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Édito
Faut-il y discerner un signe des temps ? Une lecture inquiète du monde à venir ? Ce nouveau numéro des Douaniers de l'Info décrit l'idéal démocratique aux prises avec ses détracteurs.
Depuis l'injonction au profit qui relègue toujours davantage l'humain, jusqu'à la prise de contrôle de nos existences par les machines algorithmiques, en passant par les coups de boutoir assénés aux droits des femmes et des migrants, nos élèves ont retenu des sujets graves.
Parmi eux, l'intelligence artificielle occupe de nombreuses pages car elle n'est pas la moindre des ombres qui pèsent sur notre devenir. N'y voyez aucune angoisse désespérée ni facilité critique. La connaissance lucide et éclairée du présent est indispensable à la construction d'un futur alternatif qui nous garde libres et souverains.
Nos jeunes journalistes ont sans doute pressenti que nos sociétés sont, plus que jamais, confrontées à la question du rôle de l'homme et la place de la machine. Nos jeunes journalistes décrivent et interrogent un monde qu'ils ne veulent pas abandonner aux "ingénieurs du chaos" que décrypte Giuliano da Empoli, écrivain italo-suisse connu pour son roman à succès Le Mage du Kremlin.
Giuliano da Empoli est également un brillant essayiste qui n'a de cesse d'alerter ses lecteurs sur les dangers d'un projet "techno-césariste" pensé dans les laboratoires de la Silicon Valley, devenu la doctrine des idéologues du trumpisme et brandi par ses tenants comme la promesse du bonheur humain.
Décrire, expliquer, analyser pour dénoncer, c'est déjà le refus de la résignation. Puisse l'alerte formulée en ces lignes, aussi modeste soit-elle, semer les graines du refus de la soumission.
Line JUILLET,
Marie-Claude TOURTELIER,
Loïc CARDINAL
| N° 3 - Février 2026 | douanier-rousseau.paysdelaloire.e-lyco.fr |
Rythmes scolaires : trouver l’équilibre pour mieux apprendre
En France, les rythmes scolaires font souvent débat. La France a un rythme quotidien dense, entrecoupé de nombreuses périodes de vacances, alors que les autres pays européens privilégient souvent des journées plus courtes, et des vacances moins nombreuses mais plus longues.
Un modèle français qui a ses avantages
En France, l'organisation de la journée de cours pour un collégien ou un lycéen présente des avantages. Les matières sont variées : sciences, maths, langues, et aussi des spécialités selon la filière. La pause déjeuner d’environ 1h30 permet de bien manger et de discuter avec les copains. Après plusieurs heures de cours théoriques (maths, français, sciences), les cours d'arts plastiques ou de musique nécessitent moins de concentration, stimulent la créativité et l’imagination, tandis que l’EPS mobilise le corps et aide à dépenser de l’énergie. Cela peut améliorer la concentration pour les matières suivantes.
Des lycéens en burn out ?
Mais tout n’est pas parfait. Certains élèves font des journées de 8h à 17h et ont du mal à rester concentrés. Il faut encore fournir du travail après les cours. Et les devoirs à rendre très vite stressent aussi les élèves. Selon une enquête de Radio France, environ 15 % des lycéens présentent d'ailleurs des signes de burn out, une forme d’épuisement psychique et physique liée à l’école (les symptômes peuvent être un sentiment de fatigue permanente, une perte de motivation, et des difficultés d’attention). Les vacances permettent de se reposer, de faire du sport ou ses loisirs. Mais souvent, les jours qui précèdent, les enseignants donnent beaucoup de devoirs à leurs élèves, qui doivent donc travailler pendant cette période de repos.
Des pistes d'amélioration
Pour améliorer tout ça, plusieurs idées sont possibles. Par exemple, ajouter plus de sport ou d’activités physiques serait bon pour le corps et la tête. Adapter les horaires de l'école au rythme de sommeil des adolescents en commençant les cours à 9h au lieu de 8h aiderait les élèves à être mieux réveillés et plus attentifs. Et réduire un peu le nombre d’heures de cours éviterait le stress et la surcharge mentale. Cette idée est soutenue par l’Académie nationale de médecine et par la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance). À quand des journées scolaires qui respectent vraiment le bien-être des élèves ?
Hissan OUZARA,
Maël LE LIMANTOUR
EHPAD, quand les souffrances envahissent les résidents
Derrière les portes des EHPAD se cache un nombre conséquent de souffrances. Depuis le scandale ORPEA, leader des maisons de retraite privées, mis au jour par l'enquête du journaliste Victor Castanet dans son ouvrage « Les Fossoyeurs », la question de la maltraitance dans les EHPAD occupe l'actualité.
Les EHPAD (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) sont des lieux qui sont censés garantir le bien-être et la sécurité : deux enjeux primordiaux de la vie en maison de retraite. Pourtant, certains établissements font preuve de négligence, voire de maltraitance envers les résidents.
7282 EHPAD
en France en 2024
Si ce chiffre semble conséquent, il est insuffisant, car, seulement 1,6 personnes âgées sur 10 bénéficient d'une place en EHPAD, selon le syndicat national des établissements, résidences et services d'aide à domicile privés pour personnes âgées. Parmi ces établissements, 55 ont été fermés, pour cause de maltraitance.
Pour bien des EHPAD, les difficultés financières qui augmentent au fil des années ont des conséquences directes sur les résidents eux-mêmes dans leur vie quotidienne. En effet par manque de budget, beaucoup d'éléments assurant le bien-être des résidents sont de plus en plus négligés. La qualité des locaux se dégrade, laissant parfois les résidents sans chauffage, ou logés dans des "passoires thermiques", faute de travaux d'isolation.
Plus de 6000 € pour une chambre en établissement de luxe
Mais la maltraitance ne se trouve pas forcément dans les établissements en mauvaise situation financière. La beauté du lieu peut s'avérer trompeuse et cacher le réel traitement des résidents. Le groupe CLARIANE figure dans la catégorie des établissements proposant des chambres très haut de gamme sur le marché français. Pourtant, le groupe était dans le viseur de la justice, au point de changer de nom, passant de KORIAN à CLARIANE, pour faire oublier la mauvaise image du groupe.
Le personnel en question ?
Dans certains cas la maltraitance envers nos aînés provient du personnel. Dans un EHPAD de Haute-Savoie appartenant au groupe EMEIS (anciennement ORPEA), plusieurs fois objet de condamnations pour maltraitance, une aide soignante ne lavait ni ne soignait les résidents.
