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Sommaire
Page 2 :
- David Robo : « Être maire, c’est gérer le quotidien et préparer l’avenir »
Découvrez le rôle d'un maire, les coulisses de sa ville, ainsi que sa vision sur parité et engagement.
- « Un conseiller du CMJ est chargé d'embellir la vie des jeunes »
Interview d'Inès, conseillère municipale des jeunes à Vannes.
- Parité aux Municipales : avancée difficile ?
Échange avec Madame Sculo sur la parité en politique.
- Des anciens de l'Aurore sur les listes
De l'équipe Journalisme à la liste électorale.
Page 3 :
- Élu sur une île, difficultés et enjeux :
Le maire de l'île d'Hoëdic nous parle de son quotidien.
- « La minorité d'aujourd'hui peut être majoritaire demain »
Interview de Clément Le Franc, conseiller municipal d'hier, maire d'aujourd'hui.
- « Je m’étais juré de ne jamais venir à la mairie »
De menuisier à député.
Page 4 :
- Primo votants, un premier pas dans l'isoloir
Rencontre avec les jeunes votants de SFX.
- Langue de bois : les dessous du discours politique
Parler pour ne rien dire ?
- Du cours de philo au conseil municipal
Réflexions philosophiques sur la politique : l'engagement nouveau de Monsieur Grau.
- Les élections municipales en… Allemagne
Le déroulement des élections municipales en Allemagne
Au cœur de la démocratie locale
« La parole est dans les urnes ». Cette affirmation, mise en avant à la une, rappelle un principe essentiel : la démocratie repose sur la participation de tous. Mais une question se pose : qui prend réellement la parole aujourd’hui, et surtout, qui est entendu ?
À travers les articles de ce journal, une idée forte se dégage. Les jeunes ne sont pas en retrait de la vie politique. Beaucoup s’y intéressent, s’informent et, pour certains, s’engagent déjà concrètement. Les premiers votes, souvent décrits comme marquants, témoignent d’une prise de conscience citoyenne. D’autres formes d’engagement apparaissent, comme la participation aux conseils municipaux de jeunes, qui permettent de s’impliquer directement dans la vie locale. Ces expériences montrent que l’engagement ne disparaît pas, mais qu’il évolue.
Cependant, cet engagement se heurte à certaines limites. Le langage politique, parfois complexe ou perçu comme « langue de bois », peut créer une distance avec les citoyens, en particulier les jeunes. De plus, l’accès aux responsabilités politiques reste difficile, renforçant le sentiment que leur place est encore secondaire. Les témoignages d’élus ou de candidats montrent que s’engager demande du temps, de la persévérance et un réel investissement personnel, ce qui peut décourager certains malgré leur motivation initiale.
Pourtant, l’échelle municipale apparaît comme un espace privilégié pour rapprocher les citoyens de la politique. Les décisions locales ont un impact direct sur la vie quotidienne : aménagements urbains, transports, environnement, vie associative ou culturelle. Autant de sujets concrets qui concernent directement les jeunes et sur lesquels ils peuvent apporter un regard nouveau. C’est souvent à cette échelle que la politique devient la plus visible et compréhensible.
Ce numéro met aussi en lumière d’autres enjeux essentiels de la démocratie. La question de la parité, garantie par la loi depuis plusieurs années, rappelle que l’égalité dans la représentation reste un objectif à poursuivre. Les comparaisons avec d’autres pays montrent que les systèmes politiques varient, mais qu’ils partagent tous le même défi, celui de représenter au mieux l’ensemble de la population. Enfin, les parcours d’élus, expérimentés ou plus jeunes, illustrent la diversité des engagements possibles et les réalités concrètes du rôle politique.
Ainsi, les élections municipales de 2026 n’ont pas seulement été un moment de vote. Elles s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la place de chacun dans la démocratie. Voter reste un acte fondamental, mais il ne suffit pas à lui seul. Comprendre, débattre, s’engager et proposer sont autant de façons de faire vivre la citoyenneté.
Au fond, la démocratie n’est jamais acquise. Elle se construit chaque jour, à toutes les échelles et avec toutes les générations. Elle repose sur un équilibre fragile qui demande l’implication de chacun. Et dans ce mouvement, la jeunesse n’est pas seulement l’avenir de la démocratie, mais elle en est déjà un acteur essentiel.
