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Lycée Sainte-Marie, Caen, le 18/05/2026.

Mission : retrouver les œuvres spoliées !

Cette mission n'est pas seulement retrouver mais aussi restituer celles appartenant aux musées, pour réparer les erreurs du passé.
Soldats allemands posant avec un tableau avant son transfert le 04/01/1944 (Crédit photo : Bundesarchiv, Bild 101I-729-0001-23 / Meister / CC-BY-SA 3.0)
Bundesarchiv, Bild 101I-729-0001-23 / Meister / CC-BY-SA 3.0
Soldats allemands posant avec un tableau avant son transfert le 04/01/1944
Lors de la Seconde Guerre mondiale, le monde de l'art tremble. Sous une domination autoritaire, les œuvres d'art sont spoliées, au détriment des artistes et des propriétaires. On estime que plus de 100 000 œuvres d'art sont dérobées par le régime nazi. Ces œuvres prennent une place importante dans la doctrine de Hitler. Celles-ci possèdent deux rôles : le premier est de démontrer la puissance culturelle du régime et le second est de légitimer le principe de supériorité de la « race aryenne ». Selon le régime antisémiste, les personnes allemandes ayant la peau, les yeux et les cheveux clairs sont supérieurs aux autres. Le sujet de la restitution perd de son importance dans les années 1980, la France préférant ignorer l'horreur de l'histoire, et ne reprend que depuis 20-25 ans. La grande mission de restitution est alors lancée et soutenue par de nombreuses institutions.
Un régime organisé pour la spoliation Lorsque Hitler proclame le début de son régime le 30 janvier 1933, l'horrible machine s'élance. L'importance de la culture pour le Führer se fait ressentir immédiatement. Effectivement, dès septembre 1933, la Chambre de Culture du Reich est fondée. Elle a pour but de diffuser la culture aryenne dans tout le pays ainsi que de promouvoir l'idéologie du parti et de le légitimer à travers des œuvres d'art. C'est en 1941 que la déportation des Juifs commence. Des logements sont abandonnés, certains cachant de luxueux objets, tels que des tableaux. En France, la spoliation débute à l'été 1940 avec l'ambassade d’Allemagne. Le principal auteur de ce crime, ou du moins un des organisateurs, est le Reichsleiter Rosenberg. Son rôle est de confisquer les biens culturels détenus par les Juifs, de récupérer les biens restés dans les logements vides et de saisir les comptes bancaires des personnes déportées, tuées ou ayant fuit leur domicile. Ce crime trouve appui dans le régime de Vichy, avec l’aryanisation volontaire ou forcée. Elle consiste à discriminer économiquement les juifs, les forçant à vendre leurs possessions à des prix très bas afin de survivre. A cause de cette aryanisation, les biens culturels des personnes juives sont achetés par l’État allemand, lui permettant de gagner en objets culturels et d'acquérir de nombreux tableaux.
Une héroïne à l'origine de le restitution Tout commence avec Rose Valland, française au courage immense, à qui nous devons un appui inestimable. Madame Valland qui est d'abord bénévole en 1932, obtient un poste d'attachée de conservation à la Direction des Musées Nationaux en 1941, au musée du Jeu de Paume. Début octobre 1940, le Musée est réquisitionné par l’Einsatzstab du Reichleister Rosenberg, service allemand qui se charge de contrôler, surveiller et ramener les œuvres spoliées en Allemagne. Le musée va donc servir d'entrepôt.
Grâce à son poste, Rose voit passer les œuvres et parvient à les lister avec non seulement leur identité mais aussi leur dépôt et leurs propriétaires. Après la guerre, elle s'engage aux côtés des libérateurs afin de les retrouver et les restituer. Cette action est facilitée par sa liste. Grâce à ses nombreux efforts, 60 000 objets culturels sont retrouvés en Allemagne, dont 45 000 sont restitués jusque dans les années 50. C'est ainsi que commence la restitution des biens volés.
Une prise en charge par l’État Cette mission est gérée par l’État qui met en place depuis quelques années de nombreux moyens de l'accomplir. Par exemple, le podcast « A la Trace », créé par le Ministère de la Culture, a pour but de raconter et de sensibiliser à cette restitution. Pour alimenter son contenu, le podcast se base sur le projet « Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 », entrepris par le ministère en 2019. David Zivie, chef de la mission et sa collaboratrice Elsa Vernier-Lopin, chargée de recherche, s'appliquent à rendre justice à chaque œuvre. Et cela grâce à des épisodes présentés avec la voix de Florence Loiret Caille et réalisés par Léa Veinstein. Chaque épisode présente une œuvre particulière, remontant sa trace à travers la France, l'Allemagne ou encore l'Angleterre, retrouvant les musées où elle est conservée. A travers cet audio, nous découvrons la voix et le témoignage des descendants ou des représentants des personnes spoliées, nous permettant une immersion et une meilleure compréhension.
Afin de faciliter la restitution des œuvres qui sont rentrées dans le domaine public, c'est-à-dire devenues propriété de l’État, la ministre de la culture Rima Abdul Malak, a soumis un projet de loi le 21 février 2022. Celui-ci a permis d'assouplir les procédures permettant aux objets culturels présents dans le domaine public d'être rendus à leurs propriétaires. Des oeuvres telles que « Rosier sous les arbres » de Gustav Klimt, rentrée dans la collection du musée d'Orsay en 1980, ont ainsi pu retrouver leurs vrais propriétaires.
L'action des musées L’État n'est pas le seul à participer. De nombreux musées se donnent pour mission de restituer ces œuvres perdues, comme par exemple le Musée des Beaux-Arts de Rouen en 2022. Celui-ci conservait 3 141 pièces artistiques dont certaines étaient d'origine inconnue. Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, et le musée se sont fixés, l'objectif de trier et de restituer toute œuvre ayant été spoliée. Commence alors un plan en trois étapes. Tout d'abord répertorier les œuvres acquises auprès de la famille ou de l'artiste, avant 1933 ou après 1933, qui ne présenteraient donc aucun risque de spoliation, 59 % de la collection est écartée. Ensuite, grâce aux archives, des études sont menées et permettent de séparer les œuvres en deux groupes, le premier composé de 19 % d’œuvres à risque mais qui, faute de documents, ne peut être tracé, et le second composé de 22 % à risque mais accompagnées d'archives permettant de retracer leurs origines. Ces 22 %, soit environ 700 œuvres, ont été étudiées et seulement 38 répertoriées comme suspectes. Elles ont alors été classées en catégorie allant de 1 à 5 sur le risque de spoliation. De ces recherches sont ressorties 7 œuvres avec un grand risque de spoliation, en particulier « Madame Guillaumin cousant » d’Armand Guillaumin. Elle a alors été soumise à de multiples études et fera l'objet d'une requête auprès de la Commission d’indemnisation des victimes de spoliation afin de permettre une reconnaissance juridique et une restitution aux vrais propriétaires.
Ce premier pas incite la Métropole de Rouen à persévérer et améliorer ses moyens de restitutions. Elle met en place des visites pour le public afin de découvrir l'Histoire de l'art lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle poursuit l'étude de sa collection et le risque de spoliation et soutient les étudiants souhaitant mener des recherches sur le sujet en mettant en place des financements. Elle publie ses recherches afin de partager ses connaissances et enfin, écrit sur le site du musée l'histoire de ces œuvres.
Andréa Mangeant
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