exemple, le maire a proposé d’installer des abris de bus. Il est essentiel de prendre en compte les attentes des habitants : elles guident une partie des décisions. La mairie doit également repérer des personnes ou familles en situation de précarité et les orienter vers les services compétents. Elle met également en place des actions pour créer du lien social : un repas à destination des plus de 70 ans favorise ainsi les échanges. Le maire est assisté dans ses fonctions par ses conseillers, qui peuvent parfois le remplacer. Chacun a des responsabilités dans un domaine et l’ensemble des élus participe ainsi au fonctionnement de la commune. Des élus siègent aussi à la communauté de communes, qui permet la co-gestion de services, le partage de moyens, mais aussi des outils nécessaires pour le patrimoine. Quelle que soit l'échelle, il s’agit surtout de « décider de ce qu’il faut faire pour la commune », de ce qui a un impact direct sur la vie des habitants, et de préparer l’avenir.
Louise Texier
Aux urnes, citoyens !
Calendrier, listes et nouvelles lois : décryptage des élections municipales en France.
Composition d'une liste électorale : des règles strictes
Les municipales sont des élections spéciales car l'électeur n'élit pas un maire directement mais une liste dont les membres formeront le futur conseil municipal. M. Sébastien Simonot, professeur d'Histoire-Géographie au lycée Simone Veil et nouvel élu au conseil municipal de Liffré nous éclaire sur la composition de ces listes.
Un cadre clair
"Le nombre de personnes sur une liste varie en fonction du nombre d'habitants : à chaque "palier de population", ce nombre augmente de 4" indique-t-il. Dans les faits, les conseils municipaux sont composés de 7 élus pour les communes de moins de 100 habitants, 11 pour celles de moins de 500, 15 pour moins de 1500 pour aller jusquà 61 élus à Rennes par exemple. Dans les cas particulier où le "palier de population" est franchi en cours de mandat, la loi autorise à recruter 2 conseillers municipaux de plus. "Une liste doit être composée d'une tête de liste (le futur maire en cas d'élection), d'au moins un ou une adjoint au maire et de plus ou moins de conseillers municipaux, en fonction du nombre d'habitants" précise M. Simonot.
Mais une loi évolutive
Une autre condition : la parité oblige à présenter un nombre égal d'hommes et de femmes en alternance sur la liste. Cette obligation est étendue depuis 2025 aux communes de moins de 1000 habitants où le panachage (pratique qui consistait à rayer ou rajouter des noms sur une liste) est maintenant interdit. Enfin, et cela n'est pas dans la loi, les listes sont consituées de façon à représenter au mieux les différents quartiers, hameaux des communes et des populations qui y vivent.
Marceau Lemaistre
Ados et municipales : que connaissent-ils vraiment ?
Les adolescents s'intéressent plus aux élections présidentielles qu'aux municipales. Mais que savent-ils sur le rôle du maire ?
Les élections peuvent sembler lointaines pour les lycéens puisque la majorité d’entre eux n’a pas encore l’âge requis pour voter. Pourtant, elles ont un impact direct sur la vie des citoyens. Nous avons demandé à quelques élèves ce qu’ils savaient du rôle du maire. Certes, il est le représentant de la commune, mais il a également d’autres fonctions méconnues des adolescents.
Une figure d'autorité
Selon Katia, Mathys et Emmanuel, élèves de première, le maire est le « chef de la ville » et « il favorise la cohésion entre les habitants ».
En effet, le maire est, pendant les 6 années de son mandat, le représentant de l’État au sein de la commune. Il représente une figure d’autorité en charge de maintenir l’ordre public ainsi que de veiller à la sécurité et à la tranquillité des habitants. C’est pour cela qu’il dirige la police municipale. De par son titre d'officier d'état civil, Il célèbre également les mariages et signe les actes de naissances et de décès. Il est le représentant direct du procureur de la République sur le territoire.