EMEIS n'est malheureusement pas le seul au cœur du scandale de la maltraitance. Le groupe CLARIANE a aussi été visé par plus de 80 plaintes pour mise en danger de la vie d'autrui, non-assistance à personne en danger et homicide involontaire. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces violences commises par le personnel. En premier lieu, le manque de personnel qualifié et formé à la prise en charge des résidents constitue un élément clé des mauvaises conditions de vie. La cadence de travail est un facteur aggravant. Le manque de personnel engendre aussi un stress pour les équipes soignantes. Il faut travailler plus, à un rythme plus soutenu, au détriment de la bonne prise en charge des personnes âgées. Bien souvent, qui plus est, les salaires sont bas.
Maltraitance : une responsabilité partagée
La maltraitance n'est pas uniquement du fait du personnel ou des difficultés financières. Dans certains cas, le délaissement par la famille et l'entourage contribue également aux souffrances que les résidents peuvent ressentir. La solitude est l'un des sentiments majeurs qui détériore leur vie.
Maëlys DORESSAMY,
Jade CHARDRON,
Hugo BOUVIER
50 ans après la loi Veil, la liberté des femmes toujours assurée ?
En 1975, Simone Veil a permis à l'ensemble des femmes sur le territoire français d'avoir la liberté d'avorter. Des centaines de milliers de femmes ont ainsi pu recevoir des soins adaptés, et éviter les dangers liés aux avortements clandestins. Pourtant, en France, des vagues de manifestations anti-IVG refont surface.
IVG : de quoi parle-t-on ?
L'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) existe sous plusieurs formes : l'IVG médicamenteuse qui se réalise jusqu'à la septième semaine de grossesse et l'IVG instrumentale qui peut être réalisée jusqu'à la quartozième semaine par un médecin dans un établissement de santé. En France, l'IVG est légalisée depuis la loi Veil adoptée en 1975. Ce droit garantit aux femmes la liberté de choix. Mais dans une vingtaine de pays, l'IVG est toujours interdite par la loi.
La légalisation : une sécurité pour les femmes
La légalisation de l'IVG a de nombreux avantages. Elle permet aux femmes d'interrompre une grossesse non désirée, dans des conditions médicales sûres. L'accueil des femmes dans des structures médicalisées a permis de supprimer les IVG clandestins, qui mettaient de nombreuses vie en jeu autrefois. De plus, les femmes sont soutenues psychologiquement dans leur décision. Aujourd'hui, un numéro vert national 0 800 08 11 11 est mis en place qui donne aux femmes accès à une écoute et des informations.
Un droit parfois difficile à faire appliquer
Cependant ce système n'est pas infaillible : dans les hôpitaux, il y a des listes d'attente avant de pouvoir accéder à l'avortement. Il existe de nombreuses inégalités d'accès liées aux disparités sur le territoire. En effet, dans certaines zones, les "déserts médicaux", il y a de moins en moins de médecins, et cela pèse sur la santé des femmes.
De plus, certains médecins refusent de pratiquer cet acte médical, en faisant valoir la clause de conscience, un droit reconnu aux médecins et aux sages-femmes qui leur permet de refuser de pratiquer une IVG pour des raisons personnelles, morales ou éthiques ( religieuses, professionnelles...). En effet, dans certaines religions, notamment le catholicisme, l'avortement est considéré comme un crime et est interdit.
Un droit remis en cause ?
Depuis le milieu des années 2000, les mouvements opposés à l’IVG refont surface dans l’espace public français. Par exemple, la « Marche pour la vie » est organisée chaque année à Paris. Portés par des associations conservatrices comme Alliance Vita, la Fondation Jérôme Lejeune ou SOS Tout-Petits, ces courants dénoncent l’avortement au nom de la « défense de la vie ».
Ces organisations défendent une vision conservatrice du corps, de la famille, et de la place de la femme dans la société, en s’opposant à l’élargissement des libertés individuelles et des droits des femmes.
Cette vague conservatrice est fortement influencée par certains mouvements "prolife" américains. Sur les réseaux sociaux, est par exemple né le modèle des « tradwives », des femmes revendiquant un retour à des rôles féminins traditionnels centrés sur le foyer, la maternité et la soumission au mari. Ce discours, très relayé sur TikTok ou Instagram, contribue à promouvoir une vision patriarcale qui remet en cause les avancées féministes, et notamment le droit à l'avortement.
À l’image des États-Unis ou de la Pologne, certaines législations ont déjà instauré des conditions restrictives (liées notamment à l’âge, à la santé ou aux délais...) entraînant un recul du droit à l’avortement.
Un droit désormais inscrit dans la Constitution
Dans ce contexte de montée en puissance des idéologies conservatrices, et afin de prévenir toute remise en cause, le droit à l’IVG a été inscrit dans la Constitution française en 2024. La constitutionnalisation d’un droit le rend en effet beaucoup plus difficile à supprimer, même pour un parti très conservateur qui arriverait au pouvoir.
Darren DEVEAUX,
Léonie ROBINO,
Justine HOUDIN
Droit à l'IVG contesté : des femmes en danger
En France, c'est le 17 janvier 1975 que la loi Veil dépénalise l'avortement et marque un tournant pour l'émancipation des femmes. Son recours n'est désormais plus sanctionné mais demeure la cible des mouvements conservateurs 50 ans après. Actuellement contesté, notamment aux États-Unis et en Pologne, il est même interdit dans certains pays, comme l'Égypte ou les Philippines.
L'avortement, ou IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) est un protocole qui permet à toute femme enceinte d’interrompre sa grossesse. (En France, dans le respect de la loi pour toute femme, majeure ou mineure, jusqu'à 14 semaines d'aménorrhées).
Il s’agit d’un choix personnel, la demande ne peut être faite que par la femme enceinte. Si en France, l'IVG est autorisé, certains pays le restreignent, voire l'interdisent. Actuellement, dans le monde, cet acte est interdit dans 21 pays.
En Pologne :
une restriction du droit
La Pologne est l’un des deux seuls Etats membres de l’Union européenne (UE), avec Malte, qui restreint l'accès à l'avortement. Dans ce pays où la pratique religieuse catholique concerne 94 % de la population, et avec l'accession du parti d'ultra-droite "Droit et Justice" (PIS) au pouvoir, l'avortement n'est désormais autorisé qu'en de cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. Il s'agit d'une restriction du droit à l'avortement adoptée en janvier 2021 dans un contexte global de recul des libertés et de montée des idées des ultra-conservateurs.
