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Paul, né dans la marmite Emmaüs
Il le dit de lui-même : « Je suis né dans la marmite Emmaüs ». Paul Kapelski est né des amours d'un compagnon et d'une compagne, tous les deux membres de la communauté Emmaüs de Poitiers. Malgré son handicap visuel sévère, Paul a passé avec succès son bac pro de secrétariat, mais n'a jamais trouvé d'emploi. Du coup, il a rejoint Emmaüs et c'est devenu sa famille au décès de ses parents. Aux Essarts depuis 2011, il travaille au rayon jouets et se sent bien, à 39 ans, parmi la cinquantaine de compagnons de la communauté : « Tant que ce sera la cas, je ne vois pas pourquoi je partirais ».
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Ana : du Honduras aux Essarts
Un beau jour, Ana Fajardo, a fait ses valises. C'était au Honduras (Amérique centrale). Direction, la France dont elle avait appris des bribes de la langue au lycée. La voilà à Emmaüs Paris, puis enchaîne avec un mini tour des communautés et débarque aux Essarts. Cette ancienne employée de banque passe vite du statut de compagne accueillie au poste d'encadrante technique du site de Vairé. Aujourd'hui, nouveau cap, elle est responsable de l'ensemble de la communauté Essarts-en-Bocage Pays-des-Olonnes. Cinquante-six compagnons et compagnes de 17 nationalités à gérer. Plus sept salariés.
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Brigitte, une bénévole à la page
Les livres sont son domaine. Brigitte Maindron est bénévole à Emmaüs Les Essarts depuis 3 ans. Ayant travaillé pendant 30 ans dans l'univers de la bibliothèque, elle met sa passion des livres au service de la librairie solidaire dont les rayons sont garnis de centaines (de milliers ?) d'ouvrages. Brigitte fait partie de la grande équipe des 80 bénévoles qui, chaque jour, réceptionnent les dons, assurent le tri des objets et préparent ces derniers pour la vente. Des bénévoles qui donnent tantôt une journée, tantôt plusieurs jours par semaine pour le bon fonctionnement de la communauté des Essarts-en Bocage Pays-des Olonnes.
La grande famille Emmaüs vous accueille
La communauté Emmaüs des Essarts-en-Bocage Pays des Olonnes inaugure les 12 et 13 juin 2026 les locaux rénovés et mis aux normes de son site historique des Essarts. Ces travaux avaient un double objectif : assurer une meilleure réception du public dans la sécurité, procurer un confort amélioré à ceux que la communauté accueille, compagnons et compagnes d'Emmaüs, et à ceux qui travaillent aux côtés de ces derniers soit comme salariés - ils sont huit - soit comme bénévoles (ils sont 80). A peu près 150 personnes au total.
Le site remis au goût du jour va permettre à Emmaüs de conforter sa mission d'accueil des personnes qui frappent à sa porte pour les aider à rebondir dans la vie et (re)trouver leur place dans la société. Transmettre les valeurs fondamentales d'Emmaüs, lutter contre la misère et ses causes, impliquer les jeunes générations, renforcer l'action de la communauté au sein de son territoire, venir en aide aux autres dans le monde : autant d'actions concrètes à mettre en oeuvre collectivement au quotidien.
Ce journal a été entièrement réalisé par des membres d'Emmaüs. Il vous fait pénétrer dans les coulisses de la communauté, vous présente celles et ceux qui en assurent la vie au quotidien. Ce fut une aventure collective. Un challenge pour beaucoup de ses auteurs qui n'avaient jamais participé à pareille aventure. Lister des sujets, les partager, faire des interviews, réaliser des reportages. Ce n'était pas évident. Faire un travail d'équipe, c'est encore créer du lien. Idée chère à Emmaüs. Bonne lecture, bonne visite.
| N° 1 - Juin 2026 | https://www.emmaus-essarts.org/ |
Emmaüs en route vers un avenir nouveau
L'association inaugure à la mi-juin 2026 son site historique rénové des Essarts. Interview à trois voix.
Robert Droin et Christelle Moreau, co-présidents, et Jean-Louis Giraud, secrétaire général, répondent aux questions sur cet avenir nouveau que les locaux réaménagés, modernisés et remis aux normes promettent à Emmaüs.
Emmaüs a vécu un vrai traumatisme avec les révélations sur l'abbé Pierre. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ?
Ce fut un coup de tonnerre concernant un homme qui était, pour beaucoup de nos compatriotes, une conscience morale. Le Mouvement assume les errements de son fondateur, décédé en 2007, et ses conséquences financières (victimes).
Mais, aujourd’hui, Emmaüs c’est nous : 16 000 personnes en France et, modestement, près de 150 personnes dans notre communauté, compagnons, bénévoles et salariés.
Vous avez tourné la page de ce moment douloureux. Mais pas des valeurs qui font la marque d'Emmaüs. Vous pouvez nous les rappeler ?
Partage, respect, fraternité, solidarité.
En quoi ont consisté les travaux réalisés sur le site des Essarts ?
Une contrainte administrative de remise aux normes s’est transformée en une réflexion plus prospective : améliorer le cadre de vie des personnes accueillies (compagnons, bénévoles) tant dans leur logement que dans leurs conditions de travail, mieux accueillir nos visiteurs, grâce à qui nous pouvons mener notre projet : donateurs comme acheteurs.
Comment ont-ils été financés ?
Par le travail réalisé en interne et par l’épargne de ces 15 dernières années. Plus un emprunt auprès de notre banque, le CMO.
Emmaüs reçoit-il des subventions ?
Notre communauté refuse toute subvention de fonctionnement. C’est le prix à payer pour notre liberté de parole et d’action. Elle peut, comme tous les citoyens ou entreprises de ce pays, solliciter des subventions d’investissement. Ce ne fut pas le cas pour ce projet.
À quoi servent les fonds provenant de l'activité d'Emmaüs ?
Tout d’abord, à faire vivre les personnes accueillies, à maintenir la communauté et le projet communautaire. A venir, ensuite, en aide aux « plus souffrants ». Les différents groupes du Mouvement pratiquent une aide financière vis-à-vis des groupes qui le sollicitent.
Nous accompagnons mensuellement, sur le plan financier, les groupes SOS Familles Emmaüs Vendée et 100 pour 1 Vendée Ouest (lire page 9). Nous prêtons du matériel à des compagnies théâtrales, nous donnons des livres à des associations en Afrique ou dans les pays de l’Est …
Combien de compagnons et de compagnes la communauté accueille-t-elle aujourd'hui ? D'où viennent-ils ?
Nous accueillons 56 compagnes et compagnons de 17 nationalités différentes auxquels s’ajoutent 5 anciens compagnons venant de quitter la communauté et logés dans notre maison relais « La Belle Entrée », dans l’attente d'un logement (lire page 8)
Qu’apporte Emmaüs aux compagnons et qu’attend Emmaüs en retour ?
Nos compagnes et compagnons travaillent en collaboration avec 80 bénévoles, sous la direction d’une équipe technique. Ils peuvent améliorer leur niveau de français, apprendre à développer leur sens du travail en équipe.
Un programme d’accompagnement de 150 heures sur 6 mois, construit avec la Maison familiale rurale de La Ferrière, leur permet de se familiariser avec les différentes institutions françaises et de présenter une demande d’emploi à un patron. Un autre programme permet une préparation aux examens de niveau de français DELF.
Combien de temps un compagnon reste-t-il à Emmaüs ? Peut-il y demeurer jusqu'à sa retraite et au-delà ?
Emmaüs assure un accueil inconditionnel, selon ses disponibilités. Une personne accueillie comme compagnon peut demeurer le temps qu’elle souhaite dans la communauté et continuer à bénéficier du statut.
Celui qui est en rupture avec sa famille peut également demander à être enterré auprès des autres compagnons dans le carré Emmaüs au cimetière des Essarts.La communauté fonctionne sur deux sites, les Essarts et Vairé, près des Sables-d'Olonne. Ce n'est pas évident. Le site de Vairé est-il appelé à devenir autonome ?
Tous les compagnes/ compagnons logent aujourd’hui aux Essarts. Le site de Vairé a été ouvert en 2016, car la communauté souhaitait disposer d’un site près de la côte et se rapprocher de ses donateurs et acheteurs du bord de mer.
En accord avec la mairie, des terrains inexploités à caractère agricole ont été achetés afin de pouvoir y construire une résidence pour les compagnons. Un changement de municipalité, en 2020, est venu contrarier ce projet, auquel nous ne renonçons pas.
En attendant une solution raisonnable, nos compagnons font deux fois 55 km chaque jour : un pis-aller peu favorable ni à la planète ni à la santé de nos compagnons.
Propos recueillis
par Alain LEGOUPIL,
bénévole Emmaüs
et Paul KAPELSKI,
compagnon Emmaüs.
Un peu d'histoire
1978. Naissance de l'association Emmaüs Vendée. Organisation des premières collectes et gestion d'un dépôt boulevard Leclerc à La Roche-sur-Yon.
1981-1982. Première communauté à Venansault.
1983. La communauté déménage de Venansault aux Essarts.
1985. Ouverture d'un bric-à-brac, rue Paul Doumer à La Roche-sur-Yon (qui ferme en fin 2003).
Ouverture d'une deuxième communauté à Saint-Michel-le-Cloucq, en sud-Vendée.
1987. Création de l'association SOS Familles Emmaüs.
2006. Construction d'une résidence sociale pour les compagnons, aux Essarts.
2008. Ouverture d'un deuxième site, rattaché à celui des Essarts, à Château-d'Olonne.
2016. Transfert du site de Château-d'Olonne à Vairé.
2017. Création de l'association 100 pour 1 Vendée Ouest..
2026. Inauguration des locaux rénovés des Essarts.
Joëlle, compagne, salariée, bénévole
Joëlle, de son nom complet Joëlle Dauvergne, a tout connu d'Emmaüs depuis ses débuts à Venansault. Devenue bénévole, elle tient à jour les archives photo d'Emmaüs.
« Que c'est lourd ! » Quand Joëlle arrive avec ses sacs pleins d'albums photo, elle traîne avec elle 44 ans d'histoire d'Emmaüs.
Si vous demandez Joëlle à Emmaüs, ne vous attendez pas à en voir plusieurs arriver. Joëlle est unique. Elle est même doublement unique, car elle est la seule à présenter ces états de service : compagne, puis salariée et, aujourd'hui, bénévole. Et même triplement unique, car elle est la plus ancienne (encore présente) de la grande famille Emmaüs. En 1982, elle était déjà là : « Nous étions 17 au démarrage ».
Pas facile de faire le tour de Joëlle, tant elle a de choses à raconter. Sur ses lèvres, les souvenirs se bousculent. Et elle a tant de choses aussi à montrer : « Tiens, là, dit-elle, en ouvrant un premier album, c'est l'article d'Ouest-France qui rend compte du déménagement de Venansault aux Essarts en 1983 ».
Sur la photo qui illustre l'article, sont alignés contre le mur de la grange, Robert, Gérard, Marguerite, Michel et Régis, dit "Pépé", l'homme à la barbe de père Noël.
Dès son âge de 16 ans
C'est à Venansault, en 1981, que voit le jour la première communauté Emmaüs de Vendée, mais le vrai démarrage n'intervient que l'année suivante. Ça n'a pas été simple cette naissance à la Babinière. Une ferme avec son hangar, où les premiers compagnons font de la récup' et de la vente. Un autre temps.
Mais, le bon temps avec, déjà, cette vie de famille. Celle qu'elle aime, même si, avec les années, dit-elle, les conditions ont un peu changé. Mais, toujours fidèle au poste Joëlle.
Joëlle, de son nom complet Joëlle Dauvergne, est venue à Emmaüs « de manière un peu inconsciente ». Mais, ce qui détermine cette fille du Charolais grande itinérante, c'est sa participation, à 16 ans, à un camp de jeunes Emmaüs dans sa région natale.