François Luherne
Municipales 2026, la parole est dans les urnes !
| N° 17 - Avril 2026 - Les élections municipales | www.saint-francois-xavier.fr |
David Robo : « Être maire, c’est gérer le quotidien et préparer l’avenir »
Le maire de Vannes, David Robo, nous raconte comment la ville se pense, se construit et s’invente avec ses habitants.
Gérer le quotidien d’une ville, préparer son avenir, répondre aux enjeux de société ou encore encourager la participation citoyenne : le rôle d’un maire est multiple. À Vannes, l’édile résume lui-même cette fonction d’une formule simple : « un maire, c’est un couteau suisse ».
Dans la peau d’un maire : un rôle aux mille facettes
Écoles, crèches, voirie, urbanisme, sport, environnement… les missions d’un maire sont nombreuses. Pour David Robo, trois domaines paraissent essentiels pour les habitants : la petite enfance, l’école et les aînés. À Vannes, cela représente notamment près de 5 000 enfants scolarisés en maternelle et en primaire. Mais gérer une ville ne signifie pas seulement répondre aux urgences du quotidien. « Pour une ville, il faut avoir une vision à vingt ou trente ans », explique le maire. Cette logique de long terme se traduit par plusieurs projets, comme le futur centre d’intelligence artificielle qui pourrait accueillir près de 1 000 étudiants. La population est aussi consultée régulièrement lors de réunions publiques ou de conseils de quartier. « Oui, je consulte et j’écoute, mais la décision appartient au maire et au conseil municipal », rappelle-t-il.
Les défis vannetais
Avec 55 790 habitants et 180 000 dans son agglomération, Vannes reste une ville dynamique. Mais plusieurs défis persistent : le vieillissement de la population, le coût du logement et les problèmes de circulation. La municipalité cherche donc à attirer des familles, développer les transports en commun et améliorer les mobilités douces comme le vélo. La sécurité fait également partie des priorités. La ville dispose de 26 policiers municipaux et plus de 170 caméras de vidéoprotection, ce qui aurait contribué à une baisse de 20 % de la délinquance selon les autorités.
Parité : politique au féminin et au masculin
Dans les élections municipales, la parité hommes-femmes est obligatoire. À Vannes, la liste municipale compte 22 femmes et 22 hommes. Pour le maire, cette règle est positive : « les hommes et les femmes n’ont pas toujours la même vision de la ville ». Elle a aussi fait évoluer les rôles : aujourd’hui, certaines femmes occupent des postes auparavant confiés aux hommes, comme la sécurité. La ville organise également chaque année le « mois Elle », un mois d’événements consacrés aux droits et à la place des femmes.
Réveiller l’engagement citoyen
Engagé en politique depuis 25 ans, David Robo insiste aussi sur l’importance de la participation citoyenne. Il s’inquiète notamment de la faible participation des jeunes aux élections. Pour lui, voter reste pourtant essentiel : c’est un droit précieux que tous les citoyens devraient exercer. « Aller voter, ça prend un quart d’heure », rappelle-t-il.
Ainsi, David Robo s’est imposé dès le premier tour le 15 mars dernier avec 50,40 % des suffrages exprimés, signe de la confiance des électeurs.
François Luherne
Parité aux Municipales : avancée difficile ?
La loi sur la parité apporte son lot de changements et Sylvie Sculo, maire sortante de Séné, a bien voulu nous partager son avis sur le sujet.
En ce début d’année, l’Hexagone se plonge dans le sujet politique majeur que représentent les municipales, deuxième élection préférée des Français. La réforme de la loi pour la parité des listes électorales promulguée le 21 mai 2025 est « un sujet d'actualité mais souvent traitée de manière anecdotique » selon Sylvie Sculo. Les maires visant un nouveau mandat sont soumis à un mode de scrutin assez particulier : le scrutin proportionnel paritaire. Il met en valeur une égalité homme/femme.
Une mise en place complexe ?
Malgré l'avancée majeure que représente cette loi, la parité est au centre de complications pour certaines communes.
