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Lycée Sainte-Marie, Caen, le 27/01/2026.

Le festival Beauregard : une icône normande

Aujourd’hui pour Sainte M'actus, Paul Langeois, cocréateur du festival Beauregard, a accepté de nous accorder une interview.
Festival Beauregard 2017 (Crédit photo : Wikimedia CC BY-SA 4.0 Pascal Radigue)
Wikimedia CC BY-SA 4.0 Pascal Radigue
Festival Beauregard 2017
Le Festival Beauregard est un festival phare en Normandie, qui se déroule sur le site du château de Beauregard. La première édition du Festival Beauregard a eu lieu en 2009 sous l'impulsion de Paul Langeois, directeur-programmateur du Big Band Café, Claire Lesaulnier sa femme, régisseuse et organisatrice de concerts, et Patrick Simon, gérant d'une agence de communication. 17 ans plus tard, le festival a réunit 156 000 festivaliers sur 5 jours, soit 32000 par jour.
Vous avez commencé avec le BBC. Créer un festival a toujours été une ambition, un rêve d’enfant ?
J’ai organisé des concerts très jeune, je n’avais même pas 18 ans. Caen n’était pas du tout la ville que tu peux connaître aujourd’hui : il y avait très peu de concerts, c’était compliqué. J’ai commencé à inviter des groupes dans des bars, dans des salles. C’est devenu ma passion très tôt. Puis je suis devenu directeur du BBC, les gens me connaissaient, me faisaient confiance.
Au départ, on ne se disait pas qu’on allait créer un festival. C’était plutôt une envie de combler un vide ici, de proposer un événement qui puisse accueillir des artistes internationaux, pour que les Normands puissent les voir sans aller à Paris. Je ne dirais donc pas que c'était un rêve d'enfant, mais plutôt la suite logique des choses.
Aujourd’hui, le festival Beauregard est un festival intergénérationnel. C'était un objectif ?
Comme je l'ai dit, l’objectif premier, en 2009, était d’amener un événement de ce type sur la région caennaise, et de faire venir en Normandie des artistes internationaux. Puis le festival a évolué, a grandi année après année. La programmation s’est ouverte à des choses beaucoup plus variées. Au début, c’était très rock, et rapidement on a fait des musiques urbaines, pour attirer un public plus jeune qui ne venait pas à Beauregard.
Désormais, c’est devenu un festival que l’on appelle « généraliste », mais ce n’est pas négatif : c’est un festival grand public qui arrive à rassembler différentes générations, et on en est plutôt fiers. En tout cas, au début, ce n’était pas l'objectif et on n’y avait pas pensé.
Qu’est-ce qui était le plus dur au début : la logistique, le stress, les financements, la programmation ? Pour se lancer dans la première édition, il faut un brin de folie, car on n’avait pas de subventions et un budget qui avoisinait le million d’euros. Les premières années ont été rudes, avec des comptes souvent dans le rouge, obligeant l’équipe a avancé pas à pas. Heureusement, le festival a pris de l’ampleur au fil du temps, et le budget a augmenté. Ça montre que Beauregard plaît, mais ça montre aussi les risques toujours plus grands pris chaque été. Donc effectivement, beaucoup de stress dû aux imprévus, et parce que c’était la première fois.
Même si je suis dans le milieu du spectacle depuis longtemps, c’est très différent de faire un concert dans une salle et sur un champ. Il y a des routes à bloquer, des arrêtés préfectoraux à mettre en place. La première édition, on avait tellement la tête dans le guidon qu’on ne regardait même pas le nombre de places vendues. Quand on a vu qu’il y avait du monde, que les gens et les artistes étaient heureux, que l’édition s’était bien déroulée sans débordements, on était contents, qu’on ait perdu de l’argent ou non. Les gens nous demandaient les prochaines dates, et c’était hyper motivant.
Finalement, est-ce un peu grâce au soutien du public que vous n’avez jamais pensé à arrêter le festival ?
Oui, car même lorsqu’il y a un déficit financier, si les gens sont là, contents et passent un bon moment, ça donne envie de continuer.
Mais l’aspect financier reste très important et peut faire que tu arrêtes un jour, comme en 2013, où on a vraiment perdu énormément d’argent. On s’est sérieusement posé la question de l’intérêt de repartir sur une édition. L’argent peut t’obliger à te dire : « là, ce n’est plus rentable, il faut arrêter, le modèle économique ne fonctionne pas ». Si tu perds de l’argent et qu’en plus on te dit que rien ne va, que les artistes n’étaient pas contents, là tu arrêtes. Mais quand tout fonctionne à part l’argent, ce n’est pas grave.
Qui est John ? Quel est son rôle ?
Ce qui est bien dans la vie, c’est d’avoir toujours une part de mystère. Les plus belles choses ne sont pas forcément celles que l’on connaît. Cette question, « qui est John ? », fait partie de la magie. John est un nom apparu dès la première édition, lors de la création du Facebook du festival. On l’a appelé « John Beauregard » et non « Festival Beauregard ».
Sans trop en dévoiler, c’est un nom arrivé presque par hasard, mais qui a rapidement pris de l’importance. Les gens s’adressaient à une personne et non à un événement : « Salut John, quand est-ce que tu dévoiles la programmation ? » « Merci John d'avoir programmé tel artiste ». C’est à partir de là que John est vraiment né. Aujourd’hui, John est la signature du festival. Pour certains, c’est le fantôme du château ; pour moi, c’est l’esprit de Beauregard. C'est également un bon outil de communication pour parler au public.
Quelle édition vous a le plus marqué ?
La première reste inoubliable, surtout à cause du doute : est-ce que le public va venir ? Le site était encore mal maîtrisé, et on a dû faire face à pas mal de difficultés.
L’édition 2012 a aussi laissé une trace forte, avec cet orage violent qui nous a tous stressés. Pour un festival en plein air, la météo est toujours un défi. Lors d’une édition récente, de fortes pluies ont même coupé l’électricité dans les bars… mais heureusement, les scènes ont tenu. Au final, ça a soudé encore plus les bénévoles et l’équipe.
Et puis, la météo, c’est aussi un risque financier. Même avec des billets vendus, si les gens consomment moins, le budget peut vite devenir fragile.

Comme le disait Patrick Simon, « un festival, c’est toujours un coup de poker sur trois jours ». D’autant que certaines éditions, dont la première et la dernière, ont fini dans le rouge.
Aubin Lecordier--Segard
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