Et des missions nombreuses
Selon Mathys, il planifie également "de nouveaux aménagements" et veille à "améliorer les conditions de vie". Cependant, le maire n’agit pas seul : il est accompagné de ses adjoints et d’un conseil municipal, qui établit et vote les budgets, et qui propose des projets. Ceux-ci peuvent concerner les transports (routes, pistes cyclables…), l’urbanisme (autorisation ou refus de construction), les écoles (cantine, végétation dans les cours,…) ou encore la culture (bibliothèques, salles de sport,…). Les témoignages montrent que tous les lycéens n’ont pas les mêmes connaissances sur leur rôle de citoyen. Certains paraissent déjà s’y intéresser alors que le sujet est plus abstrait pour d’autres. Ces élections pourraient être l’occasion pour les futurs électeurs de s’informer sur leur prochains devoirs en tant que citoyens car, dans quelques années, ce sera leur tour de se rendre dans un isoloir et de déposer leur bulletin dans les urnes !
Cléa Noblet
Pas investie la jeunesse ?
Les jeunes se désinvestissent de la vie politique locale. Pourtant, ils s'engagent dans leur commune... Enquête au lycée sur ce paradoxe.
Les lycéens qui ont fêté leur 18ème anniversaire avant le 15 mars, soit la veille du scrutin, et qui sont de nationalité française ou citoyens d'un pays membre de l'Union européenne résidant en France, ont pu voter aux élections municipales de cette année.
En glissant leur bulletin dans l'urne, ils ont contribué à élire le maire de leur commune. Mais se sentent-ils réellement concernés par la vie locale ?
Investis dans leurs communes
La plupart des jeunes ne sont pas investis dans la vie politique de leur commune, ce qui contribue à diffuser l'image d'une jeunesse qui se désengage. Néanmoins, certains jeunes du lycée ont participé, par exemple, au conseil municipal des jeunes (cf article en page suivante). Cette expérience leur a apporté, notamment, de la maturité. En ayant des projets à réaliser, ils apprennent à gérer un budget et expérimentent le sens de l'engagement pour mener à terme des projets. Il apprennent aussi à rester sérieux et attentifs tout au long d'une réunion.
D’autres encore font partie de diverses associations sportives, créatives ou encore humanitaires dans lesquelles ils aident les personnes de leur commune qui en ont besoin. Ils donnent du temps à l'épicerie solidaire de Liffré, aident dans des projets pour le lien social en accompagnant le personnel de l’Ehpad ou soutiennent les Restos du Coeur par exemple, en participant à la collecte nationale (une trentaine d'élèves du lycée cette année).
Autant d'engagements qui participent à la vie de la commune finalement.
Quel regard portent-ils réellement sur la vie politique locale ?
La majorité des élèves ne connait ni les différentes listes proposées lors de ces élections municipales, ni les citoyens inscrits sur ces listes. Par ailleurs, ils n'envisagent pas de s'engager pour les prochaines municipales. Certains jeunes déclarent ne pas avoir le temps de se consacrer à leur commune, pour devenir maire ou conseillers municipaux, ou pensent ne pas avoir les compétences requises pour assurer pleinement leur rôle s'ils venaient à être élus.
D’autres connaissent mal la fonction de conseiller municipal et ne souhaitent pas, pour le moment, prendre part à la politique, surtout dans le contexte mondial actuel. Certains soulignent leur éloignement de la vie politique locale. D'ailleurs, presque aucun lycéen n’a assisté aux vœux du maire de sa commune. Un grand nombre d'entre eux, qu'ils soient majeurs ou non, ne s'intéresse pas aux projets menés par leur mairie.
Et pourtant, la plupart des décisions les concerne !
Une intention de vote
Presque tous les lycéens interrogés et en âge de voter se sont inscrits sur les listes électorales. Ils avaient jusqu'au 6 février pour le faire et se sont rendus aux urnes pour voter dans leur commune pour une liste les 15 et 22 mars 2026. Les raisons énoncées pour accomplir ce geste sont multiples. "Je veux que ma voix compte" déclare une élève. "Il s’agit aussi d’un devoir civique autant qu'un droit ", rappelle une autre. Cependant, il existe un fort taux d'absention chez les jeunes électeurs.