Une mise en danger des femmes
Certaines femmes n'ont pas d'autre choix que d'importer des pilules abortives ou cherchent des moyens non légaux d’avorter en Pologne. "J'ai dû prendre un médicament que j'ai trouvé en ligne. Je savais que c'était risqué, mais c'était ma seule option. J'avais peur de mourir. Je n'avais nulle part où aller pour obtenir de l'aide." témoigne anonymement dans la presse polonaise une femme ayant eu recours à l'automédication pour provoquer un avortement. Cette démarche n'est pas sans risques. En effet, l'IVG médicamenteuse doit être prescrite par un médecin et faire l'objet d'une surveillance médicale et la vente en ligne de médicament expose au risque de consommer des produits dangereux ou inefficaces.
Cette législation extrêmement restrictive conduit par ailleurs des milliers de femmes enceintes à quitter la Pologne pour interrompre leur grossesse dans d’autres pays européens, renforçant les inégalités dans l'accès à l'IVG. "Je n'avais pas d'autre choix que de quitter la Pologne. J'ai trouvé une clinique en Allemagne, mais cela m'a coûté cher et m'a fait me sentir comme une criminelle" témoigne une autre femme ayant traversé la frontière pour un avortement.
Le cas des États-Unis : des femmes criminalisées
Depuis 1973, le droit d’avorter était garanti aux États-Unis sur tout le territoire par une loi fédérale. Or, par décision de la Cour suprême, cette loi a été abrogée en 2022 laissant ainsi à chaque État la liberté de déterminer sa propre politique en matière d’accès à l'IVG. De sorte que certains États, comme l'Alabama ou l'Arkansas, interdisent désormais le recours à l'IVG.
Le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, a réactivé l’amendement dit « Hyde », datant de 1976, qui vise à empêcher l’utilisation de fonds fédéraux pour des interruptions volontaires de grossesse, sauf dans de rares cas. Alors que Joe Biden avait pris des mesures qui facilitaient l’accès à certains moyens contraceptifs comme la pilule du lendemain, ou qui protégeaient l'anonymat des femmes recourant à l'avortement, Donald Trump en a décidé la suppression, rendant ainsi possible la poursuite en justice de femmes ayant avorté.
Troisième cause de mortalité maternelle au monde
Sans procédures sécurisées et encadrées disponibles, les femmes sont de plus en plus contraintes d’employer des méthodes clandestines. Les mesures de restriction engendrent une hausse des avortements à risque, car ils sont pratiqués dans des conditions dangereuses, dans un environnement inadapté et en l'absence de personnel compétent.
Près de la moitié des IVG dans le monde sont pratiquées dans de telles conditions. 39 000 femmes décèdent tragiquement chaque année des suites d'une IVG clandestine. Les femmes précaires et marginalisées avec des ressources limitées sont parmi les plus concernées. D'après l'OMS (Organisation mondiale de la santé), les avortements dangereux sont la troisième cause de mortalité maternelle à l'échelle mondiale. Ils sont également la cause de cinq millions de situations de handicap qui auraient, dans la grande majorité, pu être évitées.
Thylia MARCEREUIL, Maëva COURNÉE, Lilouna LOISEAU
Comment le peuple espagnol manifeste-t-il son soutien pour la cause palestinienne ?
La cause palestinienne prend de plus en plus de place en Espagne, notamment dans les évènements sportifs.
Ces dernières années, l'opinion publique espagnole se mobilise régulièrement pour la défense des minorités et pour promouvoir la tolérance. Le peuple espagnol soutient notamment la Palestine, en partie par solidarité avec une culture arabe qui a marqué son histoire, mais aussi probablement car une partie des Espagnols est issue d'une Afrique du nord traditionnellement amie des Palestiniens.
Une Vuelta sous pression
Les manifestations lors de la Vuelta illustre cet engagement de la population en faveur de la cause palestinienne. En effet, cette course cycliste qui se déroule en Espagne s’est transformée en une véritable vitrine médiatique pour les manifestants pro-palestiniens.. Lors de la course, de nombreuses personnes ont bloqué les routes pour exprimer leur mécontentement face à une équipe cycliste qui s’appelait « Israël-Premier Tech ». Les manifestants jugeaient que le nom de cette équipe cycliste suisse était inapproprié alors que les habitants de Gaza subissaient dans le même temps des bombardements quotidiens venant d'Israël.
Certaines de ces manifestations ont causé la chute de cyclistes, les mettant en danger et les privant de course. Lors de la dernière étape, la police qui n’avait pourtant jamais été autant mobilisée pour un événement sportif à Madrid, n’a pas pu gérer la foule. L’étape s’est donc arrêtée à 50 km de l’arrivée. Le traditionnel podium, majestueusement dressé dans la capitale à la fin de la Vuelta, s'est mué en un podium de fortune sur le parking d’un hôtel...
Ces manifestations ont suscité des interrogations voire ont créé la polémique. Les amateurs de la course remettent notamment en cause le statut de vainqueur accordé à Jonas Vingegaard, de nombreuses courses ayant été perturbées ou interrompues.
Certes, ces manifestations ont empêché le bon déroulement du tour et perturbé l'établissement d'un classement des participants. Cependant, les manifestants ont obtenu que l'équipe Israël Premier Tech change de nom en 2026. Par ailleurs, des sponsors ont accepté de retirer leur soutien à l'équipe mise en cause, du fait d'un financement assuré par un proche du premier ministre Benyamin Netanyahou.
Qu'en pensent les coureurs ?
Interrogé, le vainqueur, Jonas Vingegaard, a déclaré au sujet des manifestants :« Bien sûr, c'est dommage [...] mais encore une fois, je pense qu'ils ont juste désespérément besoin d'être entendus ». Ce point est partagé par le premier ministre espagnol qui a exprimé lors d’un meeting à Malaga sa reconnaissance et son respect à l'égard des sportifs, tout en soulignant son admiration pour le peuple espagnol mobilisé pour défendre des causes justes, comme celle de la Palestine. Subsiste désormais la question de savoir s'il est légitime de perturber de grands événements sportifs pour défendre une cause, aussi juste soit-elle.
Thibaud C - Julien G - Camilia K - Lina H.
Le nouveau visage de l’extrême droite : Stérin et les médias
Depuis quelques années dans le paysage politique et économique français, un développement concomitant s’observe entre le rachat des médias par des milliardaires et l’augmentation constante des idées d’extrême droite.
Pierre-Edouard Stérin est l’un de ces milliardaires, souvent décrit comme « catho, tradi, réactionnaire et libertarien », qui aurait pour seule ambition de devenir « saint ». Un bon résumé de ses idées, qui se traduisent par une fervente admiration de Trump et un penchant pour l’exil fiscal.