En effet, au sein des 25 000 municipalités comportant moins de 1 000 habitants en France, cette réforme peut particulièrement « générer des difficultés de recrutement » par manque d'inscrits sur la/les liste(s) électorale(s).
Une dérogation facilitant la création des listes dans ces communes existe mais la difficulté à présenter une liste paritaire complète reste présente dans certaines.
Du côté des communes de plus de 1 000 habitants, la loi a « étendue et donc normalisé la présence de femmes dans les exécutifs locaux. Il est de moins en moins difficile de recruter. Certaines têtes de liste ont même parfois du mal à recruter des hommes ! ».
Un vent d’émancipation
La loi sur la parité fut à l’initiative de nombreux progrès en matière de représentation des femmes dans le monde politique : les femmes représentent aujourd’hui 42,2 % des conseillers municipaux.
Néanmoins, seulement 20 % environ des femmes sont maires aujourd'hui. Il faut malgré tout se demander si « le pourcentage ne serait pas encore plus bas sans la loi » et retenir que « le nombre de communes de moins de 1000 habitants jusqu’alors non soumis à la parité est particulièrement important ».
« Certes, cela ne change pas la question de la tête de liste homme mais si vous regardez les grandes villes beaucoup sont dirigées par des femmes : Paris, Rennes, Nantes... ».
Une place importante
« Toutes les sociétés et de tout temps se porte mieux quand les questions de l’égalité sont mieux prises en compte ».
Aujourd'hui il est nécessaire que les femmes puissent « peser sur les décisions de ce qui fonde la vie locale ».
« Quel poids en tant que politicienne ? »
« Une fois devenu maire, pour une femme comme pour un homme il y a un renoncement certain à une certaine tranquillité. La charge mentale est forte car il y toujours un sujet qui préoccupe »
« Mon message à ce sujet est qu’il faut, en plus des questions de parité, être attentif à ne pas réserver aux femmes les secteurs vécus comme féminins (social, enfance, …) ».
Jules Pouchoux,
Tom Garel
Inès : « Un conseiller du CMJ est chargé d'embellir la vie des jeunes »
Le conseil Municipal des Jeunes (CMJ) créé pour les collégiens à la recherche de responsabilités concrètes à Vannes.
Le Conseil Municipal des Jeunes permet aux collégiens de 4e et de 3e de participer à la vie de Vannes, de leur donner une place dans la vie locale et de recueillir leurs idées concernant Vannes grâce aux nombreux projets menés par les conseillers du CMJ.
J'ai demandé à Inès Debbabi, lycéenne et membre du CMJ vannetais depuis 2024, de répondre à mes questions.
Comment s'inscrire ?
Le CMJ annonce les ouvertures des candidatures pour devenir conseiller municipal via le site officiel de la mairie vannetaise. Il faut ensuite écrire une lettre indiquant ses motivations pour devenir membre. Chaque conseiller choisit son groupe parmi trois propositions : la culture, le sport et le loisir (premier groupe), culture et du patrimoine (deuxième groupe) et, enfin environnement et intergénérationnel.
Les conseillers sont élus pour un mandat de deux ans par les conseillers municiapux déjà présents et vont représenter les établissements et centres sociaux de Vannes. Ils travaillent et réfléchissent sur les domaines du sport, des loisirs, de la culture et de l'environnement.
Quels sont les projets réalisés ?
Le CMJ permet aux jeunes d'agir concrètement en mettant en place des projets qui leur tiennent à coeur. Plusieurs animations divertissantes ont été proposées commme un Kahoot géant à faire avec les enfants sur l'histoire de la Bretagne. L'installation de fontaines à la mairie ainsi que les jardins canins ont été réalisés grâce aux jeunes. Ils ont visités l'Assemblée Nationale et le Panthéon grâce au budget participatif annuel. Ils rencontrent Anne Le Hénanff, nouvelle ministre de l'IA et du Numérique depuis octobre 2025.
Une "boîte mal-être" !
Aujourd'hui, tous les Vannetais peuvent proposer un projet via la plateforme du CMJ (www.jeparticipe.vannes.fr). Inès a proposé une “boîte mal-être”qui permettra aux adolescents de partager leurs ressentis afin que les conseillers comprennent ce que vivent les jeunes vannetais.