Une vie à Emmaüs
De Poitiers à Chatellerault, elle finit par atterrir à Venansault où elle s'installe avant de repartir à Chatellerault, et de revenir pour de bon en Vendée. Elle sera, tour à tour, compagne, à ses débuts, puis salariée jusqu'à sa retraite en 2022, et, enfin, bénévole.
Joëlle a tout connu d'Emmaüs : « Jusqu'à faire de l'accueil vacances pendant quelques années, pour des compagnons dans un bungalow monté dans mon propre jardin à Landeronde, où j'habitais alors ».
Aujourd'hui, à 69 ans, Joëlle donne encore un jour par semaine à Emmaüs. Elle est au tri des vêtements de bébé et de petite enfance. Et tient à jour les archives photo de la communauté.
Elle met de l'ordre dans les albums et ajoute sa propre production. Un événement à Emmaüs ? Joëlle mitraille. Avec le risque d'alourdir encore un peu plus ses sacs remplis d'album photo.
Emmaüs : un modèle unique
Emmaüs est engagé, depuis 1949, dans la lutte contre la pauvreté et ses causes. Il agit dans les domaines de l’action sociale, de l’insertion, de l’hébergement et du logement. Les communautés Emmaüs poursuivent une ambition forte : permettre à des personnes fragilisées d’en rencontrer d’autres, de redonner un sens à leur vie, de retrouver les moyens de vivre dignement et de s’engager dans une action solidaire.
Le modèle communautaire porte en lui une part d’utopie. En Vendée, le projet associe respect de l’environnement et développement du réemploi, au sein d’une communauté où coopèrent 17 nationalités. C’est là l’une des subversions fondatrices du Mouvement : permettre à des personnes exclues de devenir de véritables acteurs de solidarité, en vivant et en travaillant à partir des rebuts d’une société qui les a, parfois, mises à l’écart.
Les communautés Emmaüs ont été pionnières dans les questions environnementales, inventant sans le savoir ce que l’on appelle aujourd’hui « l’économie circulaire ».
La création, en 2008, du statut d’OACAS (Organisme d’accueil communautaire et d’activités solidaires) est venue reconnaître cette spécificité et consacrer ce modèle original. Dans une société largement dominée par la recherche du profit, l’individualisme et le consumérisme, les valeurs qui animent le Mouvement sont, avant tout, humanistes. Elles placent le projet social bien avant le projet économique.
Loin des dispositifs traditionnels de charité ou d’assistanat, Emmaüs offre à chacun la possibilité de reprendre sa vie en main. Solidarité, accueil inconditionnel, autonomie par l’activité et développement durable constituent les piliers sur lesquels repose ce modèle.
Jean-Louis GIRAUD,
secrétaire général d'Emmaüs.
Ana, l'accueillie est devenue accueillante
Venue du Honduras, elle a franchi toutes les étapes jusqu'à devenir dirigeante.
À Emmaüs, tout commence par l'accueil. Ana, de son nom complet Ana Fajardo, en sait quelque chose. Venue du Honduras, où elle est née, elle a fait « un tour de France » des communautés Emmaüs avant son accueil aux Essarts, dont elle est devenue la dirigeante. Parmi ses fonctions, l'accueil de ceux et celles qui viennent frapper à la porte de la communauté. L'accueillie est devenue accueillante.
Qu'est-ce qui pouvait motiver Ana Fajardo pour quitter son pays d'Amérique centrale de 10 millions d'habitants, coincé entre le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua ? Forcément, une raison forte, pour cette jeune femme, ayant, là-bas, un emploi solide dans une banque : « L'insécurité qui règne dans mon pays ». En 2016, elle fait, donc, ses valises, la mort dans l'âme. Laissant sa famille incrédule. Direction la France. Pourquoi la France ? « Au lycée, j'avais fait la connaissance de Français dans le cadre d'échanges et j'avais commencé à apprendre la langue ».
A Paris, l'intégration est facilitée par le fait qu'elle connaît un Hondurien, membre d'une communauté Emmaüs. Elle n'a pas oublié l'accueil qu'elle y a reçu : chaleureux. Mais, pas de place pour elle. On lui trouve un point de chute à la communauté de Saint-Michel-le-Cloucq en Vendée, mais demande, au bout de six mois, à rejoindre celle de Niort, puis celle de Nice. Avant d'arriver en juin 2021 aux Essarts, comme simple compagne. Puis de se voir confier la responsabilité du site Emmaüs de Vairé.
56 compagnons et compagnes
Désormais responsable de la communauté Essarts-en-Bocage Pays-des-Olonnes, Ana gère 56 compagnons et compagnes, 27 hommes, 15 femmes, 7 retraités et 7 enfants (car il y a des familles à Emmaüs), de 17 nationalités différentes. Parmi eux, dix Français et une majorité d'Africains.
« En moyenne, sur une année, nous recevons 400 demandes d'accueil, soit en direct, soit des demandes venues de l'extérieur, la plupart du temps via les autres communautés Emmaüs ». Impossible d'accueillir tout ce monde, quand la communauté des Essarts ne libère au plus que dix places par an. Le plus souvent, les demandes se heurtent, donc, à une fin de non recevoir. Pas tout à fait quand même : « Nous gardons, en permanence, un logement où les personnes de passage que nous ne pouvons pas accueillir, peuvent rester 3 jours. Nous essayons de leur trouver une place dans une autre communauté et, si besoin, nous leur achetons un billet de train ».
L'autre hypothèse est que la personne arrive pile au bon moment, quand une place est disponible. A Emmaüs, « l'accueil est inconditionnel », rappelle Ana.
On ne demande jamais au nouvel arrivant d'où il vient et ce qu'il a fait avant, sauf si l'initiative vient de lui : « Par contre, on exige de lui qu'il respecte les règles d'Emmaüs, on lui demande de travailler, en échange de quoi, nous prenons en charge son hébergement en studio, le couvert, et ses charges sociales. Nous l'aidons à préparer un dossier costaud pour la préfecture, et nous lui versons une allocation mensuelle (pécule) de 416 € ». Un (e) accueilli (e) reste en moyenne 3 ans, mais peut aller jusqu'à la retraite et au-delà. C'est l'esprit famille qui veut ça.
DES SALARIES aux côtés des compagnons et bénévoles
Responsable de la communauté : Ana Fajardo.
Encadrants techniques : Nicole Gauvrit, Frédéric Despagne, Thierry Mignot (plus un encadrant technique en recrutement).
Intervenante sociale : Poste vacant. .
Assistante administrative et comptable : Stéphanie Uyttebroeck.
Animatrice rayon textile : Zina Magomedov.
(Effectif au 7 mai 2026)
Qui vivra Vairé
Pascal Prudhomme, bénévole sur le site de Vairé, nous livre sa vision poétique d'une journée à Emmaüs.
Connaissez-vous ces petits matins, à la fraîche, où l'humidité saisit la pénombre ?
Le bocage est assoupi d'une brume sourde, pesante. L'eau ruisselle en une suée fatiguée de tourner en rond tout au long de l'année.
Un dernier regard sur le parking Emmaüs et vous pénétrez dans une salle où la vie se lit sur les murs, parfois de travers lorsqu'une punaise a rendu son âme dans l'obscurité.
La cafetière semble vous accueillir d'un souffle hoquetant, résigné, Le marc a débordé couvrant le formica marron d'un brun assorti.
Le quatre-quarts a rendu l'âme, éparpillé tout autour en confettis de miettes d'un jaune doré.
Le miroir d'un fond de tasse ose un clin d'oeil au plafond.
Le néon s'allonge sur la lame d'un couteau.
Les frigos s'offrent un triolet jazzy en pulsation java.
Et puis,
Et puis, vous pénétrez dans le lieu.
Ce lieu d'un parfum si particulier à remonter le zip du manteau,
Ce lieu d'une douce fraîcheur à baisser le bonnet plus que de raison,
Ce lieu immense en courants d'air indomptés,
Ce lieu de fragments de vie empilés, exposés aux regards plus tard intéressés, ce lieu au silence en vadrouille attendant la foule.
Et puis,
Et puis, vous approchez de ces bacs fourre-tout, débordant le débarras,
De ces bacs refuges des objets oubliés,
De ces bacs pêle-mêle d'objets abîmés,
De ces bacs, blancs-seings de la bonne conscience.
Bacs en stock,
Stock en tris besogneux,
Tris tragi-comiques,
Le moche et le beau,
Train-train bénévole, en continu,
Prendre, oser saisir, apprécier, juger, jeter,
Ouvrir, vérifier, sentir, nettoyer, compléter,
Déplier, replier, ranger.
Et puis,
Et puis, le toit de tôle,
Ecrin de rires en compagnon de fortune,
Les murs d'agglos,
Miroir en écho d'infortune passée,
Les regards comme un lien d'émotions,
Les sourires en partage,
L'envie, les projets de vie,
L'ambition, le bonheur,
La communauté,
Ensemble,
Pour un nouvel envol.
Pascal PRUDHOMME,
bénévole Emmaüs.
Gérard, retraité d'Emmaüs pour l'éternité
C'est son choix. Il reposera, après sa mort, dans le « carré des compagnons », au cimetière des Essarts.
Gérard Vanderlest aura 72 ans à la fin de cette année. Il est né dans le Nord de la France le 30 décembre 1954.
« J'étais cimentier-carreleur et j'ai travaillé pendant 25 ans ». Puis, à la suite d’un accident de la vie, c’est le chômage avec ses conséquences tragiques et surtout plus de « boulot ». Gérard a perdu pied. D’abord, il s’investit en rejoignant l’Armée du Salut. Puis, il croise le chemin des Compagnons d’Emmaüs.
Et il en fait des communautés et pas seulement en France ! Il est allé en Suisse et en Angleterre. Emmaüs, c’est aussi à l’international !
En tout, Gérard aura connu 70 communautés. Il se rappelle tout, même de son premier pécule, « 5 Francs par semaine et 50 Francs par mois, avec, en plus, trois paquets de Gauloises, un paquet de tabac gris et un cahier ».
Retraité... actif
Ici, aux Essarts, depuis le 15 décembre 2009, il a continué de s’investir dans différentes activités. Il a fait beaucoup de choses, le tri, les ramasses et les livraisons avec le camion. Encore aujourd’hui, à la retraite, il participe au travail en nettoyant les abords ou revient au tri, quand on manque de bras à la communauté.
Emmaüs, c’est sa famille, il en connait bien l’histoire, et c’est pourquoi il a décidé, que c’est ici, qu’il finirait sa vie et qu’il reposera, pour ses longues vacances, près d’autres anciens compagnons, qui, comme lui, sont restés jusqu’au bout (1). Mais pourquoi rester ici ? Pour Gérard, Emmaüs, « c’est la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais, c’est aussi la solidarité ». Tous ensemble dans un mouvement pour proposer un autre monde où chacun est digne, à sa place et où l’entraide n’est pas un vain mot. Oui, grâce au travail, ici, aux Essarts, on peut aider des personnes en difficulté ou d’autres communautés en France mais aussi à l’étranger.
En retraite, Gérard a plus de temps pour écouter son idole, Johnny Hallyday mais également, pour sa passion, le dessin et les caricatures. Régulièrement, en fonction de l’actualité du monde ou de celle de la communauté, Gérard dessine et décore la salle à manger ou les bureaux. C’est aussi lui, qui assure la décoration pour la période de Noël et des fêtes de fin d’année. Merci Gérard.
Robert DROIN, co-président
de la communauté Emmaüs.
(1) Gérard Vanderlest, selon ses dernières volontés, reposera dans le cimetière des Essarts. Sont inhumés là, dans cette grande concession acquise par la communauté Emmaüs, des retraités sans famille ou qui ont fait le même choix que Gérard. Il y sera, au milieu de ces vieux compagnons, pour toute l'éternité.
Le charme de venir acheter sans savoir quoi
A Emmaüs, on peut tout trouver, tout acheter. C'est la surprise et, parfois, la bonne affaire. Des livres, des meubles, des vêtements.