Léa Chevalier
Le conseil municipal des jeunes, illusion démocratique ?
Cléa Noblet, ancienne membre du CME de La Bouexière, témoigne de son expérience.
Le conseil municipal des enfants (CME) est une assemblée d'élèves de CM1 et CM2, issus de toutes les écoles de la ville, et élus par leur camarades. Avec le CME, la Ville implique ses jeunes habitants dans leur future vie de citoyens. Comme beaucoup d'autres, la commune de La Bouexière a tenté l'expérience.
Des espoirs déçus ...
« Nous avions des réunions entre élèves participant au CME une fois par mois. Mais ça a été un peu compliqué de continuer à se réunir avec l’arrivée du COVID-19. De plus, sur le moment, on avait l’impression de faire des choses importantes, un peu comme des grands, mais, avec le recul, je me rends compte qu’on ne servait pas à grand-chose.
Nous étions présents aux évènements importants comme pour le 11 novembre, mais nous n’avons pas vraiment créé ou mené de vrais projets pour la commune. Je pense que j’étais motivée parce qu'on nous avait présenté l'expérience comme grandiose…
Je pensais que ça allait être comme les conseils des adultes et qu’on allait mener des véritables projets concrets."
... et une expérience mitigée
"Et puis ma participation à cette organisation ne m’a pas vraiment éclairée sur le choix d’un parcours professionnel. Je garde néanmoins de bons souvenirs de cette expérience, j’ai passé des bons moments lors des quelques réunions mensuelles auxquelles j’ai participé.
Cependant, avec le recul, je pense que si je le refaisais aujourd’hui, je serais à nouveau déçue puisque nous voulions participer activement à la vie de la commune, être utiles, mais ce n’est pas le souvenir qui m'en reste.
Je suis à la fois contente d’avoir tenté cette expérience mais mes attentes étaient trop élevées. Pour terminer, je ne sais pas si je conseillerais aux autres enfants ou adolescents de le faire.
Je m'attendais à être force de proposition, à mieux cerner les rouages administratifs et je n’ai pas vraiment compris comment fonctionnait une commune. Si d'autres jeunes sont intéressés, je leur dirais plutôt de ne pas avoir d'attentes trop grandes afin d'éviter les déconvenues, ce qui fut mon cas car j’ai surestimé le rôle que nous avions au sein de la CME ».
Emmanuel Blume (104)
et Mathys Boucqueau (104)
Les élections municipales vues par le prisme des médias
Tous les six ans, les élections municipales monopolisent les colonnes des journaux. Le rôle des médias est alors de relayer les visions et projets de chaque candidat. Rencontre avec Sébastien Grosmaître, rédacteur en chef chez Ouest-France.
Pourquoi cette élection est-elle la préférée des français ? L'est-elle toujours ?
C'est l'élection la plus populaire, avec les présidentielles. Elle est celle qui permet d'élire les maires, qui sont des élus de proximité, en qui les habitants ont confiance. Depuis la période du COVID, il y a tout de même une érosion de cette confiance, ce qui a conduit à une société moins apaisée ces dernières années : des maires ont pu être pris à parti et parfois agressés.
En raison des diverses actualités politiques et géopolitiques, quels ont été les enjeux du scrutin cette année ?
Le premier enjeu a été la capacité à mobiliser des habitants pour qu'ils soient candidats sur des listes. On pouvait s'inquiéter quant au nombre de volontaires, mais, finalement, il y en a eu plus ou moins autant cette année qu'en 2020 et en 2014. En revanche, plus de 90 % des communes de France n'ont disposé que d'une seule liste électorale. Le deuxième enjeu a été la mobilisation des électeurs, et l'on constate qu'il y a eu, malheureusement, beaucoup d'abstention en 2026. C'est en grande partie dû au problème des listes uniques dans les communes. Enfin, parmi les thématiques majeures de ces élections, on peut retrouver, dans les grandes villes, l'insécurité, l'accès à la santé, le coût de la vie et du logement quand, dans les communes moins peuplées, les problématiques centrales ont été les services de proximité, la mobilité, et à nouveau l'accès au soin.