Le quotidien La Lettre le présente comme un « milliardaire qui se rêve en marionnettiste d’une autre droite ». Animé d'idées extrêmes et conservatrices, il aspire de fait à orienter la scène politique française à l’instar d'autres milliardaires propriétaires de médias. Ses positions polémiques voire provocatrices renforcent la polarisation de l'opinion dans une France qu'il voudrait fondée sur des bases traditionnelles patriarcales et ethniquement homogènes.
PERICLES : les révélations de L'Humanité
La Belgique, pays vers lequel il s’expatrie en 2019, ne taxe ni les dividendes ni les plus-values, lui permettant de conserver assez d’argent pour investir dans différents domaines, tels que son projet phare : le projet PERICLES. Ce dernier vise à construire une influence politique et médiatique afin de faire gagner la droite conservatrice française aux prochaines élections. Son acronyme correspond aux valeurs promues par le projet : Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes.
Le fonds total prévu pour ce projet est de 150 millions d’euros, à investir sur une période de 10 ans. Ces placements financiers ont pour but de former et de soutenir des cadres politiques, ainsi que de financer voire racheter des médias. C'est le cas du média Cerfia, racheté en juin 2025, présent sur la plateforme X (anciennement Twitter). Ce rachat par le milliardaire d’un média lui permet d’influencer les plus jeunes en sélectionnant les informations qui leur parviennent. Des quotidiens tels que L’Humanité sont boycottés, en raison des enquêtes qui y sont publiées sur le projet PERICLES, ou de leur orientation politique de « gauche anti-libérale ».
Pierre-Edouard Stérin multiplie les stratégies pour avoir une empreinte dans le monde du journalisme : par exemple en finançant l’Institut Libre de Journalisme. Le Monde qualifie cette école privée de « pépinière parisienne de la droite catholique et identitaire qui forme une jeunesse de conviction conservatrice pour réinvestir le champ journalistique ». Ce sont des idées alignées avec celles de Stérin, qui profiteraient au projet PERICLES en lui fournissant des professionnels de l'information favorables à son idéologie. Le principal objectif stratégique du projet PERICLES est donc sur le terrain métapolitique : c'est-à-dire agir sur la culture pour influencer la politique sans passer par les partis ou les élections.
La bataille culturelle tous azimuts
Néanmoins, la sphère médiatique n'est pas la seule cible de Stérin. Avec son "Fonds du bien commun", il s'empare également du domaine du divertissement en investissant dans le spectacle ou le cinéma. Parmi celles-ci : "Murmures de la cité", un spectacle dans la veine du Puy du fou. Cette représentation qu'il sponsorise, organisée à Moulins dans l'Allier, avait pour but affiché de retracer l'histoire du département. Or, le spectacle a pris une autre tournure, faisant la promotion d'une France « pays éternel guidé par la Providence ».
Pourquoi Pierre-Edouard Stérin finance-t-il ce sons et lumières ? Le milliardaire prétend nourrir une réflexion spirituelle poussée, animé par un idéal de sainteté. Il admet de surcroît lors d'une conférence pour l'Institut Bon Pasteur, une congrégation traditionaliste catholique, que « les domaines d’action prioritaires en France sont d’avoir plus de bébés de souche européenne » comme l'a révélé le journal l'Humanité. L'expression « de souche » utilisée par Stérin fait écho à une théorie, celle du Grand Remplacement. Cette conception fondée sur des idées racistes et xénophobes, et sans appui scientifique, est souvent reprise par l'extrême droite, dans le but d'attiser la peur et de faire grandir un sentiment d'insécurité quant à la place des Européens blancs sur le continent.
Une volonté d'influencer le débat politique
Le lien entre le projet PERICLES de Pierre-Edouard Stérin et les partis d'extrême droite se confirme peu à peu. C'est d'ailleurs la découverte de ce lien étroit qui a poussé la rédaction du magazine d'actualité Marianne et sa rédactrice en chef Natacha Polony à se mobiliser pour empêcher le milliardaire de racheter le média. Pour la présidentielle de 2022, Stérin a en outre organisé des "speed dating politiques" pour identifier un candidat pouvant incarner ses idées. Enfin, l'une des initiatives les plus concrètes du projet Périclès est une école de formation au mandat de maire, baptisée Politicae, et financée à hauteur de plusieurs centaines de milliers d'euros. L'objectif : former des cadres à droite et à l'extrême droite pour les élections municipales de 2026. Pierre-Edouard Stérin parviendra-t-il à ses fins ?
Narrimane MIRAOUI,
Tristan HEVIN,
Arwen BRETIN
Shein : au cœur des polémiques
Pourquoi une marque si populaire auprès des jeunes suscite-t-elle autant de contestations en France ?
Présente en France depuis quelques années, la marque chinoise Shein connaît un immense succès auprès des jeunes. Cependant, la création de sa toute première boutique physique, au 6e étage du BHV à Paris, suscite de nombreuses critiques et manifestations.
Shein est une entreprise d’origine chinoise qui vend des vêtements de mode à très bas prix dans le monde entier. Celle-ci touche un public très large, mais séduit plus particulièrement les jeunes. Ce succès s’explique notamment par la forte présence de la marque sur les réseaux sociaux, tels que TikTok ou Instagram, où ses produits sont régulièrement mis en avant.
Malgré cela, cette popularité ne fait pas l’unanimité. En France, des associations écologistes ainsi que des citoyens ont manifesté afin de dénoncer les conséquences de la fast fashion. Selon ces derniers, la production massive de vêtements encouragerait la surconsommation, tout en aggravant la pollution et la quantité de déchets textiles.
D’autres critiques concernent les conditions de fabrication des produits. Plusieurs ONG alertent sur le manque de transparence de certaines entreprises de fast fashion, dont Shein, concernant les conditions de travail dans les usines : les ouvriers sont exploités, 12 heures par jour, parfois 7 jours sur 7, leurs droits sont piétinés. L’enquête menée par ActionAid France, en partenariat avec l’ONG américaine China Labor Watch soupçonne même Shein d'être complice du travail forcé du peuple ouïghour.
Face à ces polémiques, 83 députés, emmenés par Sandrine Le Feur, (Ensemble pour la République) réclament l'interdiction de Shein sur le sol français, et attaque la firme d'ultra-fast-fashion sur le plan du non-respect des droits humains, de conformité des produits, et de l'environnement.
De son côté, Shein affirme vouloir améliorer ses pratiques, renforcer le contrôle de ses fournisseurs et réduire son impact environnemental. Malgré cela, ces engagements peinent encore à convaincre une partie de l’opinion publique. Ainsi, entre vêtements à petits prix et enjeux écologiques, le cas Shein soulève une question essentielle pour les jeunes générations : faut-il continuer à consommer la mode rapide ou privilégier des alternatives plus responsables ?
