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Auto-fermentation : ces intestins convertis en brasserie

Le syndrome de l’auto-fermentation se caractérise par l'augmentation du taux d’alcoolémie de certaines personnes alors qu'ils n'en ont même pas consommé.
Molécule d'éthanol (Crédit photo : Pixabay)
Alors que les premiers cas de ce syndrome ont été répertoriés au Japon en 1950, celui-ci, peu connu dans le monde, puisqu’on ne compte à ce jour qu’une vingtaine de cas, se caractérise par un taux trop élevé d’alcool dans le sang, sans aucune consommation d’alcool, poussant parfois les victimes jusqu’au tribunal pour état d’ivresse au volant.

Quelques cas pour illustrer ces conséquences... Un Belge, assurant ne pas boire d’alcool mais contrôlé plusieurs fois avec un taux d’alcool allant jusqu’à 0,9 mg/L au dessus de la limite autorisée (0,25 mg/L d’air expiré), a donc dû faire face à la justice. En effet, en 2019, sa suspension de permis avait été entraînée pour alcool au volant, puis en 2022, plusieurs contrôles ont révélé un taux d’alcoolémie bien trop élevé. Lors de son procès pour conduite en état d’ivresse, le jeune homme a donc dû prouver devant la justice qu’il souffrait de ce syndrome bien spécial et très rare.

Vivant avec l’impression d’une gueule de bois permanente sans consommation d’alcool, un Britannique de 34 ans décida d’aller consulter suite aux soupçons de sa femme qui le croyait alcoolique. Le jeune homme, pendant un an vomissait tous les jours et la situation était devenue invivable. Les médecins, après lui avoir fait passer quelques tests constatèrent avec surprise que son taux d’alcoolémie explosait et était même semblable à la consommation de 7 verres de whisky d’affilée. Les professionnels s’intéressèrent ainsi de plus près à ce phénomène nouveau qu’ils n’avaient jamais rencontré auparavant, dû à une consommation de glucides trop importante. Grâce à des changements dans ses habitudes de vie et un traitement, le patient dit n’être ivre que « deux ou trois fois par mois » à présent.

D’autres cas montrent également que suite à l’ingestion d’une importante quantité de glucides, une forte concentration d’alcool est présente dans l’organisme avec une hausse de la quantité de levures Candida albicans (champignon pathogène présent chez un grand nombre d’adultes, n’entraînant normalement aucun problème de santé sauf chez certaines personnes chez lesquelles il provoque des infections) retrouvées dans l’intestin.

Malgré des désaccords au sein des scientifiques, certains réfutant la possibilité que seul ce déséquilibre en levure ait un si gros impact, l’enjeu est réel car plusieurs cas ont conduit des personnes au tribunal mais aussi à des problèmes de santé inquiétants.

Qu’est-ce que c’est ? L’auto-fermentation est donc une infection rare provenant du processus de production par notre corps d’éthanol, molécule d’alcool qui ne s’élimine ensuite pas chez les patients avant de passer dans leur sang et d’être donc diffusée dans l’ensemble du corps, créant un état d’ivresse. Le processus se caractérise en plusieurs étapes. En ingérant des aliments riches en glucides, les sucres ingérés fermentent au sein du système digestif pour se transformer en éthanol (C2H60), et donc en alcool. Produisons-nous tous de l’éthanol naturellement en tant qu’être humain ? Et bien la réponse est oui ! Tout le monde en produit, mais rassurez vous, cette production s’effectue normalement en quantité tellement faible qu’elle n’a aucune mauvaise incidence sur notre santé. Cependant pour de rares personnes, ce n’est pas si simple que ça, la molécule se diffuse, et est même nocive pour les patients.

Quels sont les déclencheurs de ce drôle de syndrome ? Déjà citée précédemment, l’ingestion d’aliments riches en glucides est une des causes majeures à l’origine de l’inflammation, mais ce n’est pas la seule. En effet, le microbiote intestinal peut être déséquilibré par des bactéries et des champignons spécifiques favorisant par la suite la fermentation chez certaines personnes. Des maladies sous-jacentes telles que le diabète, la maladie de Crohn, mais aussi des opérations intestinales antérieures favorisant l’apparition du syndrome, par modification des micro-organismes du système digestif, sont également vecteurs de production excessive d’éthanol.


Quels symptômes pour cette maladie ? Suite à une augmentation rapide du taux d’alcool dans le sang sans boisson alcoolisée, les symptômes semblables à un état d’ivresse sont irréfutables. Deux heures après un repas riche en glucides, le temps de la digestion, les symptômes sont donc nombreux : vertiges, nausées, vomissements. Le taux d’alcool dans le sang peut d’ailleurs s’élever à 4 g/L dans les cas les plus graves, selon la quantité de glucides ingérée, pouvant ainsi être responsable d’un coma éthylique et donc d’un danger mortel, ou encore de maladies propres à l’alcool telles que des cancers, ou des cirrhoses.

Peut-on guérir de cette vie d’ivresse ? Il n’y a malheureusement à ce jour aucun remède magique permettant aux patients souffrant de l’auto-fermentation de guérir totalement. L’idée est cependant d’essayer de limiter la production d’alcool dans le corps en adoptant un régime particulier, pauvre en glucides, bloquant ainsi le déclenchement du syndrome. La réduction d’aliments ultra-transformés est elle aussi importante. Malgré tout, ces deux diminutions alimentaires ne doivent tout de même pas mener à l’élimination totale de ces aliments, n’étant pas conseillée et ne se présentant pas comme la solution ultime à toute rémission du syndrome. Des mesures diététiques peuvent être accompagnées de médicaments comme des antifongiques (médicaments traitant des infections causées par des champignons microscopiques et levures), dépendant tout de même du diagnostic du médecin.

GUILLOSSOU--GAUTHIER Célia
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