Quels dispositifs ont été mis en place par Ouest-France à l'occasion des élections, et comment s'organiser, en temps que média, pour couvrir un tel évènement ?
Nous nous sommes d'abord organisés pour pouvoir collecter l'information. Il y a eu 900 000 candidats, et nous avons essayé de les annoncer en temps réel par dizaines de milliers sur notre plateforme. Il fallait relayer, à la fois, les annonces de candidatures, les programmes, et les débats, ce qui a été la priorité de notre couverture depuis 1 an. Nous avons donc enquêté sur tous les sujets importants de la vie de proximité (par exemple, qu'est-ce que subir l'insécurité en zone urbaine ? comment se loger en périphérie des grandes villes et ce que cela suppose ? et plus encore), pour faire émerger la vraie vie des habitants, dans tous types de milieux. Nous avons comme principe de relayer une information vérifiée, et d'agir en tant que média d'explication, et non d'opinion, le tout en essayant de toucher chaque génération via nos différents types de médias.
Ces derniers mois, certains candidats se sont démarqués via leur usage des réseaux sociaux afin de promouvoir leur programme. Les journaux et autres médias traditionnels ont-ils toujours un impact significatif sur les élections ?
Notre approche est de relayer les élections municipales, dans le pluralisme des candidatures et des débats, nous cherchons donc à faire vivre la contradiction et à refléter la réalité d'une campagne électorale. Nous restons donc observateurs de la façon dont peut se dérouler une campagne. Cependant, on sait que les réseaux sociaux ont une importance croissante, notamment pour les candidats, dans la capacité à faire percevoir les atouts de leur candidature, en particulier chez les citoyens qui ne s'informent pas via les médias traditionnels, ce qui représente une part notable de la population. Les réseaux ont alors permis à des candidats de faire augmenter leur influence au sein de leur ville. Cela dit, cela ne suffit pas : un candidat doit tout de même être sur le terrain, et son programme être partagé par les voies classiques.
Comment évolue le rapport des jeunes à la politique ?
La jeune génération a un engagement fort au sein d'actions militantes, reliées à des causes qu'ils prennent à cœur. On les voit surtout émerger dans des partis plus à l'extrême de l'échiquier politique, dans des bulles d'opinion correspondant à une polarisation de la société.
Quelles conclusions peut-on tirer du taux d’abstention sur le rapport des citoyens à la démocratie ?
Il y a une défiance envers la démocratie qui a progressé ces dernières années, et elle est multifactorielle. Elle peut venir de la perception que la politique n'a pas toujours une capacité d'agir sur le réel, nous faisant alors nous demander si voter sert vraiment. Elle peut aussi puiser ses racines dans le sentiment que la démocratie est perfectible, car certains peuvent avoir l'impression que leur vote et leurs idées ne sont pas vraiment prises en compte. Il peut également y avoir une défiance par rapport à une certaine classe politique, qui peut être perçue comme privilégiée ou profitant du système, quand le système représentatif n'a pas la capacité de pouvoir changer le quotidien des citoyens.Ces raisons peuvent expliquer pourquoi certains se sont éloignés de la vie citoyenne, d'autant plus que les réseaux sociaux alimentent souvent leurs usagers en fausses informations et échanges défiants à l'égard de la politique.
Etan Bouvet
Avons-nous confiance en nos politiques ?
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Les jeunes boudent les urnes : mythe ou réalité ?
Chute de la participation aux municipales depuis le Covid 19, notamment chez les jeunes. Désintérêt, manque d’informations, distance ? Mme Claudine David, ancienne élue municipale de Cesson‑Sévigné, nous partage son point de vue.
Les jeunes de moins en moins engagés...