Lorenzo LAMEULE, Nathan FAUCHER, Noelyne LAMARCHE, Javier ROUSSEAU
États-Unis : les femmes et la politique
Le parcours de Kamala Harris, première femme noire vice-présidente du pays, illustre les avancées historiques mais aussi les discriminations persistantes auxquelles font face les femmes issues des minorités ethniques en politique.
Accéder aux plus hautes responsabilités politiques reste encore difficile pour les femmes aux États-Unis. Cette situation est encore plus compliquée lorsqu'on combine le fait d'être une femme au fait d'être issue d'une minorité ethnique. Le parcours de Kamala Harris en est un bon exemple. Il montre que malgré les avancées récentes, il existe encore de nombreuses inégalités en politique.
Une première femme noire vice-présidente
Kamala Harris est née en 1964, à Oakland, en Californie de parents immigrés venant d’Inde et de Jamaïque. Elle étudie l’économie, les sciences politiques et le droit à l’université d’Howard, une université située à Washington, et surnommée la Harvard noire car formant historiquement le plus grand nombre d'élèves afro-américains du pays.
Ensuite, Kamala Harris s'engage dans le droit, plus précisément en tant que procureure générale de Californie, poste auquel elle accède en 2011. En 2017, elle est élue sénatrice de cet Etat. Trois ans plus tard, elle est choisie par Joe Biden en tant que colistière. En 2021, elle accède au poste de vice-présidente des États-Unis. C’est la première femme noire à occuper ce poste.
Un programme social
Kamala Harris appartient au parti démocrate. Elle souhaite faire campagne dans la bonne entente et sans conflit. La vice-présidente rassemble les foules et redonne espoir au peuple grâce à sa campagne basée sur la volonté d’une société plus juste et plus aidante. Michelle Obama a ainsi salué avec la mise en lumière de Kamala Harris sur la scène politique « l’impatience, l’enthousiasme, l’euphorie de voir renaître la perspective d’un avenir plus radieux ».
Sa première action politique a consisté en la création d'un programme spécialisé dans la réinsertion des jeunes sortis de la délinquance, avec pour objectif de les aider à s’intégrer à la société. Dans son programme électoral pour accéder à la présidence des Etats-Unis, Kamala Harris mettait l'accent sur le pouvoir d'achat et proposait quelques mesures concrètes : la construction de trois millions de nouveaux logements, une aide au premier achat immobilier, des aides financières aux étudiants pour qu'ils s'endettent moins, la baisse des coût de santé... Elle s'est montré sensible au sort des classes moyennes et ouvrières et a insisté sur le ressenti des ménages face à la vie chère et à l'inflation. Son programme a été qualifié de "communiste" par son rival républicain Donald Trump. Sur le plan international, elle prend parti pour la Palestine dans le conflit israélo-palestinien, en souhaitant mettre un terme aux bombardements à Gaza, ce qui lui a aussi valu les foudres des Républicains.
La cible d'attaques sexistes et racistes
Au-delà des violentes attaques de Trump et des Républicains, Kamala Harris a subi de violentes critiques racistes et sexistes tout au long de sa campagne.
Chacun de ses gestes et chacune de ses paroles ont été scrutés dans le but de trouver une faille et la faire tomber. Cela démontre la difficulté politique qu’ont les femmes noires dans les pays où la discrimination raciale existe encore, malgré les avancées sociales. En dépit de l’ascension et des hauts postes auxquels les femmes noires peuvent accéder, se cachent toujours un sexisme et un racisme qui font obstacle à leur accession au pouvoir en les décourageant et en les rabaissant publiquement, comme le confirme le Los Angeles Times selon qui Kamala Harris "est sans doute aujourd’hui la personnalité politique américaine la plus attaquée sur les réseaux sociaux, parce qu’elle coche toutes les cases susceptibles d’exciter les semeurs de haine sur Internet : c’est une femme, de couleur, qui occupe un poste de pouvoir". Les votes reflètent cet état de fait : ce sont les femmes qui ont majoritairement voté Harris, et 86 % des afro-américains ont voté pour Harris contre 43 % des électeurs blancs.
En conclusion, le parcours de Kamala Harris illustre à la fois une avancée majeure pour les femmes en politique aux États-Unis, et les limites persistantes de la société américaine. Sa campagne électorale marque une étape importante vers une meilleure représentation des femmes et des minorités ethniques en politique. Néanmoins, être une femme politique noire aux États-Unis revient avec certitude à subir un traitement inégal et des discriminations sexistes et racistes. Finalement, l'accès des femmes à la politique, en particulier des femmes noires, reste un combat d'actualité.
Amira EL RAFAI,
Julia DESCHAMPS--JARNO,
Aude-Marie HÉLARD,
Calista SOULIER
Immigration : l’ICE au cœur de la dérive sécuritaire américaine
Durcissement des lois, renforcement des forces de l’immigration, multiplication des violences : depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour un second mandat, la politique migratoire américaine connaît un tournant radical.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour un second mandat, les idées portées par la droite radicale gagnent en influence au sein de la première puissance mondiale, prenant un virage perçu comme autoritaire. Déjà source de vives inquiétudes lors de son premier mandat, Donald Trump suscite aujourd’hui des préoccupations encore plus vives, tant sur le plan international qu’en politique intérieure.
Les décisions de Trump sont devenues plus radicales, ses prises de position plus agressives et plusieurs de ses lois ont renforcé l'idée d'un pouvoir qui s'éloigne des principes démocratiques.
La volonté de contrôler l’immigration ne date pas d’hier aux États-Unis. Dès le début des années 1990, l’administration de George Bush père durcit la politique migratoire. En 1990, un premier grillage est installé le long de la frontière entre la Californie et le Mexique, afin de limiter les passages clandestins. Aujourd’hui, près de 1100 kilomètres de barrières et de murs ont été érigés le long des 3200 kilomètres de frontière entre les États-Unis et le Mexique.
Après les attentats du 11 septembre 2001, la question migratoire prend une dimension sécuritaire. En 2003 est créée l’agence Immigration and Customs Enforcement (ICE).
Depuis le début de son deuxième mandat, Trump a élargi et renforcé le champ d'action d'ICE ainsi que ses effectifs. L'ICE procède à des interventions agressives contre les immigrés illégaux et terrorise la population. Des familles sont séparées, des personnes maltraitées, des enfants traumatisées... Les sans-papiers sont dorénavant considérés comme des criminels qu'il est possible de dénoncer grâce à un numéro spécial. Alors qu'ils ont maintenant la possibilité d'intervenir dans des zones sensibles comme les écoles ou les églises, la brutalité des hommes de l'ICE ne connaît plus de limites. Ils n'hésitent pas à utiliser tous les moyens nécessaires pour arriver à leurs fins, y compris l'usage de leurs armes à feu.