Jean d'Ormesson a toujours la cote, en tout cas pour Céline, fan de lecture. Ce mercredi de printemps, elle repart avec un plein sac de livres signés de l'auteur prolifique de "Je dirai malgré tout que cette vie fut belle" (2016) et de 40 autres ouvrages. Dans son sac aussi des romans d'Erik Orsenna et de quelques autres écrivains de renom.
Venir à Emmaüs est, pour elle qui possède une bibliothèque bien fournie, une étape obligée : « J'y viens régulièrement. En moyenne, une fois par semaine, confie-t-elle. Je m'intéresse aux grands auteurs, aux belles collections et à l'édition française de tradition ». Ici, elle n'a qu'à se servir.
La librairie, réorganisée à l'occasion des travaux de modernisation et de mise aux normes du site des Essarts, est un paradis pour lecteurs invétérés.
On trouve, ici, des livres de toutes sortes si on en juge d'abord par la quantité, des milliers d'ouvrages qui garnissent les rayonnages, mais aussi par la variété des thématiques : « Il y a des habitués. J'ai même un acheteur belge qui vient tous les ans pour faire le plein, confie Brigitte, en charge du rayon aujourd'hui (page 6). Il y a des amateurs de romans policiers, des amateurs de romans à l'eau de rose, d'autres qui cherchent des revues techniques ou des livres sur la musique. Les livres pour enfants, ça marche aussi très bien ». Sans compter les vinyls en plein boom.
Le charme de venir acheter sans savoir quoi. Simplement dit, chiner.
Nathan, surpris au détour d'une bordée de livres sur la marine, lui, s'intéresse non pas aux petits bateaux qui vont sur l'eau et dont les enfants se demandent s'ils ont des jambes (la comptine, vous vous souvenez ?), mais à la cuisine. Ce chef de production boulangerie-pâtisserie dans une grande surface, dit « avoir un grand jardin avec un potager et des animaux ».
Il part vers la caisse avec une palanquée de livres où on lui parlera de Carré d'agneau en croûte de Laguiole ou de Feuilleté aux escargots. Il en salive déjà.
S'habiller de pied en cap
Nathan fera-t-il un détour par le rayon meubles de l'autre côté de la cloison ?
Le rayon meubles, c'est le domaine de Nabil qui veille, jalousement, sur ses canapés, ses armoires à glace et ses matelas. Sagement alignés, plusieurs pianos droits attendent des amateurs de gammes. A la caisse se pointe un couple qui vient de jeter son dévolu sur un petit classeur à journaux de salon : « Nous vendons beaucoup de petits meubles, des meubles anciens, des matelas et des sommiers. Il arrive que des gens achètent pour meubler entièrement une maison ou un appartement ».
Pour la garde-robe, il faut voir ailleurs, chez Lydie qui régne, ce jour-là, à l'intérieur d'un bâtiment voisin, sur le vaste rayon de confection. Lydie a aussi ses clients attitrés. Ou plutôt ses clientes habituées : « Les vêtements pour femmes se vendent mieux que les vêtements pour hommes ». Excès de coquetterie ?
Bascule hiver-été
On peut, pourtant s'habiller de pied en cap, autrement dit de bas en haut, chez Lydie. Robes, sacs à main, chaussures, chapeaux et tous les accessoires de la beauté jusqu'à des perruques qui tapissent le fond de son stand : « Il y a des gens qui s'habillent complètement ici ». Les vêtements chinois se vendent-ils aussi ? Oui, mais à tout petits prix. Le défi du moment, c'est la bascule entre vêtements d'hiver et d'été. On commence à prendre le virage des deux saisons progressivement.
En plus, c'est pas cher. Si bien que Lydie n'est pas, parfois, à l'abri d'une (bonne) surprise. Il lui est arrivé que des clientes lui proposent plus que le prix affiché, ne le trouvant pas assez cher : « 30 € au lieu de 15 demandé ». Des sympathisantes d'Emmaüs, peut-être. Tout peut arriver dans ce monde qu'on dit de brutes.
Cédric MICHAUD : « On s'y sent bien »
Cédric Michaud, rencontré par Sourour Thari, compagne Emmaüs, est un habitué du site des Essarts. Il apprécie autant les objets que les rencontres. Il revient régulièrement, attiré par l'ambiance et la diversité de ce qu'il peut y trouver.
« Franchement, ici, on voit du monde, on discute. C'est ça que j'aime bien. Je viens souvent pour chiner, surtout des objets anciens. On trouve toujours des trucs intéressants, parfois même inattendus. Et puis, les prix sont accessibles, ça permet de se faire plaisir, sans trop dépenser. On peut repartir avec quelque chose d'utile ou juste un coup de coeur.
Mais, le plus important pour moi, c'est l'ambiance. Il y a une bonne humeur. Les gens sont sympas. On peut échanger facilement avec les compagnons et bénévoles. On prend le temps de discuter.
J'ai découvert Emmaüs grâce à une voisine qui venait souvent. J'ai essayé une fois...et, depuis, je reviens régulièrement. C'est un endroit vivant, on s'y sent bien, presque comme chez soi ».
Dans la cour aux dons, le bal des surprises
La relation avec le public commence avec les dons que font les particuliers, mais, ensuite, il faut trier et préparer la mise en rayon.
Dans l'antre de la halle aux vêtements, il faut aller jusqu'au fond pour mesurer le travail de préparation à la vente qui se fait ici. Sur la table à repasser, le fer fumant va et vient sur un service de table, nappe et serviettes, sous le regard de l'équipe qui gère le stock de vêtements et de tissus, reçus à l'atelier des dons, dans le bâtiment en vis-à-vis .
« Avant, nous vendions le linge de maison en l'état. Désormais, nous le lavons, le séchons, et le repassons », commente Zina, (Caucasienne vivant en France depuis 17 ans, devenue salariée d'Emmaüs), sous le regard de Françoise qui ne compte plus ses années de bénévolat ici. Autour de 40. La plus ancienne du "team" vêtements en tout cas.
« Je vais déménager, alors... »
Dans la vaste halle, il y a de quoi vêtir et équiper toute une armée, hommes et femmes, robes, pantalons, chaussures, sacs et tous les accessoires imaginables. L'équipe s'apprête, en cette fin du mois de mars, à faire la bascule : « L'hiver se termine. Nous allons bientôt mettre en rayon les vêtements d'été ». Ça ne manque pas les vêtements d'été. Et ça continue à arriver.
Ça continue à arriver juste en face de chez Zina. Plusieurs compagnons, avec le renfort de bénévoles, s'affairent à accueillir les dons qui parviennent en rafales, dans le bâtiment dédié à cette activité. C'est mercredi, jour de vente : « Les gens en profitent, souvent, pour nous apporter tout ce dont ils n'ont plus besoin chez eux », commente Thierry Mignot, encadrant technique, qui supervise la manoeuvre. Mais pas seulement. Maxime, qui arrive avec un coffre de voiture bondé d'objets divers, s'apprête à quitter la région pour s'installer à Avignon : « Je connaissais Emmaüs en tant que client. Je vais déménager, alors, je me suis dit, plutôt que de jeter, je vais leur donner tout ça ». Autant que les déménageurs n'auront pas à charger dans le camion.
« Il fallait faire un peu de place »
La voiture qui suit s'ouvre sur une maman et son fils. Dans le coffre, une symphonie de couleurs. Ce sont des jouets, ceux du fils, un peu dépassés pour son âge. Pas facile, néanmoins, de s'en séparer. Trop de souvenirs d'enfance s'y rattachent : « Il fallait faire un peu de place », convient la maman. Mais, il en reste à la maison. Et le père Noël, en fin d'année, bouchera les trous.
Tout l'après-midi, c'est un ballet continu de voitures et de camionnettes, regorgeant de dons. Des dons de vêtements, de jouets, d'ustensiles et d'appareils ménagers, de livres, de vélos et de tout ce que notre bonne société de consommation s'évertue à produire jusqu'à plus soif. Dans la cour aux dons, c'est le bal des surprises.
Tout commence là pour Emmaüs. Il faut faire place nette pour les apports du lendemain et des jours d'après. Car, le flot ne tarit pas. Une équipe est dédiée à la réception des dons. Les objets subissent un savant pré-tri. Ils sont répartis dans des bacs par genres. Et seront repris, ensuite, pour faire la part entre ce qui est en bon état ou pas, entre ce qui est recyclable ou pas. Bref, entre ce qui peut être vendu ou pas. A Emmaüs, rien ne se perd, ou si peu : « Nous essayons de valoriser tout ce que nous pouvons ». Le reste, 20 % environ, part dans les filières de récupération de matériaux ou à l'enfouissage. Mais, sans cette chaîne de récupération, c'est peut-être 100 % qui auraient fini à la déchèterie.
Alain LEGOUPIL,
bénévole Emmaüs.
Donner à ceux qui en ont besoin
La solidarité locale, c'est le couteau suisse d'Emmaüs. Aider une femme en difficulté, aider une autre communauté Emmaüs voisine qui a un problème de trésorerie, organiser une cagnotte pour l'Ukraine (c'est fait) ou pour la Palestine (c'est prévu), toutes les formes de solidarité sont dans le portefeuille des aides d'Emmaüs.
« Le plus courant quand même, c'est l'aide purement locale. Une femme battue qui se retrouve à la rue, qui trouve un logement mais vide et qu'il faut meubler. Ce type de demandes qui nous parviennent par les assistantes sociales, ça arrive régulièrement », précise Robert Droin, co-président d'Emmaüs Les Essarts-Vairé. En fonction de la situation, Emmaüs fait un don pur et simple ou demande une participation modique.
Il arrive aussi qu'Emmaüs Les Essarts-Vairé se transforme en "banquier" pour d'autres structures amies : 12 000 € versés chaque année à SOS Familles, 6 000 à 100 pour 1 Vendée Ouest (page 9) : « La communauté de Cholet avait besoin de 15 000 € pour réparer un camion en panne ? Nous lui avons donné 5 000 €. On donne, en fonction de nos possibilités, à toute communauté dans le monde ». La solidarité s'exprime soit sous forme de don, soit sous forme de prêt, comme à la communauté Emmaüs de Thouars dans les Deux-Sèvres.
« Ce que j'aime souligner, poursuit Robert Droin, c'est que des gens qui n'ont rien sont en capacité de donner par le travail qu'ils fournissent ».
Label Emmaüs : l'autre manière de vendre
Sarrah-Nossiamy, depuis le site des Essarts, pilote la plateforme de vente en ligne.
Qui êtes-vous Sarrah ?
Je me nomme Sarrah-Nossiamy Touré. Je suis compagne à la communauté des Essarts depuis le 28 janvier 2023. Je m'occupe du Label Emmaüs des Essarts et de Vairé.
Label Emmaüs, c'est quoi ?
Label Emmaüs est une plateforme de vente en ligne créée par Emmaüs France. Elle permet à la communauté d'atteindre un public plus large et d'offrir une seconde vie aux objets, tout en aidant des personnes à s'insérer.
Comment les objets arrivent-ils à Emmaüs ?
Les objets arrivent principalement grâce aux dons des particuliers.
Comment choisissez-vous les objets qui seront vendus sur le site ?
Nous trions ceux qui sont en bon état et qui ont de la valeur. Parfois, nous faisons des retouches avant de les proposer sur le site.
Quels types d'objets trouvez-vous le plus souvent ?
On trouve souvent des livres rares, des objets vintage, des objets de décoration, des vêtements de marque, des appareils électroniques... L'équipe prend des photos des objets, on rédige une description, fixe un prix. Ensuite, l'objet est mis en ligne.
Une fois que les objets sont achetés, nous assurons la fabrication des colis et leur expédition.
Que faites-vous si un objet est abimé ou cassé pendant le transport ?
Nous appelons le client pour trouver un terrain d'entente. Sinon, nous faisons le remboursement.
Que devient l'argent gagné grâce aux ventes ?
L'argent sert à financer les actions solidaires d'Emmaüs et à aider les personnes accueillies dans la communauté.
Quel message voulez-vous transmettre aux personnes qui donnent ou achètent les objets ?
Chaque don et chaque achat participe à la lutte contre le gaspillage. Il aide à soutenir les projets solidaires d'Emmaüs et la cinquantaine de personnes dont la communauté à la charge.