Pointés du doigt, les jeunes seraient moins engagés que leurs aînés ? une conclusion « un peu facile ». Pour Mme David, ce recul se retrouve aussi chez les plus âgés et s’explique par le contexte : « Des préoccupations personnelles comme le pouvoir d’achat font que les gens se désintéressent de la chose publique ». Le vote devient une question de motivation et de confiance, dans un climat politique brouillé par des « polémiques, scandales et débats agressifs ». Elle ajoute : « Que certains élus nationaux soient impliqués dans des “affaires” génère chez les citoyens un sentiment de “tous pourris” qui n’incite pas à aller voter. » La médiatisation renforce ce malaise : « les chaines de TV trop souvent ne parlent que des partis extrêmes. » D’où une lassitude et l’impression que « de toute façon, rien ne change ».
Des espaces d’engagement insuffisants
Pourtant, les jeunes ne sont pas indifférents à la politique. Dès qu’on leur offre des espaces d’expression - conseils municipaux de jeunes, budgets participatifs, ateliers citoyens - ils s’engagent. Le problème n’est pas l’intérêt, mais le manque d’occasions où leur parole compte réellement. Beaucoup s’investissent déjà dans l’écologie, la solidarité ou les associations...au sein même de leur commune.
Le rôle de l’école dans la participation citoyenne
L’EMC vise à renforcer la culture démocratique, mais son efficacité interroge. Mme David se demande : « si c’est vraiment efficace, et si cet enseignement est régulièrement évalué. » Les lycéens connaissent les institutions sans toujours comprendre leur impact concret. L’enjeu serait alors de rendre la citoyenneté plus vivante et tangible.
Des pistes pour redonner envie aux jeunes de voter
Plusieurs pistes émergent : associer davantage les jeunes aux décisions locales, rendre les projets plus concrets, multiplier les espaces où leur voix compte, valoriser leurs initiatives. Comme le résume Mme David : « Les impliquer plus dans les décisions qui les concernent directement : cela se fait souvent au niveau local, mais c’est beaucoup moins concret au niveau national. » Le désintérêt n’est pas une fatalité : si on leur donne une vraie place, ils pourraient retrouver le chemin des urnes… ou inventer d’autres façons de faire vivre la politique.
Maya Gelpi
Rôle du maire, abstention... à quoi s'attendre pour ces municipales 2026 ?
Expert en gouvernance locale, M. Le Bart nous éclaire sur ces élections municipales.
Les 15 et 22 Mars dernier, les français sont allés élire leur maire, leur représentant à l'échelle de la commune. Décryptage de ce scutin.
Le maire, la personnalité politique préférée des français ...
"Sa proximité avec ses concitoyens et son autorité bienveillante expliquent cette relation privilégiée" indique C. Le Bart. Ce dernier nous explique que, depuis 1980 et la "décentralisation", l'État a délégué une bonne partie de ses pouvoirs aux maires, que ce soit en urbanisme ou en aménagements publics. Il rappelle également qu'ils peuvent "développer des politiques culturelles et sportives, de démocratie participative, de logement". Enfin, les mairies commencent aussi à investir le terrain de la lutte contre l'insécurité, avec la police municipale. Les élus locaux tendent donc à investir des terrains auparavant réservés à l'État.
... mais une participation en berne
Pourtant, même aux élections municipales, on constate une baisse de la participation, autour des 60 %."Cela représente un danger pour la démocratie" selon C. Le Bart, qui reprend l'exemple des scrutins de 2020, où la participation était tombée au plus bas à cause du COVID. "Durant cette élection, des maires ont pu être élus par un dixième des habitants de la commune". C'est donc une tendance qu'il faudrait essayer d'inverser. De plus, "les 18-25 ans ont tendance à moins voter, y compris ceux qui sont très politisés". C. Le Bart explique cet éloignement des urnes par le fait que les jeunes générations seraient "plus préoccupées par les grandes questions nationales". Elles ont un avis sur Mélenchon et Bardella mais pas forcément sur les problèmes communaux. Enfin, la mobilité des jeunes est aussi un facteur de cette baisse de participation : "les étudiants qui vivent chez leurs parents mais font leurs études dans une autre ville se fichent un peu des municipales".
Milan Elleouet
Une loi pour revaloriser le statut de l'élu
Eclairage sur les nouveautés qui favorisent l'engagement en politique.