Quel est le rôle des conseillers du CMJ ?
Ces conseillers jouent un rôle très important auprès de ces jeunes. Ils sont leur porte-parole et améliorent leur quotidien. Ils sont solidaires entre eux et favorisent l'adhésion. Ils assistent à des conseils municipaux privés entre paticipants,qui se déroulent dans la maison des associations située au 31 rue Guillaume Le Bartz. Les conseillers passent une journée ensemble une fois par mois afin de se remémorer leur dernier rassemblement et les projets en cours. Comme l'a très bien expliqué Inès : « Un conseiller du CMJ est chargé d'embellir la vie des jeunes ».
D'après la mairie de Vannes, faire partie du CMJ, c'est « le moyen de s'exprimer et ainsi d'être le relais auprès de l'équipe municipale ».
Gabrielle Bénéat Roques
Des anciens de l'Aurore sur les listes
Ewenn Broudic et Jeanne Manic, deux anciens membres de l'équipe journalisme sont sur les listes éléctorales.
Pourquoi se présenter ?
Ewenn : Je m'intéresse à la politique mais plutôt au niveau national et cette élection a été pour moi une occasion d’en apprendre plus sur la politique locale et les enjeux qu’elle comprend. En effet, même si les décisions nationales sont cruciales, les décisions locales le sont tout autant car elles concernent des sujets comme le logement, les transports et même l'urbanisme d’une ville. Et justement participer à cette élection m’a permis d’en apprendre plus sur les enjeux des élections locales.
Que faites-vous pour la campagne éléctorale ?
Jeanne : Nous sommes allés à la rencontre des citoyens, par le biais de réunions publiques ou de porte à porte. Nous avons aussi été présents sur le marché de la commune, organisé des opérations de boitage. J’ai aussi eu l’opportunité d’organiser une soirée d’échange à destination des jeunes de la commune.
Avez-vous participé à la rédaction du programme ?
Jeanne : J’ai effectivement pu participer à l’élaboration de projets. La rédaction s’est faite en concertation avec tous les membres du collectif, chacun a pu apporter sa pierre à l’édifice.
Est-ce important pour vous de voter ?
Ewenn : Oui, pour moi c’est primordial cela fait partie de notre devoir de citoyen et, de plus, les élections municipales sont cruciales vu que ce sont ces élus qui élisent ensuite les membres du sénat.
Selon-vous les citoyens participent-ils assez à la vie politique ?
Ewenn : Pour moi les citoyens ne votent pas assez quand on regarde par rapport à un scrutin municipal comparable comme celui de 2014. On voit que le taux d'abstention augmente légèrement. On le voit particulièrement chez des jeunes qui ne se sentent souvent pas concernés par les enjeux politiques, ce qui est compréhensible.
Ainsi, nous voyons que l'engagement des jeunes est nécessaire partout et leur investissement influence les nouvelles générations. Ce premier engagement pour Jeanne est une victoire. En effet, sa liste a été élue dès le premier tour !
Aurore David
C. Le Franc : « La minorité d'aujourd'hui peut être majoritaire demain »
Clément Le Franc, 32 ans, interrogé, avant les élections, sur son rôle de conseiller dans l’opposition au sein du conseil municipal de Séné, a évoqué son expérience.
Faisant partie d’un groupe de trois élus de l’opposition à Séné, Clément Le Franc nous dit : « La minorité d'aujourd'hui peut être majoritaire demain grâce au travail et au dévouement pour sa ville ». Ce rôle lui impose d’exiger plus de rigueur à la majorité. Selon lui, sans l’opposition, des dérives auraient eu lieu.
Un engagement de longue date
Après plus de quinze ans d'engagement bénévole dans les associations locales, son intérêt pour les sujets municipaux a débuté en 2018 quand les projets de l'équipe précédente étaient à ses yeux absurdes. Clément Le Franc s’est naturellement engagé pour les élections municipales de 2020. Figurant en 3e position à l'époque, il a été élu dans l'opposition.
L’engagement de Clément Le Franc est motivé par son objectif à vouloir changer la façon de gouverner la ville de Séné et apporter une vision différente à une population demandeuse. Ses priorités sur le mandat qui se terminait, étaient de défendre les intérêts des Sinagots en prônant une vision équilibrée et non idéologique de l'approche politique.