Propos recueillis
par Marie GBEHOU,
compagne Emmaüs.
Au cimetière de la ferraille, tout n'est pas mort
Emmaüs valorise systématiquement ferraille, carton, papier, etc. Des ressources supplémentaires pour la communauté.
Là où le public ne vient jamais, sauf les personnes qui effectuent un don, containers et bennes sont sagement alignés. Ici, c'est le domaine du tri. Chacun à sa place. Chaque chose aussi.
« Les dons sont souvent débarqués en désordre. La ferraille mélangée aux plastiques, les livres qu'on a lus cent fois et qu'on ne veut plus voir à la maison avec les appareils ménagers qui ont rendu l'âme, les jouets avec les vieux vélos ». Et on en passe...
Le défi dans cette activité d'Emmaûs, c'est de séparer le bon grain de l'ivraie. Ce qui est recyclable ou vendable de ce qui est "jetable" : « En gros, nous arrivons à valoriser 80 % de ce qui nous arrive », commente Thierry Mignot, encadrant technique. Constat identique sur les deux sites des Essarts et de Vairé, où le même tri est opéré.
Chaque benne, chaque container reçoit une affectation, pour le carton, pour le papier, pour le plastique, pour les appareils ménagers, pour le bois et ainsi de suite.
Un méli-mélo de métaux
Le pré-tri effectué à l'arrivée est affiné. Par exemple, vers l'atelier vélos où une personne dédiée s'efforce de remettre en état les biclous incomplets ou un peu fatigués par des années passées sur des routes à nids de poule.
Dans les arrivages, tout n'est pas mort. Mais, les vélos qui ne sont pas réparables rejoignent le cimetière de la ferraille.
La ferraille, c'est le domaine de Jacky. Ce Ch'ti, bénévole, arrivé en Vendée par les hasards de la vie, est ici, comme il dit, « dans mon élément ». Jacky a travaillé comme peintre dans l'automobile et dans les machines-outils, mais il a aussi passé des années « à tirer des câbles » dans les Hauts de France et en Belgique, sur des chantiers hors normes.
Le métal, il en connaît un rayon, si on peut dire. Dans un coin de la cour, un étrange méli-mélo de ferrailles attend qu'on lui trouve un sort, c'est-à-dire une place dans l'une des bennes siglées Paprec ou Brangeon, les deux costauds de la récup' de la région. Mais, il y en a d'autres.
1 500 tonnes par an
Dans cet amoncellement de métal voisinent, dans un parfait désordre, structures de lits métalliques à niveaux, vélos sans espoir de survie, étagères tellement tordues qu'elles ne recevront plus de livres avant longtemps, caisses à outils qui n'ont plus vu d'outils depuis on ne sait quand. Peu importe ce joyeux bazar : « Tout ça, c'est de la ferraille à cisailler », indique Patrick.
Dans le container voisin, c'est, sans rime, le destin du platin. Le platin, ce sont des déchets où la ferraille est mélangée à d'autres matériaux comme le plastique, sans qu'on puisse les séparer par le tri. Des déchets vendus à vil prix. Ce qui n'est pas le cas des métaux nobles qui, eux, connaîssent un sort particulier et privilégié.
Bon an mal an, Emmaüs Les Essarts-Vairé réussit à valoriser 1 500 tonnes de matériaux qui auraient fini à la décharge, au mieux à la déchèterie. Quand on peut faire mieux...
Brigitte : ce que je fais a du sens pour moi
A la bibliothèque solidaire, elle apporte son expérience.
Brigitte Maindron est bénévole à Emmaüs Les Essarts depuis près de 3 ans. Habitante de La Roche-sur-Yon, elle a travaillé plus de 30 ans en bibliothèque. Aujourd’hui, elle met son expérience et sa passion des livres au service de la librairie solidaire et s’investit aussi dans l’accompagnement des compagnons.
« Je suis arrivée à Emmaüs un peu par hasard, grâce à une rencontre avec Christelle, co-présidente . Elle m’a parlé de la librairie et, avec mon parcours en bibliothèque, cela m’a tout de suite intéressée. Lors d’une réorganisation, j’ai senti que c’était exactement ce que j’avais envie de faire. Les livres ont toujours fait partie de ma vie, et pouvoir allier cette passion à un engagement bénévole a beaucoup de sens pour moi.
Emmaüs correspond à mes valeurs : l’entraide, la bienveillance, le respect de chacun, mais aussi le recyclage et la récupération, essentiels aujourd’hui. J’y ai découvert des personnes d’horizons très différents, ce qui est une vraie richesse.
Je participe au tri des livres donnés. Avec l’expérience, on apprend à reconnaître ce qui peut être gardé et vendu. Ensuite, vient le travail en librairie : classement, rangement, mise en place et fixation des prix. Chaque semaine, il faut réorganiser les rayons pour faire vivre l’espace.
Les jours de vente sont aussi importants, les livres partent pour une seconde vie, les échanges avec les clients souvent sympas, et ces achats ont un réel impact pour la communauté .
Je donne aussi des cours de français aux compagnons. Ces moments d’apprentissage me permettent d’échanger directement avec eux et de les accompagner dans leur progression. C’est une autre façon concrète de me sentir utile au sein de la communauté ».
Sourour TAHRI,
compagne Emmaüs,
et Roger PHILIPPON,
bénévole-administrateur.
Geneviève : c'est comme une addiction
Fidèle au poste, elle est la bénévole la plus ancienne de Vairé.
« Emmaüs, c’est comme une seconde famille pour moi ! », lance Geneviève.
Geneviève Dupuis, née en 1954, retraitée de l’éducation est bénévole à Vairé depuis onze années maintenant.
« Quand j’ai pris ma retraite, j’ai cherché une activité et j’ai trouvé Emmaüs. C’était, alors, à Château-d'Olonne. J’ai tout de suite été emballée par le concept. J’ai intégré la structure aux vêtements, tri et vente.
J’apprécie l’ambiance entre les compagnons et la philosophie d’Emmaüs. Ce qui me touche surtout, c’est la dimension humaine : le contact, l’écoute et les relations avec les personnes, que ce soit au tri, à la vente ou avec les clients. Avec le temps, j’ai compris qu’il y a ici beaucoup de chaleur humaine et que l’on reçoit souvent autant, voire plus, que ce que l’on donne.
Cette expérience est très enrichissante et me donne le sentiment d’appartenir à une grande famille. Il y a aussi la proximité avec les clients. Ils nous remercient, c’est très touchant, il faut le vivre ».
Une deuxième famille
Qu'est-ce qui l'a particulièrement touchée sur le plan humain, ici ?
« La solidarité. Très vite, ce lieu est devenu, pour moi, une deuxième famille. Les aléas de la vie m’ont rendue plus sensible à l’humain et, même si ma carrière s’est bien passée, ici c’est différent : nous venons détendus et l’entente est bonne avec tout le monde, bénévoles, compagnons, encadrants. L’association fonctionne de manière particulière, avec une responsabilité partagée plutôt qu’une vraie hiérarchie. Si je suis toujours là, c’est parce que je m’y sens bien : on donne, mais on reçoit aussi beaucoup. Au fond, c’est une expérience très humaine, presque addictive ».
Laurent RAMBAUD,
bénévole Emmaüs.
Aldo : les mêmes valeurs que les miennes
Sa vie est tournée vers les autres. À Emmaüs, il reçoit aussi.
Aldo Arciero est né en 1960. Aujourd'hui retraité, il est bénévole depuis quatre ans, membre du conseil d'administration d'Emmaüs et Ami relais de l’association. A Vairé, on le rencontre à son atelier de réparation de matériel électronique et son.
« J’ai eu la chance d’avoir une éducation tournée vers les autres. Lorsque je suis arrivé en Vendée, j'ai fait connaissance avec Emmaüs à Vairé dont les valeurs correspondaient aux miennes. J’ai poussé la porte et je suis entré.
Depuis quatre ans, je peux affirmer que j'y trouve mon compte dans la richesse des échanges avec les compagnes, compagnons, bénévoles et encadrants. Donner de mon temps tout en partageant mes valeurs avec celles de l’association est important pour moi. Arrivé à la retraite, c'était une évidence d'avoir une continuité par rapport à ce que je ressentais pendant ma vie ».
Peux-tu nous partager une anecdote de ta vie à Emmaüs ?
« Un jour, j’ai participé avec une compagne à une formation sur le rôle du conseil d’administration. J'ai pu échanger pendant deux jours avec cette compagne et j'ai pris pleinement conscience de la difficulté rencontrée dans son parcours de vie. J’ai été touché de comprendre que, pour beaucoup de compagnons, la vie est très difficile. Ce que vivent dans leurs parcours les compagnes et compagnons est quelque chose que l’on a souvent du mal à estimer. Cela m’a beaucoup éclairé ».
Quel bilan ferais-tu aujourd’hui de ton aventure chez Emmaüs ?
« Aujourd'hui, je dirais que je suis vraiment content. Je suis très surpris de recevoir autant grâce aux échanges qu'on peut avoir les uns les autres. C’est vraiment très riche, très inspirant et je continuerai mon engagement pour Emmaüs aussi longtemps que je le pourrai ».
Laurent RAMBAUD,
bénévole Emmaüs.
Joël : on crée des liens, on sympathise
Pour lui, au delà du bénévolat, il y a une urgence humaine.
Joël, retraité, 76 ans, habite Le Poiré-sur-Vie. Il est bénévole à Emmaüs Les Essarts depuis 2013. Pendant sa vie active, il était éducateur spécialisé et passait souvent à Emmaüs. Jusqu'au jour...
« Un jour, il y avait une bénévole qui s'occupait des jouets. Je lui ai dit que c'était bien rangé. Elle m'a expliqué que c'était beaucoup de travail, mais que, si je voulais, je pouvais venir l'aider en devenant bénévole. J'étais tout juste retraité, j'ai accepté, et j'ai commencé le mardi suivant à m'occuper des jouets. Et ça m'a plu.
J'ai toujours aimé bricoler : démonter, essayer de réparer. Et il y a les rencontres avec les compagnons et compagnes. On crée des liens, on sympathise. Certains s'en vont, on ne les revoit plus. D'autres arrivent et on apprend à les connaître. Avec les bénévoles, on échange nos points de vue. Avec les salariés, on organise le travail. Je ne viens pas par obligation. Je trouve à Emmaüs une satisfaction personnelle, mais j'aime le côté humain, l'accueil de tout le monde.
Il faut être tolérant, ne pas chercher le rendement, mais favoriser les rapports entre les gens. Le travail est chaque fois différent. Parfois, on est débordé, d'autres fois, on a plus de temps pour échanger. Mais, au-delà du bénévolat, il y a une urgence humaine qui est plus importante. Et il y a les moments particuliers que l'on partage, le repas de Noël ou les réunions trépied qui permettent de s'informer et d'échanger dans un cadre plus organisé. J'essaie toujours d'y participer.
Je ne viens que le mardi et je ne fais pas la vente parce que c'est trop de contraintes pour moi. Il faut trouver un équilibre qui fait qu'on a plaisir à venir, et que d'autre part, on est utile à Emmaüs. Il doit y avoir satisfaction des deux côtés ».
Roger PHILIPPON,
bénévole-administrateur.
et Sourour TAHRI,
compagne Emmaüs.
Mohamed : travailler et me sentir utile
Ivoirien, il est arrivé un jour à Emmaüs. Heureux d'y être.
ll aime taquiner. Toujours de bonne humeur et le sourire facile. Quand Mohamed n'est pas à la réception des dons, aux Essarts, on peut le voir du côté de la benne à bois, où il a ses activités. Ou encore aux commandes de son Manitou pour assurer l'approvisionnement des différents points de vente.
« Je m'appelle Mohamed Ouattara. J'ai 33 ans et je suis Ivoirien. Il y a trois ans, j'ai quitté mon pays avec l'espoir d'une vie meilleure et de liberté. Je suis venu par la mer. La traversée a duré deux jours. Nous étions 45 personnes dont 5 femmes. Un voyage difficile que je n'oublierai jamais.