En janvier 2026, à Minneapolis, un agent d’ICE a tué par balle plusieurs personnes, dont une femme de 37 ans lors d’un contrôle routier, déclenchant des protestations massives. Quelques semaines plus tard, le 24 janvier, un autre incident fatal est à déplorer. Depuis le début de l'année 2025, au moins 16 personnes sont décédées à la suite de leurs interventions.
Les méthodes de l'ICE provoquent des tensions dans tout le pays et choquent jusqu'à l'opinion internationale. Les photographies de grillages, de matelas au sol dans les camps de rétention, de murs comme des forteresses, d'enfants arrachés à leurs parents, d'agents d' ICE surarmés..., circulent dans le monde entier sur les réseaux sociaux... Ces images provoquent des réactions de gouvernements étrangers, d'ONG et de citoyens qui dénoncent des atteintes aux droits humains.
L’administration Trump revendique l’efficacité du dispositif : L'ICE s'est montré d'une efficacité redoutable. En effet, 6 mois après le début du second mandat de Trump, déjà 100 000 étrangers sans papiers avaient été déportés. Comme les États-Unis sont un pays influent, leur manière de gérer l'immigration inspire parfois dangereusement d'autres pays qui durcissent à leur tour leur propre politique migratoire.
Cette obsession de Trump pour l'immigration, relève bien plus qu'un simple débat politique. Avec les services de l'immigration qui font régner la terreur, la question se pose : L'Amérique est-elle encore un Etat démocratique ?
Louise LONGUEVRE,
Elise PERTHUE, Hasna HAMO
IA : les métiers artistiques ont du souci à se faire
Les nouvelles technologies s'attaquent à la sphère artistique et aux métiers de la création.
Longtemps épargnés par la course au progrès et les révolutions industrielles successives, les métiers de la création, du graphisme et de l’art se trouvent aujourd’hui en première ligne. En 2025, jamais les professions artistiques n’ont été autant menacées.
Des grèves massives
Aux États-Unis, du 2 mai au 27 septembre 2023, plus de 11 000 scénaristes se sont mis en grève. Ils dénonçaient d’abord leurs conditions de rémunération, mais aussi les dangers liés à l’intelligence artificielle. En effet, l’IA pourrait être utilisée pour écrire des scénarios à leur place.
Les scénaristes demandaient donc un encadrement strict de son utilisation. La grève a pris fin après l’ajout d’une clause interdisant l’utilisation de l’IA pour la rédaction de scénarios dans les productions hollywoodiennes.Quels sont les métiers touchés ?
Musiciens, designers, architectes ou encore écrivains : de nombreux métiers artistiques sont concernés. Là où les artistes mettent parfois des mois à créer une œuvre, l’intelligence artificielle peut en produire des dizaines en quelques minutes, pour un coût très faible, voire nul.
En France, 60 % des artistes se sentent menacés selon La Tribune. L’IA est donc capable de remplacer certains métiers de l’art et du graphisme, mais tout dépendra de l’usage qu’en feront les entreprises et les particuliers.
Une authenticité perdue
L’artiste américaine Telisha Nikki Jones, autrice du succès musical "How I supposed to know", a utilisé l’intelligence artificielle pour créer une « chanteuse artificielle » nommée Xania Monet, qui interprète ses chansons à sa place. Même si l’IA risque de les mettre au chômage, certains artistes choisissent ainsi de s’adapter et d’utiliser cette technologie comme un outil de création. Cependant, cette initiative de Telisha Nikki Jones a provoqué un scandale auprès du public. Beaucoup d’Américains ne sont pas encore prêts à écouter des musiques créées par une intelligence artificielle.
Une opportunité ?
Les métiers artistiques vont devoir évoluer avec l’intelligence artificielle. À l’avenir, l’être humain et la technologie devront apprendre à travailler main dans la main. Si l'IA sait automatiser certaines tâches techniques et répétitives, la créativité et la vision humaine restent heureusement irremplaçables.
Louis DAVID, Axel LEMOINE,
Maxime PLANTEGENEST,
Antoine GUEVARA-CHAMPION
L'IA à l'école
L’intelligence artificielle se développe et entre dans les écoles, que ce soit pour aider les élèves dans leurs devoirs ou leurs recherches d'informations. Mais son utilisation pose question : facilite-t-elle l’apprentissage, ou risque-t-elle de nuire aux élèves ?
La triche facilitée
L'usage de l'IA à l'école soulève de nombreuses questions. L’un des premiers problèmes est que l’IA permet aux élèves de tricher facilement. Beaucoup d’entre eux s’en servent pour faire leurs devoirs à leur place, sans effort personnel. Selon plusieurs études internationales, jusqu’à 92 % des étudiants utilisent des outils d’IA pour leurs travaux scolaires, et 88 % avouent s’en servir pour des travaux notés ou des examens. Cela empêche les enseignants d’évaluer réellement leur niveau.
Un obstacle aux apprentissage
Si l’IA fait tout à la place de l’élève, celui-ci apprend moins. Il ne progresse plus en rédaction, il ne cherche plus ni à comprendre, ni à réfléchir. Cela limite donc le développement de ses compétences et nuit à sa réussite scolaire. Selon une étude GoStudent 2025, 71 % des parents français craignent que leurs enfants deviennent dépendants de l’IA pour apprendre. C'est un signe que l'IA est déjà entrée clairement dans les usages scolaires, et contrairement au smartphone dont le danger n'a été perçu que tardivement, cette nouvelle pratique de l'IA est d'ores et déjà perçue comme un réel obstacle au développement des compétences de l'élève, que ce soit dans la capacité de se concentrer, de rédiger, de comprendre des informations.
Une désinformation accrue
L’IA ne donne pas toujours des informations exactes. Elle peut inventer des détails ou répondre de manière approximative voire inventer, c'est ce qu’on appelle des hallucinations. Quand les élèves recopient ces réponses sans vérifier ailleurs, cela peut les induire en erreur. Une utilisation trop fréquente d’IA sans esprit critique risque d’empêcher les élèves d’apprendre à évaluer et à vérifier des informations par eux-mêmes, ce qui est pourtant une compétence essentielle à l'heure des fake news.
