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Lycée Frédéric Ozanam, Cesson-Sévigné, le 19/05/2026.

Politique et avenir : le message de Françoise Gatel à notre génération

La ministre de l’Aménagement du territoire retrace son parcours de « citoyenne engagée » et adresse un message fort à la jeunesse. Interview exclusif.
Françoise Gatel (Crédit photo : Elodie Debains)
Elodie Debains
Françoise Gatel
Figure politique bretonne devenue ministre, Françoise Gatel porte un regard lucide sur deux combats qui lui tiennent à cœur : la visibilité des femmes dans la vie publique et l’engagement des jeunes en politique. Dans un échange franc, elle raconte les obstacles, les progrès, et ce qu’elle attend de la nouvelle génération pour réinventer l’avenir démocratique. Qu'est ce qui vous à donné envie de vous engager en politique ? Je me considère avant tout comme une citoyenne engagée. Dans ma famille, l’implication a toujours été naturelle : associations, écoles, sapeurs‑pompiers volontaires… J’ai grandi dans cette culture du service. En arrivant à Châteaugiron, je me suis investie dans l’association des parents d’élèves, puis j’ai été sollicitée pour rejoindre le conseil municipal. De fil en aiguille, j’ai été adjointe, puis maire, puis présidente de la communauté de communes et de l’association des maires d’Ille‑et‑Vilaine.
À force de travailler sur l’action locale, j’ai vu que certaines lois compliquaient la vie des élus. C’est ce qui m’a conduite au Sénat : l’envie d’agir là où les lois se construisent, pour améliorer concrètement le quotidien des territoires et des élus. Aujourd'hui, je continue mon implication dans cette cause à travers mon poste de ministre à l'Aménagement du Territoire.
Quelles ont été les étapes les plus difficiles et les plus formatrices ? Lorsque je me suis engagée à Châteaugiron, je n’ai pas rencontré de véritables obstacles. Les choses ont changé quand j’ai intégré la communauté de communes du Pays de Châteaugiron, alors adhérente à l’Association des intercommunalités de France. On m’a placée au “bureau des femmes”, une instance créée surtout pour donner l’illusion d’une représentation féminine et refléter une société plus égalitaire qu’elle ne l’était réellement.
Je me souviens très bien de notre première réunion : nous étions une quinzaine de membres réunis. Comme tout le monde, je levais la main pour intervenir sans couper la parole. Mais personne ne remarquait que je voulais parler. J’étais comme invisible. J’ai dû m’avancer pour que le président me voie. C’est là que j’ai compris à quel point la présence des femmes restait perçue comme inhabituelle, et combien notre univers politique demeurait profondément masculin. Ce jour-là, j’ai pris conscience qu’il restait encore beaucoup à transformer.
Quels sont, selon vous, les combats prioritaires aujourd'hui ? Les femmes doivent pouvoir suivre leur route, et les jeunes filles doivent être libres de viser ce qu’elles veulent : ingénieure, astronaute, maçonne, charpentière ou présidente de la République. Rien n’est impossible. On ne doit jamais s’interdire un rêve. Le reste, c’est du travail ; et les filles n’en manquent pas.
Un autre exemple, à 18 ans, on peut déjà être conseiller municipal. L'enjeu d'aujourd'hui, est de rendre cet engagement accessible. L’égalité d’accès des femmes aux métiers qu’elles convoitent demeure un combat actuel prioritaire.
Je pense que le jour où on ne parlera plus du droit des femmes, c'est que l'on sera rentré dans un monde normal.

C’est à vous, la jeunesse, d’agir. Informez-nous, et à nous ensuite de prendre le relais. Je ne pense pas que les freins viennent du fait d’être une fille ou un garçon, mais plutôt du lieu où l’on vit. Quand on habite une petite commune au centre de la France, que le lycée est déjà loin, et qu’on rêve d’une grande école de commerce ou de médecine, cela implique de quitter ses amis, trouver un logement, un moyen de transport… Ce sont ces obstacles-là qui peuvent briser un destin. Je travaille justement pour que les habitants des villes moyennes, comme Vitré ou Redon, puissent accéder à des formations supérieures, par exemple une première année de médecine.
Qu'est-ce qui vous à sensibilisée à ces enjeux ? Je m’appuie sur ce que j’observe, ce que je lis, ce que je vois à la télévision, et surtout sur ce que je découvre lors de mes déplacements dans 56 départements. Je rencontre des profils très différents : chefs d’entreprise, élus, habitants… J’ai vu des initiatives incroyables, comme une résidence mêlant jeunes non accompagnés et personnes âgées, ou encore le campus connecté de Nevers, dans la Nièvre.
Quel message aimeriez-vous transmettre à la jeunesse ? Le destin de chacun doit pouvoir être choisi et voulu. Ce n’est pas toujours simple, mais la République doit le permettre. Et pour cela, chacun doit prendre sa part. On ne peut pas se contenter de regarder et de critiquer : il faut agir. J’aime beaucoup cette phrase du président américain Kennedy : “Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour lui.” Que l’on soit un homme ou une femme, rien n’est facile. C’est en osant prendre sa place que les choses changent. Le football féminin en est un bon exemple : c’est parce que les femmes ont investi le terrain que leur présence est devenue normale. Il faut s’engager, se dépasser, et oser.
Propos recueillis par
Elodie DEBAINS (TC)
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