Améliorer, sécuriser, et faciliter le rôle des élus
En 2023, + de 3 % des maires élus en 2020 avaient déjà démissionné. Cette statistique illustre la dégradation des conditions d'exercice des élus : horaires tardifs, réunions fréquentes qui peuvent empiéter sur la vie personnelle, coût financier, mais aussi nombreuses agressions physiques et en ligne (de 30 à 40 faits par semaine d'après le ministère de l'Intérieur).
Toutes ces raisons poussent les élus en poste à démissionner et décourage les nouveaux candidats. S'engager n'est plus une sinécure et met les nerfs des élus à rude épreuve ! Cette situation a poussé Mme.Gatel et MM. Darnaud, Buffet, et Marseille à proposer en 2023 un texte de loi, créant un "statut de l'élu local".
Des mesures concrètes ...
Ce texte propose un allongement du congé électif (20 jours, contre 10 actuellement) pour les salariés candidats aux élections, ainsi que du congé de formation (porté lui de 18 à 24 jours maximum par mandat), mais aussi une revalorisation du montant maximal des indemnités de fonction des maires et des adjoints aux maires des communes de moins de 20 000 habitants. Il permet également l'extension de la dotation particulière "élu local" aux communes de moins de 3500 habitants (contre moins de 1000 avant) pour redynamiser l'engagement dans les petites communes. De plus, le texte prévoit que les indemnités de fonction des chefs d'exécutifs locaux (par exemple un président de conseil départemental ou régional) soient, par principe, fixées au maximum légal (principe qui valait précédemment pour les seuls maires), ainsi que la facilitation de la prise en charge de certains frais de transport.
... pour concilier vie personnelle et mandat d'élu
La loi restaure l'équilibre vie personnelle/mandat. En effet, elle permet aux maires de recourir à la visioconférence pour les réunions des commissions du conseil municipal, elle améliore la prise en charge des frais de garde d’enfant et d’assistance aux personnes âgées ou handicapées engagés par les élus communaux. Elle permet aussi une meilleure conciliation entre congés maternité et paternité ou d'adoption, et exercice d'un mandat. Des mesures ont également été prises afin de permettre aux élus de concilier activité professionnelle et mandat : recours aux autorisations d'absence facilitées, hausse du plafond de remboursement des pertes de revenus subies pour absences légales par les conseillers municipaux ne bénéficiant pas d’indemnités de fonction... Pour les entreprises employant des élus, un label "Employeur partenaire de la démocratie locale" est institué. En outre, les travailleurs indépendants et les professions libérales pourront conclure une convention avec la collectivité au sein de laquelle ils exercent leur mandat local. Les employeurs devront prendre en compte la qualité d'élu local et l'expérience acquise durant le mandat lors d'un entretien annuel. Pour leur demande de mutation, les fonctionnaires de l’État exerçant un mandat exécutif local bénéficieront d'une priorité. Enfin, un statut de l’élu étudiant est instauré (aménagements de la scolarité...) et les conditions d'exercice des élus locaux handicapés sont facilitées. La loi, promulguée le 22/12/2025, devrait encourager de nouvelles candidatures.
Juliette Klegou
Les municipales 2026 survivront-elles aux fake news ?
La désinformation et les fake news inondent le territoire français, pris pour cible par les réseaux russes et chinois. Comment affecteront-elles les prochaines élections ?
Depuis l’omniprésence du numérique, fake news et désinformation n’ont cessé de nous induire en erreur. Rappelons-nous : l'image marquante du panneau “Hollywood” en flammes à Los Angeles durant les incendies de la métropole, en janvier 2025 ? Fake ! La destitution du président Macron par un coup d’Etat des Français, en décembre 2025 ? Fake ! Ces exemples nous rappellent la nécessité de vérifier et de comparer les informations.
Qui se cache derrière ces pages web frauduleuses ?