A mon arrivée en France, j'ai d'abord été hébergé dans ma famille à Paris. Plus tard, j'ai entendu parler d'Emmaüs par des personnes qui avaient fait partie de la communauté. J'ai décidé d'y aller. J'y ai été bien accueilli et cela a marqué un tournant dans ma vie.
Trouver l'amour
et fonder une famille
Aujourd'hui, j'aime ce que je fais. J'aime travailler et me sentir utile. Emmaüs m'apporte une stabilité, un toit, des formations et un entourage. En retour, j'apporte mon soutien, mon travail, ma volonté de bien faire et ma bonne humeur. C'est un échange basé sur la solidarité et le respect.
Pour l'avenir, j'ai des objectifs simples mais essentiels. Je voudrais, d'abord, obtenir mes papiers, avoir un travail et un logement. Ensuite, j'aimerais trouver l'amour et fonder une famille. Construire une vie stable, avancer sereinement et m'intégrer pleinement.
Même si je regarde devant moi avec espoir, je reste lucide. Si c'était à refaire, je ne le referais pas. Le voyage a été trop dur. Mais, aujourd'hui, je continue d'avancer avec courage et détermination ».
Sonia DUDOGNON,
bénévole-trésorière adjointe
et Lydie BODJRENOU,
compagne Emmaüs.
Fatou : soulagement et paix du coeur
Ivoirienne, 32 ans, elle a deux enfants et se sent en sécurité ici.
Vous ne verrez pas le visage de Fatou. Elle souhaite rester anonyme. Son témoignage n'en reste pas moins touchant.
« Je suis venue une première fois en France en 2016 pour accoucher de mes enfants (des jumeaux) pour des raisons personnelles. Quelques mois plus tard, nous sommes retournés vivre dans notre pays.
En 2019, j'ai décidé de revenir en France avec mes enfants qui avaient alors 3 ans, afin de protéger ma fille des pratiques d'excision. Nous sommes arrivés à Nantes en avion. A notre arrivée, nous avons été pris en charge par le 115, le numéro d'urgence sociale. Ils nous ont orientés vers l'association AMIS à Pouzauges, où j'ai entendu parler d'Emmaüs.
Dès qu'une place s'est libérée, j'ai pu rejoindre Emmaüs des Essarts en novembre 2023. Nous y avons été accueillis très chaleureusement par Fanny, l'intervenante sociale.
Depuis notre arrivée, j'ai ressenti un grand soulagement. J'ai retrouvé de la tranquillité et un équilibre pour moi et pour mes enfants. Emmaüs m'apporte, aujourd'hui, une véritable paix du coeur. Pendant que je travaille en cuisine, mes enfants sont à l'école ou à la garderie. Ils ont trouvé leur équilibre entre l'école et leurs activités.
A Emmaüs, nous avons la sécurité, la protection, un toit et la tranquilité. C'est un lieu où nous pouvons nous reconstruire.
De mon côté, j'apporte à Emmaüs ma joie de vivre et ma bonne humeur. Je travaille en cuisine. Je prépare les repas et je participe au nettoyage.
Mon projet, une fois mes papiers obtenus, est de m'intégrer pleinement en France. J'aimerais suivre une formation, trouver un travail, payer mes impôts et devenir une bonne citoyenne française ».
Sonia DUDOGNON,
bénévole Emmaüs-trésorière adjointe
et Lydie BODJRENOU,
compagne Emmaüs.
Paul : il est né dans la marmite Emmaüs
Son papa et sa maman étaient compagnons. Il en est le fruit.
Paul Kapelski, 39 ans, est né des amours de deux compagnons de la communauté Emmaüs de Poitiers. Malgré son handicap - sa vue est réduite à un dizième à chaque oeil, consécutive à une maladie d'albinisme oculocutané - il donne le meilleur de son temps à la communauté des Essarts. Son domaine : les jouets.
« Mes parents se sont connus à Emmaüs, à Poitiers. Mon père y est arrivé en 1984. Ma mère l'année suivante. Ils y sont restés jusqu'à leur décès. On peut dire que je suis né dans la marmite Emmaüs.
J'ai fréquenté l'école primaire Charles-Perrault à Poitiers, puis un établissement pour mal voyants à Vertou avant d'intégrer un autre établissement où j'ai passé un BEP, et j'ai obtenu un bac professionnel de secrétariat à Poitiers. Pendant deux ans, j'ai cherché du travail avec l'aide de Cap emploi, en vain.
Du coup, en 2008, je me suis tourné vers Emmaüs où mes parents étaient toujours. Je suis resté trois ans à Poitiers.
Je suis arrivé à la communauté des Essarts en 2011. J'ai travaillé pendant deux ans à Château-d'Olonne, où Emmaüs venait de s'implanter (avant d'aller à Vairé), et, maintenant, je suis aux Essarts.
Ici, je m'occupe des jouets. Je les trie, je vérifie leur état et je m'assure qu'ils sont complets. C'est important pour la vente.
Ce que j'aime comme musique ? Les années 80, Depeche Mode, Michel Berger, Stevee Wonder, MC Solar, Balavoine, France Gall, mais aussi la bonne variété française.
Ce que j'apprécie, ici, c'est la fraternité, la solidarité, la convivialité.
On fait en sorte de s'entendre le mieux possible. Si je suis là depuis si longtemps, c'est que je m'y sens bien. Tant que ce sera le cas, je ne vois pas pourquoi je partirais ».
Alain LEGOUPIL,
bénévole Emmaüs.
Cinthia : la diversité, c'est une richesse
D'Amérique centrale à la Vendée, ce fut plus qu'un long chemin.
« Quand le magasin ouvre, je sais que tout est en place pour accueillir les clients ». Cinthia Murillo est née en 1988 au Honduras. Elle est arrivée en France en 2018 et a intégré la communauté Emmaüs de Nice. Elle a rejoint, ensuite, la communauté des Essarts en 2022.
« Les débuts ont été difficiles à cause de la langue notamment. J’ai appris progressivement le français au contact des bénévoles et des compagnons. Cela m’a permis de bien m’intégrer dans l’équipe et de prendre confiance. Le directeur en poste à l’époque connaissait mon expérience acquise à Nice. Il m’a proposé de tenir la caisse pendant les journées de vente ainsi que le rayon bibelots. Le rôle et la place des bénévoles sont aussi importants pour moi. Leur présence apporte un soutien concret et moral et le travail en équipe reste essentiel au bon fonctionnement de la communauté ».
« Avoir un métier
et ma maison »
Cinthia décrit les difficultés rencontrées par les personnes étrangères. Elle évoque, par exemple, l’impossibilité de se loger comme une épreuve et les difficultés de trouver un travail. Elle insiste sur le fait que la communauté permet d’éviter la rue dans bien des situations en donnant une chance à des personnes qui n’en avaient plus.
« La vie en collectivité exige des efforts et peut générer des tensions liées aux différences culturelles, mais cette diversité constitue une richesse grâce à la pluralité des parcours, des religions et des traditions. Sur le plan administratif, j’espère obtenir les documents qui me permettront de stabiliser ma situation et de me projeter dans l’avenir. J’aimerais un jour être autonome, avoir un contrat de travail, un métier et ma maison. C’est cela qui me motive chaque matin ».
Laurent RAMBAUD,
bénévole Emmaüs.
La longue galère de Djenebou
« Moi, ce que je voudrais, c'est trouver un travail où je m'occuperais des enfants ».
Elle est partie un beau jour d'Abidjan, voilà cinq ans, sans trop savoir où elle allait. Mais en France forcément. Le pays de tous les fantasmes quand on vient de Côte d'Ivoire.
Le choc fut brutal pour Djenebou Kone. D'autant plus, tellement plus, qu'elle laissait au pays ses deux filles, aujourd'hui âgées de 19 et 10 ans : « Je suis partie pour assurer un meilleur avenir à mes enfants ». Quitté aussi à Abidjan, sa boutique de coiffure. En France, elle trouverait mieux.
Mais pas de papiers, pas de travail.
Un beau jour, après une longue remontée de l'Afrique, après Gibraltar et l'Espagne, après la région parisienne, elle a débarqué à Emmaüs, aux Essarts, où elle a été accueillie. Depuis, elle a donné le meilleur d'elle même à la communauté, beaucoup en cuisine pour nourrir les compagnons.
Avec ses deux filles, elle garde le contact régulièrement via Internet. Il lui tarde de les retrouver. Mais, son objectif est, d'abord, de réunir les fonds « pour que mes enfants aillent dans de bonnes écoles".
Depuis décembre 2025, Djenebou ne fait plus partie de la longue cohorte des sans papiers. Elle a tout fait pour ça, dont la formation en MFR (lire ci-dessus). La préfecture lui a délivré le précieux sésame. Et elle a trouvé du travail. Pas avec des enfants, mais elle a un emploi.
De la France, elle n'est pas rancunière, malgré les tracasseries administratives : « La France m'a beaucoup apporté, beaucoup appris. J'aime la vie ici ». Il ne lui manque qu'une chose pour son bonheur, ses filles.
La Belle entrée, pour sortir de la précarité
Emmaüs est devenu propriétaire d'une maison pour y loger d'anciens compagnons et compagnes sur le chemin d'un retour à la « vie normale ». C'est-à-dire vers l'emploi.
« Ce que nous avons souhaité, dès l'origine, c'est que ce soit un sas entre notre communauté et le monde du travail, avec une vertu pédagogique », commente Robert Droin, co-pésident d'Emmaüs Essarts-Vairé.
La Belle entrée, c'est un beau nom pour un lieu censé accueillir des gens venant d'une vie de galère, en passe de rentrer dans le monde du travail.
Le lieu est tout à fait anonyme. Nul ne pourrait soupçonner que derrrière ces murs qui s'étirent le long de la nationale 160, au milieu d'autres maisons, se jouent cinq destins.
La maison est, en effet, actuellement occupée par cinq anciens de la communauté Emmaüs Essarts-en-Bocage-Pays des Olonnes, quatre hommes et une femme (lire le témoignage de Djenebou Kone ci-contre). Certains ont déjà déniché un travail, les autres recherchent un emploi.
Des vertus pédagogiques
Les balustres qui borduraient, jadis, les terrasses des belles demeures, et que l'ancien propriétaire avait fait poser à l'étage, sont trompeurs. Ici, on ne mène pas la vie de château. Le confort est spartiate. Mais digne et suffisant pour permettre aux occupants de se poser et de repartir dans la vie. Si la télé du salon est un peu capricieuse, chacun dispose dans sa chambre d'un récepteur TV.
Les personnes qui vivent à la Belle entrée sont autonomes. « C'est le côté pédagogique voulu par Emmaüs. Chacun fait, donc, ses courses et prépare ses repas. Ce qui n'interdit pas de faire un repas en commun comme pour recevoir des amis », poursuit Robert Droin. Et chacun se débrouille pour se rendre à son travail.
Ici ne peuvent être accueillis que des représentants de l'Union européenne ou des personnes à jour de leurs papiers. Cette maison, pour eux, est un véritable tremplin. Avec ses devoirs. Si la personne salariée bénéficie de la gratuité du logement pendant les trois premiers mois, « au bout de ce délai, il lui est demandé une participation mensuelle de 380 €, charges comprises ». Histoire de la responsabiliser. Comme pour les tâches ménagères, pour lesquelles a été instituée une "tournante".
Deux logements en plus ?
Depuis qu'Emmaüs s'est rendu propriétaire de la Belle entrée en décembre 2022, la maison a vu passer plusieurs compagnons dont certains ont trouvé un emploi stable.
Dans la perspective de nouvelles demandes, Emmaüs envisage d'agrandir la maison de deux logements supplémentaires. Confirmant la volonté de l'association, pour ses anciens compagnons cherchant un retour à la vie normale, de transformer la Belle entrée en porte de sortie de la précarité.
Alain LEGOUPIL,
bénévole Emmaüs.