Cette année, il est de nouveau sur une liste électorale. Après six ans de travail, une équipe l'a soutenu pour porter une liste. Cette présentation est due au soutien de nombreux Sinagots et à l'importance qu'il porte au fait de pouvoir, réellement et concrètement, apporter une vision plus consensuelle auprès de la population.
Un engagement bénévole entre travail et contraintes
Pour une ville comme Séné, cet engagement est bénévole et au service de la population. Clément Le Franc passe en moyenne une dizaine d'heures par semaine à se consacrer à son rôle de conseiller municipal, ce qui peut paraître important pour un élu d'opposition. Selon lui, ce temps est nécessaire pour être au point lors des élections. Il est difficilement compatible de se présenter pour être maire et de ne pas avoir travaillé sur ses dossiers. Son travail a été récompensé le 22 mars dernier, la liste "Ensemble pour Séné" conduite par Clément Le Franc, a obtenu 51.5 % des suffrages au second tour.
De nombreuses contraintes
Il nous explique que le rôle de conseiller municipal comporte de nombreuses contraintes dont la principale est l’exposition permanente. Clément Le Franc souhaite réussir à faire comprendre à la population qu'il y a des moments où les conseiller municipaux ont aussi besoin d'être en famille et entre amis.
De plus, Clément Le Franc nous dit combattre avec vigueur les citoyens dévalorisant la fonction de conseiller municipal.
Thibault Miché
Michel Criaud : « Je m’étais juré de ne jamais venir à la mairie »
Rencontre avec le député et maire de Muzillac, Michel Criaud.
Élu local depuis plus de vingt ans, devenu maire en pleine crise Covid puis député en 2025, cet ancien artisan du bois revendique un parcours atypique. Entre proximité et engagement national, il garde une ligne claire : rester utile.
A l'origine,Il n’avait pas prévu de faire de la politique. « Je m’étais juré de ne jamais aller à la mairie » déclarait Michel Criaud. Menuisier de métier, il était alors bien loin des urnes et des conseils municipaux.
Et pourtant. Depuis 2001, il n’a plus quitté la vie publique de Muzillac et deviendra même député en 2025.
Un homme de terrain avant tout
Pour Michel Criaud, avant la politique, il y a l’atelier et plus particulièrement un engagement fort pour défendre les métiers du bois. Il travaille au niveau national, la promotion de la filière notament en participant à la définition des diplômes et représentant même la France sur des dossiers européens liés aux menuiseries extérieures.
« On a recensé toutes les fenêtres fabriquées en Europe. J’en ai moi-même produit pour tester les certifications », raconte-t-il.
Un parcours technique, concret, qui façonne sa manière de voir les choses : pragmatique et tournée vers les solutions.
Vingt ans d’engagement local
En 2001, il devient adjoint au maire. Un premier pas qui devait être temporaire. Il durera plus de vingt ans.
Cadre de vie, développement durable, projets pédagogiques… il s’investit pleinement. Parmi ses initiatives, une journée dédiée à l’eau pour sensibiliser les jeunes : « Dans chaque projet, l’eau est centrale. »
Sans étiquette revendiquée, il assume une approche écologique transversale : « Ce n’est pas une question d'être écologiste ou non, Il faut juste faire attention à ce qui nous entoure. »
À l’intercommunalité, il prend en charge le développement économique notamment les zones d’activités, les soutiens aux entreprises : « Là, je me suis éclaté. »
Maire en pleine crise sanitaire
En 2020, il accède au poste de maire, dans la continuité de Jo Brohan. Mais le contexte est inédit : la crise sanitaire bouleverse tout.
Élu en mars, officiellement en fonction en mai, il doit immédiatement faire face à des décisions lourdes. « Ce n’était pas simple. »
Depuis, il garde une boussole claire : répondre aux besoins des habitants.
Logement, attractivité, vie associative (78 associations), services… « Être maire, c’est être capable de tout gérer. Une inondation, un accident, accompagner une famille. Il faut aimer les gens. »
Le virage national
En 2022, il devient suppléant de la député Anne Le Hénanff. Le courant passe immédiatement. Les résultats électoraux suivent.