Après avoir (re)tracé leurs programmes informatiques, on a découvert que ces sites étaient créés par une IA ou par des réseaux d'influence russes et chinois. Aucun journaliste ne rédige ces contenus aux allures de médias locaux : ce sont des réseaux prorusses qui génèrent des articles entiers par IA. A l'heure actuelle, près de 140 nouvelles pages Internet frauduleuses apparaissent chaque jour sur la toile numérique, ressemblant trait pour trait aux médias français ! Le réseau russe "CopyCop", dirigé par l'ancien shérif américain John Mark Dougan depuis Moscou, tire son épingle du jeu. Ce pirate informatique prorusse cible divers pays européens par la désinformation massive et la diffusion de fake news. L’IRSEM identifie également des entreprises privées asiatiques liées au parti communiste chinois.
Une menace directe pour le scrutin
L’objectif de ces sites est de fracturer l'opinion publique, de la plonger dans une incertitude constante. Ce faisant, les auteurs des fake news sèment le doute quant aux fondements même des institutions françaises : justice défaillante, corruption, détournement de fonds publics, vaccins aux effets secondaires cachés par le gouvernement... De l'exagération de faits divers à la pure imagination, chaque faux site y va de son complot et déstabilise le gouvernement et le peuple français. Alimenter ce climat d'insécurité vise à punir le positionnement français jugé "trop favorable à l'Ukraine" par les russes et chinois. Dans le contexte de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine, depuis février 2022, l'Europe qui soutient financièrement et militairement l'Ukraine, est critiquée par la Russie de V. Poutine et ses alliés. Ils profitent du profond attachement des français à leurs médias, locaux notamment, pour créer un sentiment de doute et d'incertitude nationale.
En saturant le web de faux scandales locaux, ces réseaux risquent d'émietter la confiance des citoyens envers les candidats aux municipales et d'inciter à l'abstention. La bataille électorale se jouera alors moins sur les programmes que sur la légitimité face au bruit numérique, menaçant le vote local lui-même.
Erin Devalquenaire
Coopérer pour mieux décider
Alors que la démocratie vacille dans le monde, la démarche participative locale apparaît comme un signe d'espoir.
Le concept de démocratie participative a le vent en poupe et séduit autant les petites communes que les grandes. Saint-Hilaire-des-Landes, près de Fougères, fait partie de ces villes qui encouragent les citoyens à s’engager et à exposer leurs idées. Cette commune de 1037 habitants a ainsi organisé, en septembre dernier, une rencontre entre la population, les membres du bureau d’étude et les élus pour dévoiler le projet d'urbanisme du Conseil municipal. Au cours d’une balade contée passant par chaque point où des travaux étaient envisagés, les 70 volontaires présents ont rempli un questionnaire pour exprimer leurs besoins et leurs idées d’évolution pour la commune. Laurent Bourdin, membre du précédent Conseil municipal et de la commission d’urbanisme, est, en partie, porteur du projet d’aménagement de la ville, en collaboration avec les citoyens. Pour lui, faire appel aux habitants est le meilleur moyen de prendre de bonnes décisions : “Les travaux réalisés deviennent plus légitimes, puisqu’ils sont à l’origine des citoyens.” L’élu, devenu maire, rajoute : “Parfois, ce sont des travaux anodins, qui facilitent le quotidien, auxquels nous n’avions pas pensé, comme rajouter un passage piéton.”
Une vision à long terme
Après cette rencontre, trois réunions ont eu lieu pour exposer un plan clair et réalisable des aménagements envisagés. L’intérêt est de concevoir un cahier des charges qui puisse durer sur 20, voire 30 ans, avec de la continuité. Alphonse, retraité et habitant de la commune depuis 45 ans, explique que s’impliquer localement est le meilleur moyen de faire vivre la démocratie.Il voit la participation citoyenne d’un bon œil car elle permet de répondre aux exigences de tous. A l’échelle locale, cette forme de démocratie est très appréciée, de par sa simplicité, mais aussi son efficacité. A l’échelle nationale, la mise en place d’actions comme celles-ci est plus complexe, et n’obtient pas de résultats aussi concrets.
Justine Lesage et Solenn Anger