« On les voit heureux de partir apprendre »
Emmaüs a lancé un programme de formation dans la perspective d'un retour à l'emploi. Une initiative unique en France.
« Tiens, lui, il a trouvé du travail. Et elle aussi. Tiens, lui aussi... ». Le doigt pointé sur la photo, l'énumération à voix haute n'en finit pas.
Dans son bureau d'Emmaüs, aux Essarts, ce 24 mars, où elle nous reçoit, Fanny montre des photos encadrées de compagnons et de compagnes. Au total, vingt-trois représentant les différentes formations organisées à ce jour.
Ces hommes et ces femmes viennent d'un peu partout dans le monde, mais tous ont en commun d'avoir suivi l'une des formations mises en place par Emmaüs, en partenariat avec la Maison familiale rurale de La Ferrière. Pour recevoir le beau diplôme, compagnons et compagnes se sont même mis sur leur 31. Et ce n'est pas sans fierté qu'ils exhibent le précieux sésame reçu au terme de leur parcours.
Fanny, en tant que travailleuse sociale, a participé avec l'aval de la direction d'Emmaüs, bien sûr, à l'organisation de ce cycle de formations.
En octobre 2022
L'idée, soutenue financièrement au démarrage par Emmaüs France, est un peu due au hasard. D'une rencontre fortuite entre un membre de la direction d'Emmaüs et d'un responsable de la MFR de La Ferrière. Emmaüs, qui a noué un partenariat avec une société de travail temporaire, Leader intérim, cherchait une solution pour former ses compagnons dans une démarche de recherche d'emploi. La MFR y a vu une occasion d'élargir son public. « Nous avons rencontré tous les compagnons intéressés, en situation régulière ou non, et nous les avons sélectionnés, en fonction de leur parcours », explique Fanny. Un choix validé par la MFR au terme d'un test. Et en route pour le grand bain.
« Au début, nous avions beaucoup de russophones, puis la vague des Africains qui veulent s'en sortir est arrivée ». La première formation a ouvert en octobre 2022 avec un programme comprenant maîtrise de la langue orale et écrite, culture générale, citoyenneté, gestion du quotidien pour accéder à l'autonomie, entre autres contenus pédagogiques. Durée : six mois à raison d'un jour par semaine. Au bout de trois promotions, le contenu a changé. Trois mois pour préparer un DELF (Diplôme en langue française).
« Ils sont métamorphosés »
Les propositions de formation sont accueillies avec enthousiasme : « On les voit heureux de partir pour apprendre », témoigne Maryline Valter, bénévole, membre du conseil d'administration d'Emmaüs. « Le matin, ils sont impatients, avec leur cahier, de partir à la formation. Le minibus qui les conduit à la MFR n'a pas besoin de les attendre », complète Fanny. Surtout, « ils sont tous métamorphosés. Ils n'ont plus la posture de compagnons mais d'apprenants ». Même si la fatigue est là, le soir, après une journée sous haute pression.
Nabil, Algérien, en France depuis 3 ans, à qui Maryline donne, en plus, des cours de français : « J'ai appris les symboles de la France, le drapeau, la Marseillaise, Marianne. J'ai appris l'histoire de France et comment fonctionne le pays. Ça a été, pour moi, un vrai coup de pouce ».
Cinthia, Hondurienne, en France depuis 8 ans : « J'ai progressé à l'oral et à l'écrit. Mais, ce serait bien que la formation dure un peu plus ».
C'est peut-être pour ça qu'Emmaüs envisage de porter la formation à neuf mois, en cumulant les deux formats. On n'est jamais assez bien armé pour décrocher le titre de séjour qui ouvre les portes de l'emploi. Et, dans le dossier déposé à la préfecture, avoir assimilé le pays, ça compte.
De petits crédits pour de vrais dépannages
SOS Familles Emmaüs aide des Vendéen(ne)s ayant besoin d'un coup de pouce.
« L'idéal serait qu'on disparaisse un jour », lance Jean-Bernard Jaumier, le trésorier, sans croire une seconde à ce qu'il dit. Ce n'est pas demain la veille, en effet, que SOS Familles Emmaüs mettra la clé sous la porte. Il est à craindre qu'on ait besoin de l'association longtemps encore.
Le petit bureau coincé sous les toits du deuxième étage du pôle associatif, boulevard Briand, à La Roche-sur-Yon, cache mal son jeu.
Ici se décident les aides à des Vendéennes et des Vendéens qui, ne sachant plus à quelle porte frapper pour obtenir un secours ponctuel, viennent solliciter l'aide de SOS Familles Emmaüs (1).
« Bon an mal an, nous recevons un peu plus de 200 demandes d'aides qui nous sont transmises par les travailleurs sociaux », précise Pierre-Marie Guichoux, président de l'association, créée en 1987 en Vendée.
« SOS Familles Emmaüs s'inscrit dans la lutte contre le mal endettement au moyen d'un soutien ponctuel apporté aux familles en situation de précarité financière », souligne un dépliant de l'association.
« Sur la totalité des demandes d'aides, nous en acceptons un bon tiers, sur la base d'une étude au cas par cas », poursuit Pierre-Marie Guichoux. Les aides vont d'avances financières, sans frais ni intérêts, sur les fonds propres de l'association (plafonnées à 3 000 €) à des formules de micro-crédits, où entrent en jeu le partenaire Crédit mutuel océan ( « une vingtaine de dossiers acceptés par an ») mais aussi le Crédit agricole, dans des registres distincts.
Une voiture pour aller au travail ?
Les fonds propres de SOS Familles sont assurés par le remboursement des aides consenties, mais aussi par la solidarité de la maison mère, Emmaüs, via ses deux communautés de Vendée, les Essarts-Vairé (12 000 € par an) et Fontenay-le-Comte (4 500 €). Des participations auxquelles s'ajoute une contribution du Département (8 000 €) « qui éponge à peu près nos pertes (NDLR : des avances non remboursées) de l'ordre de 8 % par an », complète Jean-Bernard Jaumier.
Une personne a trouvé un boulot, mais ne dispose pas d'un moyen de locomotion pour se rendre à son travail ? C'est le genre de situation auquel SOS Familles peut répondre : « 95 % des demandes qui nous parviennent sont liées à des problèmes de mobilité ». Pour aller au travail, mais aussi, s'agissant de personnes éloignées de tout, pour faire leurs courses, tout simplement. Mais encore pour faire face à une facture EDF intempestive.
Mieux, SOS Familles a noué un partenariat avec les Artisans de l'automobile de Vendée, aux termes duquel une bonne dizaine de garagistes du département, en sympathie avec l'association, consentent aux personnes ayant reçu l'aide de SOS Familles, des devis de réparation à tarifs préférentiels, en tirant les prix au plus juste, en utilisant des pièces de seconde main, éventuellement, mais conformes. Avec les garagistes, c'est encore du dépannage.
(1) SOS Familles Vendée, 71, boulevard Briand, La Roche-sur-Yon, tél. 02 51 05 46 72.
Le coup de pouce qu'il me fallait
« J'ai eu un accident avec ma voiture. Trop de dégâts pour envisager de la réparer. Elle est partie à la casse ».
La vie d'étudiante de Léa Bessonnet ne pouvait pas plus mal commencer. Pas de voiture pour se rendre à ses cours au Centre départemental de formations supérieures de La Roche-sur-Yon, antenne de l'Université de Nantes, où elle préparait à l'époque une double licence, de Droit et de Langues étrangères appliquées. Pas de voiture aussi pour se rendre à ses rendez-vous médicaux. Et pas de voiture non plus pour rendre visite à sa maman handicapée. Bref l'impasse.
« J'ai pu m'acheter une nouvelle voiture »
« J'avais absolument besoin d'un moyen de locomotion. Mais, la prise en charge de mon véhicule accidenté par l'assurance ne couvrant pas l'achat d'une nouvelle voiture, il me fallait trouver une solution ». Autrement dit un prêt. Etudiante sans travail, « les banques m'ont fait comprendre qu'elles ne pouvaient rien pour moi ».
La solution est venue via les Restos du coeur qui ont mis Léa sur la piste de l'association SOS familles Emmaüs. Laquelle a sollicité l'aide de sa banque partenaire, le Crédit mutuel océan pour un microcrédit : « J'ai ainsi obtenu un prêt de 2 000 €, ce qui m'a permis d'acheter une nouvelle voiture et de régler pas mal de mes problèmes ». Léa dit avoir même pu rembourser son prêt par anticipation.
Aujourd'hui, à 22 ans, ses deux licences en poche, Léa est étudiante à Paris. A la Sorbonne nouvelle (Université Paris 3), elle prépare un master de traduction trilingue juridique et financier (français, anglais, italien). Une formation en deux ans, au terme de laquelle elle se mettra sur le marché du travail, dans les domaines de la traduction ou de l'édition : « Il y a pas mal de perspectives ».
A Paris, sa voiture eut été une charge. Elle l'a donc revendue. Mais, elle reconnaît qu'à un moment clé de son parcours d'étudiante, le coup de pouce de SOS Familles pour l'achat de son véhicule l'a remise sur la route.
Surtout pas dormir dans la voiture
Elle a un petit air de Karen Cheryl. Son joli minois cache bien la vie de galère qu'a connu cette jeune femme de 25 ans.
Un jour (doit-on dire un beau jour ?), elle échoue, venant du Cher, aux Sables-d'Olonne. Pas pour une sortie touristique, pour se mettre à l'abri. Echouer est le mot, ne sachant pas ce qu'elle va devenir. Les Sables-d'Olonne comme si son prénom, Océane, la prédestinait à rejoindre les rives de l'Atlantique. Mais, pas encore de boulot, pas de logement. Enceinte, « je ne voulais pas dormir dans ma voiture », dit Océane Schartier, qui fait partie de ces accidentées de la vie, comme on dit pudiquement.
L'idée lui vient d'aller sur Internet. Elle tombe sur un article de journal consacré à l'association "100 pour 1". Il y a, en fin d'article, un numéro de téléphone qui est en permanence occupé. Et une adresse à laquelle elle décide de se rendre.
La voilà chez Anita Trichet, la présidente d'alors de "100 pour 1", par une journée de mauvais temps, se souvient cette dernière, mais qui, pour Océane, est le début de l'éclaircie. L'association n'avait pas de place disponible, « mais grâce à "100 pour 1" qui a pris contact avec le CCAS des Sables-d'Olonne, j'ai obtenu un logement d'urgence pour un mois, renouvelé exceptionnellement une fois, car j'étais sur le point de trouver un travail ». Puis, un logement social dans le quartier des Nouettes. mais vide. C'est le début d'une belle chaîne de solidarité. Tout le monde se met en quatre pour meubler l'appartement, elle qui n'a rien. Emmaüs, Conférence Saint-Vincent-de-Paul. Et quand la petite Vanina naît, elle a un vrai toit.
Est-ce la fin de l'histoire ? « Pas tout à fait », raconte Océane. Il lui faut changer sa vieille "caisse", dans laquelle elle ne voulait pas dormir, pour un véhicule plus sûr. C'est SOS familles Emmaus qui vient à son secours, en lui accordant une avance financière.
Aujourd'hui, la jeune femme a un emploi. Elle se dit stabilisée et exprime sa reconnaissance à ceux qui l'ont aidée : « Sans eux, je ne sais pas où je serais ». Elle dit avoir, désormais, une vie normale. « Ici, je suis en sécurité ». Océane se sent bien près de l'océan.
Offrir un toit à ceux qui n'en ont pas
L'association 100 pour 1 Vendée Ouest procure des logements aux familles sans abri.
Anita Trichet compte sur ses doigts les logements que l'association peut mettre à la disposition des familles sans toit. Mais, deux mains ne suffisent pas. A ce jour, le "capital" logements de l'association "100 pour 1" est de onze (1). Qu'elle vient de transmettre à Viviane Chapleau, la nouvelle présidente.
Au sortir d'un hiver froid et pluvieux, où il ne faisait pas bon coucher dehors, Anita Trichet, la présidente historique de "100 pour 1 Vendée Ouest" (Vendée Ouest, car l'association rayonne sur le pays des Sables-d'Olonne et le Talmondais) a décidé de passer le flambeau.
