Lycée Jeanne d'Arc, Sainte Adresse, le 10/02/2026.

« Témoigner pour ne jamais oublier »

Interview : Henriette Leprovost, 98 ans, survivante des bombardements du Havre.
Henriette, équipière, en 1944. (Crédit photo : DR)
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Henriette, équipière, en 1944.
Quel âge aviez-vous quand la guerre a commencé ?
C’était en 1939, j’avais 12 ans. Je ne comprenais pas que la guerre avait commencé. Ce sont mes parents qui me l'ont expliqué.

Que s'est-il alors passé ?
En 40, on a été évacué, avec mes petits frères de 3 et 4 ans, à Espelettes, près de Biarritz. Nous y sommes restés deux mois avant d’être rapatriés au Havre où nous avons subi les premiers bombardements, pas trop sévères au départ.

Comment vous êtes-vous engagée dans les équipes nationales ?
C’est au collège, en 1943, qu’Henriette Pelse, la cheftaine des équipes nationales, est venue nous expliquer le rôle des jeunes qu’ils cherchaient à recruter. C’est ainsi que je me suis enrôlée dans les Équipes nationales, des groupes de jeunes qui aidaient les civils et sauveteurs comme la Croix-Rouge ou la Défense passive à déblayer des maisons pour trouver des survivants. Lorsqu’il y avait des bombardements, on allait secourir les personnes et aider les sinistrés à déménager. Quand Rouen a subi un bombardement en avril 44, nous y sommes allés pour apporter notre aide, pendant une semaine. Et puis la vie a continué comme ça jusqu’au 5 septembre.

Que s’est-il passé, le 5 septembre ?
Quand Le Havre a été bombardé, je me trouvais dans l'immeuble Guillaume Tell, qui était le QG des équipes, à l’emplacement de l'actuel Bistrot parisien. On s'est réfugiés dans la cave et j’ai été ensevelie pendant plus de deux heures, tout a été rasé au-dessus de nos têtes. Mais j’en suis sortie. A ma connaissance, nous ne sommes plus que deux équipières encore en vie. Je témoigne le plus possible pour faire perdurer la mémoire de cette période et de ces équipiers qui étaient des gens dévoués.

Quel a été le moment le plus marquant pour vous ?
Le 5 juin 44, la veille du débarquement, un avion de reconnaissance a lâché une bombe qui a frappé la maison de mes parents. Mon père, ma mère et ma sœur aînée ont été tués. Après cet événement, c’est ma tante qui m’a recueillie.

Et la libération du Havre ?
Je ne l’ai pas trop vécue parce que lorsque on a été enseveli, on a respiré énormément de saletés, ce qui m'a rendue très malade. J’ai été soignée dans le tunnel Jenner par des Allemands parce qu’il n'y avait plus de place dans l’hôpital français. Là, j’ai eu très peur car le commandant de la place ne voulait pas se rendre. Je craignais qu’il me prenne en otage ou qu’il me tue.

Craignez-vous une nouvelle guerre ?
Quand j’ai entendu la déclaration de guerre de Poutine à l’Ukraine, j’en aurais pleuré. On ne va quand même pas faire une 3ème guerre mondiale ! A Gaza, je les entends sans arrêt signer des accords de paix, mais ils continuent de se taper dessus. Je ne souhaite à personne de connaître une guerre.
Propos recueillis par
Amélie Doublemart, 2GTB
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