Puis, en 2025, tout s’accélère : la députée est nommée ministre, et le Muzillacais entre alors à l’Assemblée nationale notamment à la
Commission de la Défense, au groupe d’amitié France-Vietnam dont il est le président… Une nouvelle dimension qu’il aborde avec sérieux.
« Ce que je vis est extraordinaire. Mais je reste moi-même. »
« Je viens du concret »
À Paris, il assume son profil atypique. « Je ne suis pas passé par les grandes écoles. Je suis menuisier. »
Une différence qu’il revendique. « J’ai appris avec le terrain, avec les gens. »
Dans un monde politique souvent critiqué pour son éloignement de la vie réel, il défend une autre approche plus directe, plus ancrée.
Garder le cap
Entre Paris et Muzillac, il jongle désormais avec deux responsabilités. Mais son objectif reste le même : être utile.
« Comprendre qui vit sur le territoire, répondre aux besoins, faciliter le quotidien. »
Dans une commune attractive mais confrontée à des défis démographiques, il insiste sur une priorité : le logement et l’accueil de jeunes actifs.
Jules OLIVIER
Elu sur une île, difficultés et enjeux
Avant les élections municipales, le maire d'Hoëdic Jean-Luc Chiffoleau, nous a fait part de son quotidien de maire insulaire.
Âgé de 78 ans, Jean-Luc Chiffoleau s'est présenté pour son troisième mandat en tant que maire de l'île, une commune de 104 habitants comprenant trois commerces, qui est la plus petite du Morbihan. Cependant, ce lieu est peuplé de plus de 2400 habitants au pic de la saison, avec une augmentation du nombre de commerces, passant de trois à neuf.
Oui, je me représente
« Oui, je me représente » déclare le maire. Seul à se représenter à la tête d'une liste sur son île, il l'a indiqué dans sa profession de foi, il se représente en attente de trouver un successeur. Mais il le fait avec envie, déplorant toutefois que « ce ne soit pas très démocratique », d'autant qu'il pense à une possible abstention d'une partie de la population. Espérant par la suite qu'il y aura au moins deux listes à se présenter dans le futur.
La volonté comme moteur
« Pour être maire, il faut avoir de l'empathie, du contact, et savoir allier politique et volonté des habitants » déclare Jean-Luc Chiffoleau. Néanmoins, faire deux mandats de suite a développé un défaut chez le maire : « Prendre des décisions seules, faire cavalier seul sans prendre en compte ses citoyens ». Conscient de ce problème, il essaye de le pallier du mieux qu'il peut.
Une île engagée
« L'île, comme toutes les communes, est touchée par le réchauffement climatique, mais Hoëdic est plus touché que les autres communes. Depuis que je suis maire, le trait de côte a reculé de plus de vingt mètres et chaque tempête dégrade durement l'île. Nous n'avons pas encore eu d'hiver ». L'île a eu l'idée de nombreuses initiatives en la matière. Un relevé du trait de côte régulier qui permet de se rendre compte de la réalité.
Un souvenir marquant
« L'épisode du Covid fut marquant. Nous avons pu mettre en œuvre une solidarité jamais réalisée et testée avant. Nous étions coupés du monde avec un bateau par semaine qui nous ravitaillait. Nous avons dû nous organiser différemment, dans un autre climat. » se souvient Jean-Luc Chiffoleau.
L'avenir en tête
Fort de son expérience, le candidat à sa succession se montrait pessimiste pour l'avenir de l'île. En effet, elle est confrontée à de nombreuses difficultés, dont le « remplacement des habitats permanents par des résidences secondaires. Ceci avec la globalisation menace durement la pérennité de l'île. Je crains que nous puissions finir sous la tutelle d'une grande commune dans l'avenir. Nous serons confrontés aussi à un possible trop plein de touristes et à une accélération du réchauffement climatique. Et les côtes reculeront encore probablement. »
Le résultat encourageant
Malgré la seule liste, 72,97 % des citoyens de l'île ont voté, enregistrant peu d'abstention. Le taux de participation moyen dans le Morbihan est de 72.7 %. Ce qui est encourageant pour la suite.
Arthur Besnier
Les élections municipales en… Allemagne
Le système électoral allemand fonctionne-t-il vraiment comme celui de la France ?