Besoin de souffler après neuf ans. Mais, Anita Trichet n'a rien oublié des débuts de l'association. De cette émotion qui l'avait saisie en apprenant qu'une famille avait été mise à la rue, que des gens dormaient dans leur voiture aux Sables-d'Olonne, la perle de la côte vendéenne : « Nous avons fait des démarches auprès de la municipalité ».
Une démarche citoyenne
Bien vite, un collectif se constitue autour d'un mouvement pour l'alphabétisation, l'ARS, du Secours catholique, du CCFD (Comité contre la faim et pour le développement), de la Pastorale des migrants et de SOS Familles Emmaüs. L'association nait dans la foulée en 2017. Et, quatre ans plus tard, intègre le Mouvement Emmaüs.
« Nous revendiquons une démarche citoyenne. Avec les élus, et tous ceux qui veulent participer à notre action, nous essayons de trouver des solutions ensemble, dans un esprit de fraternité », enchaîne Anita Trichet. Les logements de l'association ne lui appartiennent pas, sauf deux qu'elle a acquis à Champ-Saint-Père. Les autres sont mis à sa disposition par la mairie des Sables-d'Olonne, par l'évêché, par des particuliers, dont un couple...depuis 9 ans !
Les logements sont confiés à des familles pour un mois renouvelable :« Mais, ça peut durer longtemps ». A condition de respecter quelques règles, obligation de rechercher un emploi, accepter de recevoir une assistante sociale et la visite de l'association tous les 15 jours.
C'est gratuit. L'association paie charges et assurances. Mais, si le chef de famille trouve du travail, une contribution est demandée. Pas de souci avec les familles accueillies : « Sur les 200 que nous avons logées depuis le début, seules une dizaine ont posé des problèmes ».
Thaïs, qui vivait dans un garage, témoigne : « Vous êtes la seule association à m'avoir tendu la main ».
Gâteau au lait d'oiseau
L'association vit des cotisations de ses adhérents (une centaine), de subventions des collectivités locales, et de dons. De la solidarité aussi. Exemples quand le Rotary local partage sa recette de la vente d'une exposition d'oeuvres d'art, quand les jeunes du collège Notre-Dame de Bourgenay préparent des boites-cadeaux pour les familles accueillies. Ou quand, tout simplement, une famille géorgienne vient faire connaître à l'association sa recette du gâteau au lait d'oiseau. Cela vaut bien tous les mercis de la terre.
Alain LEGOUPIL,
bénévole Emmaüs.
(1) 100 pour 1 Vendée Ouest, 59, avenue Aristide-Briand, Les Sables-d'Olonne, tél. 06 31 13 50 28.
« L'Uruguay, ce fut magique »
Quatre ans après, on sent encore l'émotion poindre chez Christelle Moreau, aujourd'hui co-présidente de la communauté Essarts-en-Bocage Pays-des-Olonnes : « Ce fut un moment magique ». Elle parle de l'assemblée mondiale du mouvement Emmaüs, près de Montevideo, en Uruguay, en 2022. Elle y était. Loin d'une balade touristique. Très loin. 36 pays de toute la planète (sauf l'Australie) réunis pour une semaine riche d'échanges et de grande fraternité.
Tous les quatre ans, le mouvement Emmaüs rassemble ses forces vives du monde entier pour un moment de grande respiration autour d'un thème : « En Uruguay, ce fut "Résister, s'engager, exister " », raconte Christelle Moreau, partie en Amérique Latine en petite délégation, avec le directeur de la communauté d'alors et un compagnon, délégation rejointe par des mouvements amis.
Le petit groupe ne n'est pas envolé vers un pays aussi lointain, pour une cause aussi forte, les bras ballants : « Cette participation à l'assemblée mondiale a été préparée dans toutes les communautés du monde. Chez nous, deux mois avant, il y a eu des réunions pour sensibiliser la communauté au thème de ce rassemblement universel ».
L'assemblée mondiale du mouvement Emmaüs, aime rappeler Christelle Moreau, « c'est l'organe suprême de la démocratie du mouvement ». Chaque pays, devant les 400 participants, est venu témoigner de ses expériences, avec ses sensibilités. Pour Christelle Moreau, « ce fut une révélation, une prise de conscience qu'Emmaüs, partout où il est, sait s'adapter à son environnement ». En Inde, c'est le combat pour les femmes qui prévaut, en Afrique, l'eau et l'accès à la scolarité, en Amérique latine manger tous les jours : « Tout ça, je le savais, mais je l'ai vu », insiste-t-elle.
Emue encore par le discours de clôture de l'ancien président d'Uruguay, José Mujica « qui donnait son salaire de président » aux plus pauvres de son pays.
L'assemblée mondiale d'Emmaüs international 2026 a eu lieu aux Pays Bas, en avril. Une nouvelle présidente y a été élue, Carina Aaltonen, première femme à occuper ce poste. Les Vendéens n'y participaient pas. Mais, ils y étaient au moins par la pensée, d'autant plus que le thème "Guerre et précarité" parle aux Européens.
Emmaüs international présent dans 40 pays
Le Mouvement créé en 1971 prolonge l'action née en France dans les années 50.
Aujourd’hui, le Mouvement Emmaüs compte près de 450 groupes, dont environ 300 sur le territoire français, réunissant près de 38 000 acteurs et actrices engagés.
Créé en 1971, Emmaüs International a pour mission de fédérer ces 450 groupes qui agissent quotidiennement dans près de 40 pays afin de venir en aide aux plus démunis et de lutter contre les causes de la misère.
Depuis 2004, ces groupes sont organisés en quatre grandes régions : Europe, Afrique, Amériques et Asie. Ils sont représentés au sein du conseil d’administration par des conseillers internationaux.
Un manifeste universel exprime clairement l’objectif d’Emmaüs :
« Agir pour que chaque homme, chaque société, chaque nation puisse vivre, s’affirmer et s’accomplir dans l’échange et le partage, ainsi que dans une égale dignité ».
Sous la direction de son président depuis dix ans, Patrick Atohoun, le conseil d’administration de cette ONG (Organisation non gouvernementale) met en œuvre les orientations et décisions adoptées en assemblée générale. Il coordonne les réflexions en faveur de la défense des droits des plus pauvres, organise la communication auprès du grand public et des pouvoirs publics, et pilote les actions de solidarité ainsi que le partage des ressources entre les organisations membres.
Un comité exécutif et un secrétariat international complètent cette organisation.
Moment clé de la vie du Mouvement, une assemblée mondiale se tient tous les quatre ans. Elle constitue un temps fort de rencontre et de dialogue entre les différentes composantes d’Emmaüs et permet de définir les grandes causes à défendre au cours des quatre années suivantes.
Jean-Louis GIRAUD,
secrétaire général d'Emmaüs.
Annick TAROT : « Partager les mêmes valeurs avec des gens différents de nous »
« Chaque fois que c'était possible, j'y suis allée ». Même si cela finit par coûter, convient-t-elle. Mais, qu'importe ! Dès qu'une occasion de rencontre internationale se présente, Annick Tarot, membre de SOS Familles Emmaüs, est volontaire pour y participer. Elle était à l'assemblée mondiale d'Uruguay en 2022, bien sûr (photo). Mais, aussi en Italie. Aux journées européennes de Manchester, en 2014, en Roumanie (2023), à Genève, etc...
« Ce type de rencontres, ça enrichit, ça ressource, ça dynamise. C'est important de partager les mêmes valeurs avec des gens très différents de nous ».
Elle aime l'échange des idées pour rendre meilleur un monde, « qui oublie beaucoup la solidarité et la justice sociale ». Sans compter la dimension écologique, rappelant « le rôle pionnier d'Emmaüs dans la démarche de donner une seconde vie aux objets, autrement promis à la décharge ». Ce qu'on appelle, en 2026, l'économie circulaire.
Stéphanie, Madame chiffres
« C'est un plaisir de venir travailler. Ici, je m'épanouis ». A Emmaüs, Stéphanie Uyttebroeck règne sur les comptes et l'administration de la communauté. Elle est assistante administrative et comptable.
Cette femme du Nord, au nom bien flamand par filiation, est arrivée en Vendée, via La Rochelle, au hasard de son chemin de vie. Et à Emmaüs en suivant le fil de son mari, chineur devant l'Eternel, habitué des ventes Emmaüs partout où il est passé, dans sa carrière. Un jour, installée à La Roche-sur-Yon, Stéphanie a entrepris un parcours de reconversion professionnelle. Elle avait un stage à faire et elle a choisi devinez où ? A Emmaüs. L'histoire continuait de s'écrire. De stagiaire, elle est devenue bénévole, au rayon livres. Et de bénévole, salariée au bout de 5 mois, en 2023.
Dans son bureau qu'elle partage avec Brigitte, ancienne comptable, aujourd'hui retraitée, trésorière d'Emmaüs, Stéphanie jongle avec les factures et les relations avec la banque de la communauté. Surtout quand ces relations concernent les avoirs des compagnons. Chacun touche un pécule mensuel de 416 € : « Beaucoup reçoivent cette allocation par virement. Mais, certains en espèces ». La communauté ne fait pas qu'effectuer ce versement. Elle aide chacun pour ses frais de coiffeur, 13 € par mois pour les hommes, 40 € pour les femmes. Sans compter, par exemple, une aide pour l'achat de produits d'hygiène et un forfait à chacun de 300 € par an pour ses loisirs.
Ce qui plaît à Stéphanie, c'est qu'il y a de l'humanité dans le dédale des chiffres de la comptabilité, cette activité habituellement dénuée de sentiment : « Je m'épanouis ici par la nature des tâches qui sont différentes et par les relations avec les compagnons et compagnes ». Pur hasard, une ancienne compagne vient, au cours de l'entretien, présenter son dernier né à Stéphanie. Moment d'émotion.
Cela dit, Stéphanie, mère de trois enfants, a aussi une vie en dehors d'Emmaüs. A Mouchamps, où elle demeure, elle pratique le badminton. Mieux, elle est devenue la présidente du club local. Quand elle ne jongle pas avec les chiffres, elle le fait avec le volant de son sport préféré.
« J'y retourne pour leur parler d'espoir »
La jeune femme, sortie de la précarité, revient rencontrer ses anciens compagnons.
Diane Kouadio, coquette, reçoit dans le salon-salle à manger de sa petite maison en bande, sur les hauteurs de Pouzauges.
La table est recouverte d'une toile cirée au décor de grains de café, comme pour lui rappeler son pays, la Côte d'Ivoire, quatrième producteur africain de la précieuse graine aux saveurs de robusta ou d'arabica, c'est selon.
Diane est une ancienne d'Emmaüs Les Essarts. Après avoir galéré, la voilà stabilisée. Elle vit avec ses deux enfants, auxquels sont venus s'ajouter les deux enfants de son compagnon. Et elle travaille, avec un CDI, s'il vous plaît, dans une entreprise d'agro-alimentaire des Herbiers, où elle est chargée de la préparation des commandes.
« Mon arrivée en France, en 2016, a été facilitée par le fait que mes quatre soeurs y vivaient déjà. Plus, mon frère qui habite, ici, près de Pouzauges ».
Ce ne fut pourtant pas évident, selon ses mots, de faire le grand saut, elle la dernière de la fratrie, dont les parents sont aujourd'hui décédés. Passer de la capitale de la Côte d'Ivoire à Paris, déjà, ce fut un défi. Mais, de Paris à la Vendée...quoique. Elle voulait s'installer au calme. A Pouzauges, vers où son frère l'avait dirigée, c'était gagné.
« J'ai voulu prendre mon envol »
Elle va de logement en logement, mais l'association locale AMI, qui accueille les migrants à Pouzauges, va la prendre en charge et lui faire connaître Emmaüs, aux Essarts : « Le renouvellement de mes papiers ayant été refusé au bout d'un an, j'ai dû me battre, avec un avocat, pour obtenir gain de cause ».