Le problème des images
L’IA peut créer des images ou des vidéos, ce qui n’est pas forcément un problème lorsqu’elles sont destinées à faire rire ou qu'elles relèvent d'un travail artistique. Mais certaines personnes utilisent ces outils en étant mal intentionnées. Par exemple, certains modèles d’intelligence artificielle peuvent générer des images à partir d’une description, et Grok, l'IA d'Elon Musk, est capable de produire des images qui modifient ou transforment des personnes existantes, comme si elles étaient représentées sans vêtements. Ces usages sont problématiques car ils peuvent violer la vie privée, encourager des comportements irrespectueux, et soulèvent des questions éthiques importantes autour de la manipulation d’images. Cela rappelle l’importance d’une éducation à l’esprit critique, afin que chacun comprenne que ces images peuvent être fausses et manipulées.
Des points positifs ?
L'IA peut aider un élève à mieux comprendre ses cours, à organiser son travail ou à explorer de nouvelles idées. Dans le futur, l’IA pourrait automatiser certaines tâches scolaires, comme la correction des devoirs, permettant aux enseignants de se concentrer sur l'enseignement et l’accompagnement des élèves. Elle pourrait aussi proposer un apprentissage personnalisé, adapté au rythme et aux besoins de chacun.
L'IA représente donc à la fois une opportunité et un risque dans le milieu scolaire. L’important est donc d’apprendre à utiliser l’IA de manière responsable, comme un soutien à l’apprentissage et non comme un moyen de remplacer l’effort personnel.
Le Ministère de l’Éducation nationale a pris en compte ce nécessaire apprentissage de l'usage de l'IA par les élèves. À partir de janvier 2026, la plateforme PIX, (plateforme de formation au numérique pour tous les élèves de 4e, 2nde, et 1ère), intègre un parcours dédié à l'IA.
Louis GOURAUD,
Arthur GRIHARD,
Firass ROCHDI
L'IArmée : un nouveau mot pour une guerre nouvelle
Les multiples usages de l’IA dans l'armée
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est beaucoup utilisée dans les opérations militaires. Grâce à l'IA, l’armée peut mieux surveiller, repérer ce qui se passe et prendre des décisions plus rapidement. Dans le domaine du renseignement, l’IA existe déjà depuis un moment, mais elle est devenue beaucoup plus performante avec les progrès des technologies comme le machine learning. l'IA permet par exemple d’analyser des comportements, de reconnaître des visages ou de repérer des signes de danger. Cela aide à détecter des menaces plus vite et à mieux organiser les opérations. Enfin la combinaison de l'IA avec la technologie des drones a profondément modifié la façon de se battre, inaugurant une forme de guerre automatisée.
La dronisation : une mutation des conflits
Les drones de combat existent depuis plusieurs décennies. Mais depuis 2010, on y a intégré de l'IA, et ils sont de plus en plus autonomes. Avant, un opérateur humain contrôlait presque tout. Maintenant, les drones peuvent analyser ce qu’ils voient et agir seuls (se déplacer, surveiller une zone, suivre une cible...). Ils réagissent plus vite, observent mieux que les hommes. Ils permettent d’éviter d’envoyer des soldats directement sur le terrain, surtout dans des zones très dangereuses. Mais leur utilisation à distance peut rendre la décision d’attaquer plus facile, car il n’y a pas de risque immédiat pour l’opérateur. L'un des moments les plus marquants a été en 2013, lorsqu’un drone militaire américain a été équipé de systèmes d’IA pour effectuer des frappes de manière autonome. Cela pose problème, car en cas d’erreur, il est plus difficile de savoir qui est responsable. Même si les drones sont plus efficaces, l’IA soulève des questions éthiques et juridiques : comment éviter les erreurs ? Qui décide vraiment et qui est responsable ?
Une réflexion sur l'utilisation de l'IA
Si l’IA rend les armées plus efficaces, elle pose ainsi des questions importantes. Il faut faire attention au contrôle de ces technologies, à qui est responsable de leur utilisation et au respect des lois, surtout pour éviter de toucher des civils et garder des réponses proportionnées. Il est nécessaire de mettre en place des règles éthiques strictes. L’objectif principal est de s’assurer que l’humain garde le contrôle sur les systèmes autonomes.
Le 14 janvier 2025, le Comité d’éthique de la défense a rappelé qu’il est essentiel que les décisions prises par des systèmes utilisant l’IA puissent être suivies et comprises, et qu’un humain reste responsable de ces décisions. La France choisit donc d’avancer avec prudence, en développant l’IA tout en respectant les lois, les valeurs fondamentales et la responsabilité de chaque acteur. Au risque de prendre un retard technologique par rapport aux armées de pays potentiellement menaçants ?
Jérémy VERHAEGHE,
Gabriel MASOUD,
Mohamed-Amine DAMENE
La révolte 2.0 de la Gen-Z au Népal
Dans des pays comme le Maroc, Madagascar ou l’Indonésie, les jeunes ont été confrontés à des injustices persistantes. Pour se faire entendre et pousser les gouvernements à agir, la génération Z n’a eu d’autre choix que de se mobiliser et de se révolter.
Ainsi, au Népal, en septembre 2025, la jeunesse s'est révoltée en apprenant d'une part que des dirigeants politiques avaient détourné des fonds publics, et d'autre part que certains réseaux sociaux allaient être interdits. De très fortes mobilisations ont eu lieu qui ont entraîné de gros dégâts matériels et des pertes humaines, ainsi que la démission du Premier ministre K.P. Sharma Oli.
Lors de ces mobilisations, des milliers de jeunes ont utilisé Discord, une application en ligne très populaire chez la Gen Z, pour débattre et choisir qui occuperait le poste de Premier ministre intérimaire. C'est Sushila Karki, une juriste ancienne juge de la cour suprême, qui est ressortie comme le choix principal de cette consultation virtuelle, ce qui a abouti à sa nomination officielle. Le gouvernement de Karki est certes intermédiaire et transitoire. Mais au Népal, on peut affirmer que la mobilisation de la Gen Z a porté ses fruits.
Sofia SLIMANE,
Saran-Reine DARAMY,
Mariyam KHAN
TikTok : les jeunes utilisateurs en danger
Très populaire auprès des adolescents, TikTok attire chaque jour des millions de jeunes utilisateurs. Derrière ses vidéos courtes et divertissantes se cache pourtant un algorithme puissant, capable d’influencer les comportements.
Le succès de la plate-forme chinoise
TikTok est devenue l’application préférée des adolescents. Des millions de jeunes y passent plusieurs heures chaque jour à regarder des vidéos courtes et divertissantes. Des danses aux tutoriels, en passant par les défis amusants, la plateforme semble inoffensive. Mais derrière ce succès se cache un problème inquiétant : le fonctionnement de l’algorithme.