Quatre à six semaines avant le début des élections locales, à Leipzig (Saxe), les habitants reçoivent un avis de vote. Cet avis les prévient des futures élections qui se déroulent en général un dimanche. Pensé pour maximiser la participation, le calendrier électoral s'aligne sur le jour de repos hebdomadaire des électeurs afin de faciliter leur passage aux urnes.
Que se passe-t-il lors du vote ?
La méthode de vote est la même qu’en France pour élire un maire, le vote n’est donc pas obligatoire. Le citoyen se rend dans un bâtiment public et peut procéder au vote.
Les coulisses du vote allemand
En Allemagne, une des conditions principales pour voter est de posséder la nationalité allemande. Les citoyens allemands ou les personnes de l’Union Européenne qui vivent en Allemagne depuis trois mois peuvent voter aux élections municipales.
Le maire est élu au suffrage universel direct, c'est-à-dire par les citoyens disposant du droit de vote. En temps normal, le mandat d’un maire, en Allemagne, dure 8 ans et il faut avoir 18 ans pour se représenter. Les rares exceptions concernent l’élection du Landtag de Hesse, ici, l'âge est de 21 ans minimum et Brandenburg où les citoyens peuvent voter à partir de 16 ans. En Allemagne, en février 2025, le taux de participation était plutôt élevé avec 82,5 % des électeurs qui ont voté.
Le maire actuel est Burkhard Jung. Il est le 21e maire de Leipzig. Il a été élu pour la première fois en 2006.
Marie-Sarah Blondeau
Langue de bois : les dessous du discours politique
La parole politique au cœur des débats : on vous dévoile les coulisses du discours !
À chaque période électorale, les discours politiques occupent une place centrale dans l'espace publique. Les candidats multiplient les prises de parole pour présenter leur projet et convaincre les électeurs : interviews, débats, réunions publiques... Pourtant, derrière certaines formulations soigneusement construites, il arrive que le sens reste étonnamment difficile à saisir.
« Ce sont toujours des discours qui cherchent à arrondir les angles. »
Pour Constance, élève en terminale :
« la construction des propos en politique leur fait perdre tout sens. Ce phénomène bien connu de la communication politique porte un nom : la langue de bois ».
On parle de langue de bois pour décrire une manière de s'exprimer qui privilégie les formulations vagues, les généralités ou les phrases longues, au détriment de réponses précises. Le discours paraît structuré, parfois même convainquant. Selon Lisalou, jeune primo votante, « les discours politiques ne sont plus pris au sérieux lorsqu'ils emploient des termes compliqués, qui sortent de l'ordinaire ».
Mais à y regarder de plus près, ils contournent souvent la question initiale plutôt que d'y répondre clairement. A une interrogation sur les transports, un candidat pourra ainsi évoquer « L'amélioration de la mobilité urbaine » ou « Le développement de solutions adaptées aux besoins des habitants » sans indiquer clairement les changements envisagés. Ce type de réponse, en apparence construit, laisse pourtant subsister une incertitude.
L'usage de la langue de bois n'est pas nécessairement un hasard. En politique, chaque mot peu être interprété, commenté ou critiqué. Répondre trop clairement peut exposer un candidat à la polémique ou à l'engager dans une promesse difficile à tenir.
« Les discours sont larges et finissent par ne rien dire »
Toutefois, il convient de nuancer ce constat : cette manière de s'exprimer ne relève pas uniquement d'une volonté d'évitement. Elle peut aussi traduire la complexité des sujets abordés, qui ne se prêtent pas toujours à des réponses simples ou immédiates. Les formulations plus générales permettent alors de rester prudent tout en donnant l'impression d'apporter une réponse. La langue de bois reste ainsi l'une des caractéristiques les plus reconnaissables du langage politique.
Joséphine Amedeo,
Cléa Radigois-Le Gal,
Téthys Gouray Pichon
Du cours de philo au conseil municipal : l’engagement d'Alain Grau
Alain Grau se présentait sur une liste pour les municipales. Nous l'avions rencontré avant le scrutin afin de recueillir sa vision philosophique de l'engagement politique.