La jeune femme, 39 ans aujourd'hui, volontaire en diable, emménage aux Essarts en juillet 2021. Elle ne restera que 20 mois à Emmaüs, mais suffisamment pour qu'on se souvienne d'elle. On la met à la cuisine, où elle fait connaître les recettes de son pays. Puis, au tri des vêtements. Elle crée un groupe de paroles de femmes : « On a essayé de mettre de la dynamique dans la communauté, en inventant des animations et des sorties ».
Mais, au bout d'un moment, « j'ai voulu prendre mon envol ». Premier emploi en usine, puis en restauration, elle a fini par atterrir dans cette entreprise des Herbiers où elle semble s'épanouir. Au point de penser sérieusement, au bout de 10 ans en France, à demander la nationalité française : « J'essaye de m'y préparer, en m'informant sur le pays ».
Elle est reconnaissante à Emmaüs de l'avoir aidée dans son parcours : « Emmaüs m'a aussi donné l'envie d'aider les autres ». Elle revient régulièrement, dit-elle, aux Essarts : « J'y vais pour parler d'espoir aux compagnons présents et aux compagnes ». Ils sont bien obligés de la croire quand ils la voient arriver au volant de sa voiture.
Alain LEGOUPIL,
bénévole Emmaüs.
À Vairé, dans la cathédrale du bric-à-brac
Emmaüs s'est implanté près de la côte, au contact des retraités et des vacanciers.
C'est si haut de plafond que cela ressemble à une cathédrale. Si on présente ici, occasionnellement, des prie-Dieu et des objets religieux, c'est un lieu de vente pour objets de toutes sortes en recherche d'une nouvelle vie. Une sorte de grand-messe du bric-à-brac.
Nous sommes à Vairé, près des Sables-d'Olonne, le second site de la communauté Emmaüs Essarts-en-Bocage Pays-des-Olonnes : « Nous souhaitions nous rapprocher de nos donateurs et de nos clients de la côte », dit-on à Emmaüs. En 2016, Emmaüs rachète à Veolia ce bâtiment, délaissé, où la société exerçait des activités de récupération. Le grand bâtiment industriel (2 500 m2 avec 3 000 m2 de parkings, agrandi, depuis, d'une cour couverte) ne change pas vraiment de destination. On y fait toujours de la récupération, mais à la façon Emmaüs.
Cannes de golf et casseroles
Ce jeudi, c'est jour sans vente. Une dizaine de personnes, compagnons et compagnes, renforcée par des bénévoles, préparent la fin de semaine. On trie, on classe, on répare éventuellement, et on met en rayon. Demain, vendredi et samedi, on attend la foule. Comme chaque jour de vente.
A l'entrée, une galerie de tableaux accueille le visiteur. Plus loin, le grand espace des meubles.
Dans la cour des dons, le camion d'une grande surface de bricolage vient livrer des stores-bannes qui ne sont plus vendables en magasin et un portique pour enfants. Dans les grands bacs repose le contenu des dons de la veille. Vrai bric-à-brac où voisinent jouets, ustensiles de cuisine, petits meubles et... un sac complet de cannes de golf ! Cet apparent désordre ne va pas durer longtemps. Une « brigade » va arriver pour trier tout ça : « Ici, les gens savent ce qu'ils ont à faire », constate Frédéric Despagne, encadrant technique.
La cour est l'un des lieux les plus visités. On y trouve des objets pour trois francs-six sous. C'est-à-dire trois fois rien. A côté, c'est le domaine des bibelots, qui voisine avec l'électroménager. On croit arriver dans un restaurant, comme si le couvert avait été mis pour le visiteur : « On va jusqu'à laver vaisselle et verres pour obtenir ce rendu », poursuit Frédéric. La même obsession prévaut au rayon vêtements et plus loin à la librairie, où les livres, CD, DVD, sont méthodiquement inspectés avant d'être proposés à la clientèle, et les vinyls, revenus à la mode, traqués et jetés à la moindre rayure.
« Ici, nous avons une clientèle différente de celle des Essarts. Retraités et vacanciers y sont plus nombreux ». Preuve qu'Emmaüs ne s'est pas trompé en choisissant Vairé.
Accueil, communauté, fraternité
Ces mots font partie du langage quotidien d'Emmaüs. Mieux qu'un discours, voici une revue d'actualité en quelques photos.
Accueil comme accueil du Conseil municipal des enfants de Vairé (1). Mercredi 11 février les jeunes élus citoyens de Vairé sont venus découvrir la communauté Emmaüs, soeur jumelle de celle des Essarts.
« Comment arrivent les dons ? Qui fixe les prix pour la vente ? ». Les questions ont fusé chez les enfants au cours de la visite. « Des enfants bluffés par le volume d'objets en attente d'être triés et, pour certains, en attente de réparation pour la vente », explique un responsable du site de Vairé. La visite du magasin, des zones de réception et de tri des dons ainsi que les espaces de stockage et de réparation, a été ponctuée de nombreux échanges et a suscité beaucoup de questions de la part des jeunes visiteurs et des élus qui les accompagnaient.
« Nous leur avons expliqué que nous mettons en responsabilité les compagnes et les compagnons, par exemple pour la fixation des prix. Mais, si c'est du neuf, la règle est de diviser par trois ». La visite s’est terminée par un temps d’échange avec les compagnes et compagnons d'Emmaüs, présents ce jour-là, autour d’un goûter de l’amitié. L’occasion de témoignages parfois très émouvants. Devant des compagnons qui arrivent souvent de fort loin, « nous leur avons dit que personne ne quitte son pays de gaieté de coeur et que, chez nous, c'est souvent le dernier espoir pour éviter de se retrouver à la rue ».
Une belle initiative du conseil municipal des enfants de Vairé. A renouveler « avec l'espoir que les jeunes sauront être les meilleurs ambassadeurs d'Emmaüs ».
Thierry MIGNOT,
encadrant technique Emmaüs.
(1) Le Conseil municipal des enfants de Vairé, parmi d'autres initiatives, est à l'origine du parcours d'énigmes qui invite les gens à parcourir les lieux les plus intéressants de la commune (1,2 km).
Une résidence à Vairé, quand ?
Emmaüs a toujours eu le projet de créer une résidence pour ses compagnons à Vairé. L'objectif est de mettre fin à une situation qui n'est pas satisfaisante pour un bon fonctionnement de la communauté.
Chaque jour, une navette fait le trajet depuis Les Essarts pour conduire à Vairé une dizaine de compagnons qui assurent, avec les bénévoles locaux, les opérations d'accueil des dons, de tri et de préparation des journées de vente. Cinquante-cinq kilomètres à l'aller, 55 au retour. Cela ne peut durer. C'est fatigant humainement, c'est écologiquement et économiquement contre nature.
L'idée est de construire une résidence en dur où les compagnons, participant à l'activité économique de la commune, auraient leur vie après leur journée de travail.
Les contacts n'ont pas permis, à ce jour, d'avancer. La communauté Emmaüs met beaucoup d'espoirs dans le renouvellement de l'équipe municipale pour, enfin, aboutir.
A terme, le site Emmaüs de Vairé ira-t-il jusqu'à l'autonomie complète ? Pas impossible.
Robert DROIN,
co-président d'Emmaüs.
DONS ET VENTES :
les jours d'ouverture
Les Essarts
Dons : du mardi au samedi, de 8 h à 12 h et 14 h à 17 h 30.
Ventes : mercredi, vendredi et samedi, de 14 h à 18 h.
Vairé
Dons : mardi et jeudi, de 9 h à 12 h et 13 h 30 à 16 h 30 ; mercredi, vendredi et samedi, de 9 h à 12 h et 14 h à 17 h 30.
Ventes : mercredi et vendredi, de 14 h à 18 h ; samedi, de 10 h à 12 h et 14 h à 18 h.
Paroles d'élus
Alain Leboeuf, président du conseil départemental de la Vendée
« Je veux féliciter Emmaüs pour ces travaux qui vont améliorer les conditions de vie des compagnons ainsi que les conditions d'accueil des très nombreux visiteurs.
Mais aussi remercier toute la communauté pour le travail réalisé sur les différents sites, afin de redonner à des hommes et à des femmes cette fierté d'être utile au collectif par le travail, dans un esprit bienveillant et fraternel.
Enfin, je sais combien Emmaüs et le Département de la Vendée sont animés par le même objectif, celui d'accompagner du mieux possible les personnes qui peuvent connaître des difficultés d'insertion dans leur parcours de vie et leur redonner confiance en l'avenir ».
Martine Simonneau, maire de Vairé
« Avec Emmaüs, l’humain est au cœur de tout.
Chaque compagnon porte des blessures profondes, issues de parcours de vie marqués par la détresse et des douleurs. Grâce à l’engagement des bénévoles, chacun peut se relever. Partage et solidarité font vivre cette belle communauté sur la communauté de Vairé.
En reprenant le site de l'entreprise Veolia voilà une dizaine d'années, Emmaüs a non seulement redonné vie à une friche industrielle, mais, en accueillant chaque semaine donateurs et acheteurs, contribue à l'activité économique de notre commune et à sa vitalité ».
Treize regards qui nous parlent du monde
Compagnons et compagnes ont posé devant l'objectif pour l'expo de l'inauguration.
C'est séance photo, ce matin de fin avril, à Emmaüs. La salle de réunion est transformée en studio de prise de vues. On prépare l'expo photo qui est l'un des temps forts de l'inauguration des 12 et 13 juin. Le sujet : Regards sur le monde.
« Nous avons demandé aux membres de la communauté de participer à cet événement, en se faisant photographier. Même pas le visage, seulement le regard. Treize ont accepté de se porter volontaires », explique Aldo Arciero, bénévole à Emmaüs, mais aussi président du Photoclub sablais, qui prête son concours à cette initiative.
Que l'on soit de Côte d'Ivoire, de France, d'Arménie ou d'Algérie, le regard exprime les mêmes émotions : la joie, la peur, la colère, la détresse, la bonté... Les yeux sont la révélation de toutes les nuances de l'arc-en-ciel des sentiments humains.
« Merci de sourire »
Les 12 et 13 juin, invités et visiteurs sont conviés à découvrir l'exposition en format géant. Une exposition appelée à tourner dans d'autres Emmaüs, notamment à Vairé, site lié à celui des Essarts. Ce matin, donc, la salle de réunion est envahie de matériel professionnel de prise de vues. Matthieu, responsable du magasin Camara de La Roche-sur-Yon, est venu apporter ses précieux conseils aux cinq membres du Photoclub sablais, tous fans de photo. « Merci de sourire, la photo sera plus sympa. Pense à un événement joyeux », conseille Aldo. « A la victoire du PSG sur le Bayern, à ta dernière soirée entre potes », lance un autre.
Défilent devant l'objectif, Marie, Thierry, Sarrah et dix autres compagnons et compagnes. La scène n'est pas habituelle à Emmaüs, mais, apparemment, tout le monde semble heureux de participer à cette aventure photographique.
Dix sept pays cohabitent à la communauté Emmaüs Essarts-en-Bocage Pays des Olonnes. Autant de latitudes qui entretiennent la richesse du groupe des 56 compagnons et compagnes, partageant leur vie entre Essarts et Vairé. Et cette richesse, ce n'est pas un cliché !
LES MERCIS D'EMMAUS
Emmaüs remercie :
- le magasin de photo Camara, 8, rue Salvador Allende, à La Roche-sur-Yon, tél. 02 51 37 15 90, qui a accompagné toute la démarche de réalisation de l'exposition photo, en faisant don d'appareils aux compagnons d'Emmaüs pour leurs prises de vues et en prêtant du matériel professionnel pour la séance de studio.
- le Photoclub sablais, Pavillon Maurice-Durand, rue de Verdun, aux Sables-d'Olonne, tél. 06 24 72 90 76, qui a réalisé les prises de vues de l'exposition Regards sur le monde.
- la société de publicité et de communication, Mikoko, 14, impasse Auvynet, à La Roche-sur-Yon, tél. 02 51 47 70 10, qui a apporté son savoir faire pour que le projet soit mené à bien.