Un fil qui piège les jeunes
TikTok permet de partager des vidéos courtes, de quelques secondes à 3 minutes, souvent accompagnées de musique ou d'effets. Le réseau social propose des fils de contenus auxquels on peut s'abonner, des outils de création, une messagerie pour de possibles interactions sociales, mais surtout, Tiktok propose le fil "Pour toi". C'est le cœur de TikTok. Ce fil propose des vidéos personnalisées en fonction des préférences et comportements de chaque utilisateur. L’objectif principal est de garder les jeunes connectés le plus longtemps possible. Mais ce système de recommandations peut avoir des effets pervers.
Amnesty International a créé de faux comptes d’adolescents pour tester le fil. Rapidement, ces comptes ont commencé à recevoir des vidéos tristes ou déprimantes. Plus les testeurs d'Amnesty regardaient ce type de contenus, plus l’algorithme leur en proposait. Dans le fil sont apparues des vidéos montrant de l’automutilation ou évoquant le suicide. L’ONG parle d’une “spirale algorithmique” : chaque vidéo nocive augmente la probabilité d’en recevoir une autre, enfermant le jeune dans un cercle difficile à rompre. Un sondage mené auprès de jeunes de 13 à 25 ans révèle que plus de la moitié déclarent avoir été exposés à des contenus dérangeants ou inquiétants sur les réseaux sociaux. Cette statistique montre que l’exposition à des vidéos nocives est loin d’être exceptionnelle.
Un témoignage poignant
Amnesty International rapporte les témoignages de jeunes concernés. Ainsi, le témoignage de Maëlle, aujourd’hui âgée de 18 ans. À 15 ans, alors qu’elle traversait une période difficile, elle a été exposée à des contenus dangereux via TikTok. Son fil s’est rempli de vidéos sur la tristesse et la dépression, puis d’images d’automutilation et de jeunes évoquant le suicide. Elle confie : « Certaines vidéos sont encore imprimées dans ma rétine. » Pendant près de trois ans, cette exposition a aggravé son mal-être. Ses pensées suicidaires se sont intensifiées, et elle a commencé à s’automutiler. Même lorsqu’elle signalait certaines vidéos, beaucoup restaient visibles. Son récit montre comment l’algorithme peut exploiter les émotions des adolescents pour les garder connectés, même au détriment de leur santé mentale. TikTok affirme mettre en place des systèmes de sécurité, comme des filtres ou des outils de signalement. Mais Amnesty International souligne que la modération reste insuffisante. De nombreuses vidéos dangereuses restent en ligne malgré tout, et certaines réapparaissent même dans les recommandations.
Des restrictions nécessaires
Pour protéger les jeunes, Amnesty International demande plusieurs mesures concrètes, telles que : prioriser la protection de la santé mentale, rendre les algorithmes plus responsables et développer des outils de signalement efficaces pour les jeunes et les parents. À un âge où l’identité, les émotions et la confiance en soi sont encore fragiles, l’exposition à des contenus toxiques peut avoir des conséquences dramatiques.
Face à ce constat, la protection des mineurs n'est plus optionnelle. Plusieurs pays tels que l'Australie ont pris des mesures pour protéger les jeunes, et ont interdit certains réseaux sociaux comme Tiktok aux moins de 16 ans. Emmanuel Macron a lui aussi plaidé pour une loi allant dans le même sens. Cette proposition devrait bientôt être examinée par le Parlement.
Julie LE DENMAT, Samia ZAHID,
Avrile AMIARD, Kevin LE,
Riley MARCHAND
Santé mentale des jeunes : les algorithmes pointés du doigt
Sur Instagram ou TikTok, on pense choisir nos contenus. Ce sont les algorithmes qui nous choisissent. Jusqu’où influencent-ils notre santé mentale ?
Les algorithmes observent tous nos faits et gestes numériques : ce qu’on regarde longtemps, ce qu’on passe vite, les posts qu’on aime, qu'on partage, etc. Des calculs permettent ensuite de nous proposer les contenus les plus susceptibles de nous intéresser.
Une économie de l'attention
Les contenus de nos réseaux sont donc personnalisés. Les notifications reçues, les vidéos proposées, répondent à nos attentes, elles sont conçues pour stimuler notre cerveau et provoquer de petites doses de plaisir à chaque interaction. Cela nous pousse à rester connectés toujours plus longtemps. On perd toute notion du temps lorsque l’on est sur les réseaux. L’objectif pour le réseau social est simple : plus on reste, plus il engrange de données nous concernant, et plus il peut diffuser de publicités ou revendre nos données, et donc, générer des revenus.
Un intérêt pour l'utilisateur
En analysant ce que nous aimons, l’algorithme nous propose ainsi des contenus qui correspondent vraiment à nos centres d’intérêt. Par exemple, sur une plateforme comme YouTube ou TikTok, cela permet de découvrir des vidéos proches de ce que l’on aime, plutôt que de passer du temps à chercher soi-même. De la même manière, les moteurs de recherche comme Google utilisent des algorithmes pour afficher les résultats les plus utiles et adaptés à notre recherche, ce qui fait gagner du temps et rend la navigation plus efficace. En résumé, les algorithmes performants sont indispensables à l’expérience de l’utilisateur. Si ses algorithmes ne sont pas performants, les usagers se détournent du moteur ou du réseau.
Les effets négatifs des algorithmes
Mais bien qu’utiles, les algorithmes ont aussi des effets délétères. D’abord, ils renforcent les bulles d’information : ils ne montrent que des contenus proches de nos goûts ou opinions, sans jamais nous contredire, ce qui limite notre vision du monde et peut renforcer nos préjugés. Ensuite, ils nous surchargent d’informations, en multipliant les notifications et recommandations. Cela épuise mentalement et rend difficile la concentration. Ils augmentent aussi la pression sociale : il faut toujours se tenir au courant de l'actualité, on a toujours peur de "rater quelque chose". Cette exposition continue peut générer de l’anxiété. Enfin, ces incitations à rester toujours connectés favorisent l’addiction aux écrans au détriment du sommeil ou des activités réelles. Finalement, ces mécanismes peuvent créer un cercle vicieux de stress, de fatigue et d'isolement, surtout chez les jeunes les plus exposés aux écrans.
Comment s'en protéger ?
Du fait de nos activités numériques, nous sommes tous aujourd'hui entourés d'algorithmes. Il faut en comprendre les mécanismes afin de préserver sa santé mentale. Cela est possible grâce aux paramétrages des réseaux sociaux, à la réduction du temps d’écran, ou à la désactivation des notifications. Pour les plus jeunes, il est important que les parents gardent le contrôle sur leurs usages des réseaux.
M. GEHARD, J. FOURNIER,
A. FERRE, F. GUERINEAU
Santé mentale : la jeunesse en danger ?