Bonjour Monsieur Grau, vous êtes candidat aux prochaines élections municipales. Quelles sont vos motivations ?
Je n'envisage pas de rôle précis, j'aimerais simplement servir dans ce que je pense être capable de faire. Mon unique but est d'aider les gens à moins mal vivre.
En quoi votre parcours de professeur de philosophie influence-t-il votre perception de l'engagement politique ?
Je n'ai pas attendu d'enseigner la philosophie pour m'engager ! Je ne suis pas parti de la philosophie pour alller vers la politique. C'est une question de liberté : j'aimerais la mettre en oeuvre afin de faire ce que je sais faire du mieux possible.
Donc, qu'est-ce que la philosophie peut apporter à la gestion d'une commune ?
Ahah, beaucoup et rien ! La pratique de la philosophie consiste à décrire une existence banale en expérience universelle, elle permet de séparer les intérêts personnels de ceux de tous. La philosophie apporte une conscience de l'existence singulière et distingue le rêve de l'idéal. Mais l'espérance est viscérale, le rêve doit être là sans hypothéquer l'avenir des autres. L'action politique doit être pour les générations futures. Et la philosophie permet de percevoir le temps de l'action.
Et alors, qu'est-ce qu'un bon maire, selon vous ?
Un bon maire est le maire de tous les habitants. L'étymologie de « politique » signifie « pour la cité », le maire doit donc être celui des plus pauvres en pauvreté humaine, comme la pauvreté spirituelle. La mairie ne doit pas faire de bénéfices : tout doit revenir aux plus pauvres. Un bon maire est celui qui sait que, dès qu'il va lever le petit doigt, il va engager la génération suivante.
Selon vous, quelles sont les valeurs philosohiques à appliquer en politique ?
L'existence selon le philosophe contemporain Emmanuel Levinas : la vie pour les autres. Le fait d'être responsable, de communiquer les soucis des autres aux autres.
Joséphine Amedeo,
Téthys Gouray
Primo votants, un premier pas dans l'isoloir
À l'occasion des élections municipales, de nombreux lycéens de Saint-François-Xavier ont voté pour la première fois.
Au fil du temps, les jeunes se rendent de moins en moins aux urnes. Selon l'INSEE, en 2002, 31,4 % des 18-29 ans ont voté à tous les tours des élections nationales. En 2022, 17,3 % des 18-29 ans votaient systématiquement soit quasiment deux fois moins. Avant les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 derniers, nous sommes partis à la rencontre d'élèves de Saint-François-Xavier appelés à voter pour la première fois. Un premier vote pour une nouvelle aventure dans le monde de la politique.
L'importance du vote pour nos lycéens
En 1944, le droit de vote universel est instauré en France, ainsi l'intégralité de la population française peut se rendre aux urnes. Les élèves de Saint-François-Xavier interrogés accordent une importance élevée au vote. Selon Joséphine, le droit de vote est « important pour participer à la vie politique et remplir son rôle de citoyen ». Aller voter est important « car c’est un devoir de citoyen français », nous dit Pierre-Louis.
Le vote constitue l'un des principaux moyens d'expression des citoyens au sein d'une démocratie. Selon le CREDOC (Centre de Recherche pour l'Étude et l'Observation des Conditions de vie), pour 40 % des Français, le vote est la forme d'engagement politique la plus efficace. Pierre-Louis nous dit que le vote, à l'échelle d'une personne, a un impact décisif, mais d'après lui, il est inconcevable de se plaindre d'un résultat d'élection ou des décisions d'un candidat élu si on ne vote pas et/ou ne participe pas à la vie politique.
Une appréhension face à son premier vote
En France, selon l'INSEE, en 2022, 23,7 % des inscrits âgés de 18 à 24 ans ne se sont pas rendus aux urnes. Cette abstention peut être dûe à une appréhension des jeunes vis-à-vis du vote. Téthys nous dit ne pas s'être vraiment intéressée en profondeur aux programmes de chacun des candidats se présentant dans sa commune. Elle nous dit aussi ne pas avoir de repères en politique hormis les idées transmises par ses parents qu'elle ne souhaite pas suivre préférant se forger sa propre opinion sur le sujet.
Baptiste Mergel, Thibault Miché, Méwen Chevalier